Enseignement de l’histoire - Attaque injuste

«Instrumentalisation dangereuse », « histoire orientée » : l’Association québécoise pour l’enseignement en univers social (AQEUS) a sorti les gros mots pour qualifier le travail de Jacques Beauchemin et Nadia Fahmy-Eid, experts mandatés par le ministère de l’Éducation pour réviser l’enseignement de l’histoire au secondaire.

 

Était-ce justifié ? Manifestement non, du moins à la lecture du document de consultation déposé le mois dernier.

 

Comme si c’était un scandale, la présidente de l’AQEUS, Lise Proulx, reproche au document de sembler « faire la part belle à un retour aux connaissances, versus [sic] les compétences ». Transmettre des connaissances, en histoire, serait une perte de temps ? Mme Proulx ne dit pas autre chose : « Le passé pour le passé, ça ne dit pas grand-chose aux élèves. Ils vont tout apprendre par coeur pour l’examen et oublier ensuite. L’histoire, c’est autre chose que des faits et dates. »

 

« La culture, c’est ce qui reste quand on a tout oublié », non ? Du reste, quand s’affranchira-t-on, dans nos écoles, de cette vision méprisante des connaissances ? Après tout, les mathématiques, c’est aussi « autre chose » que les tables de multiplication ; mais on sait tous qu’il faut passer par cet exercice de par coeur pour progresser. (Cela n’empêche pas le Québec de « briller parmi les meilleurs » aux tests Pisa, non ?) Le français, c’est « autre chose » que des conjugaisons ; mais celles-ci sont une partie fondamentale de l’apprentissage, n’est-ce pas ?

 

Or en histoire, au secondaire, pourquoi faudrait-il négliger les faits et les dates ? Avant de les approfondir, de les questionner, voire de les remettre en question, ne faut-il pas les apprendre ?

 

Les critiques faciles de Mme Proulx rappellent cependant une véritable instrumentalisation de l’histoire : celle qui s’est produite en 2006. On s’est alors servi de l’histoire comme un prétexte pour développer des compétences « citoyennes ». L’« approche » de 2006, comme l’écrivait Josée Boileau en ces pages à l’époque, visait « à désincarner l’histoire, à la raboter, à en tuer tout le récit ». « Sous couvert de pédagogie », écrivait notre collègue, on faisait de la politique puisqu’on niait l’existence d’un peuple québécois.

 

Ceux qui se complaisent dans le scénario où l’enseignement de l’histoire est détourné par un grand complot nationaliste cocorico auraient intérêt à bien lire le document de consultation visé. Il pose nombre de questions courageuses comportant de véritables pistes de solutions, telle : « Ne pourrait-on pas réconcilier l’histoire politique et l’histoire sociale en les articulant dans une trame nationale plus suivie ? »

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10 commentaires
  • Cyril Dionne - Abonné 3 décembre 2013 23 h 00

    Je me souviens

    Ce que beaucoup de pédagogues ont compris, il y a longtemps de cela, est qu'on ne peut pas acquérir des compétences sans a priori avoir les connaissances nécessaires. Comme pour les concepts en mathématiques, sans les faits et les dates en histoire, et si ceux-ci ne sont pas appris correctement, les étudiants auront une vision qui ne colle vraiment pas avec la « vraie » réalité passée, celle d'une conquête qui détonne encore aujourd'hui et a les mêmes répercussions dans la vie de tous les jours pour les Québécois au niveau constitutionnel, linguistique, législatif, politique, économique et social.

    La présidente de l'AQEUS ne veut pas de faits et de dates pour les étudiants au cas où la devise du Québec, « Je me souviens » serait instrumentalisée par les mêmes gens qui sont visés par ce programme d'histoire puisqu'ils se souviendraient qui ils sont et de leur héritage comme français d'Amérique.

  • Michel Coron - Inscrit 4 décembre 2013 01 h 45

    La consruction des schémas

    Que demande-t-on à un citoyen en histoire ? De la connaître d'abord pour ensuite l'appliquer . Pas seulement la québécoise, la canadienne, l’américaine mais aussi l’égyptienne ou la chinoise. Or, voici coment j'ai appris à me débrouiller dans le dédales des faits et des opinions que nous livrent les mass-média.
    Je fréquentais alors une institution privée et mixte dans la mer des collèges classiques. À l'époque, on apprenant sucessivement et année après année l'histoire de la Grèce, de Rome puis du Moyen-âge et de le Renaissance et à la fin, l'hisoire de l'époque industrielle et conemporaine. Mais à la différence des collège classiques, nou n'avions pour professeur que nous même. Nous étions conviés deux fois l'an à nous présener pour subir un examen. Que faire ? Une slution s'imposait. Apprendre en costruisant des schémas ou si on préfère des résumés. Avec une consoeur ou un confrèere, nous faisions des résumés que nous nous récitons mutuellement. Inévitablement, nous étions attires par certains faits que nous allions vérifier dans des ouvrages plus complets comme des enyclopédies.
    Mémoriser ici n’avait rien du bourrage de crâne.
    Contrairement à ce que disait Montaigne, la meilleure façon d'avoir une tête bien faite est d’avoir une tête bien pleine. L'une n"exclut pas l'autre à la condition que nous consruisions nos connaissances. Ce cnsructivisme auquel je me suis asteint valait bien tous les trucs pédagogiques auxquels trop d’enseignants en histoire s'amusent de façon stérile. Et si l'élève devenait son propre enseignant ? Je suis certain qu'il retiendrait bien plus de cette manière aussi bien en histoire de la musique, des sciences ou de la politique.

    • Denis Marseille - Inscrit 4 décembre 2013 07 h 56

      entièrement d'accord avec vous. L'histoire est, selon moi, une recherche personnelle de notre passé à tous. Elle développe la curiosité, la logique, la synthèse, l'extrapolation. Bref, elle forme l'esprit.

      Il faut connaître son passé et il faut savoir s'en servir pour qu'un jour, l'humain cesse de répéter les mêmes bêtises.

  • François Dugal - Inscrit 4 décembre 2013 08 h 00

    La vérité

    L'histoire, fondamentalement, c'est dire la vérité. Mais plusieurs croient que celle-ci n'est pas toujours bonne à dire.

  • Gilles Châtillon - Abonné 4 décembre 2013 09 h 05

    Le passé, garant du présent et du futur

    Sur les plans individuels comme collectifs, il n’y a rien de plus contemporain que le passé. Personnellement, l’on doit tellement à notre petite enfance!

    On ne rase pas le passé sans risque de reproduire des postures et des conduites dans d’autres domaines de l’activité humaine comme le sociétale, le culturel, le politique, l’économie, l’écologie, et même l’identitaire.

    Ceux qui ignorent leur histoire sont condamnés à la répéter. Séparé le présent du passé, vous serez aveugle sur aujourd’hui, et muet sur l’avenir.

  • Nicole Ste-Marie - Abonnée 4 décembre 2013 09 h 21

    Connaissances vs compétences

    Ça serait intéressant d'apprendre la genèse du développement du Québec.
    À partir de la Grèce antique, qu’est la démocratie?
    D’où venons nous, nous les Québecois francophones, le peuple fondateur ? Les canadiens d’origines, qui sont-ils? La France de François 1er, d’Henri IV, de Louis XIII et XIV, d’où les canadiens originent, étaient-ils catholiques ou protestants ? pourquoi certains ont-ils apostasiés ?
    Samuel de Champlain, le fondateur de Québec, était-il un Huguenont, un protestant, qui était Hélène Boullé ? La guerre d’espagne a-t-elle influencé le développement des Québecois? Le traité d’Utrecht est-il le début de l’abandon de la colonie française en Amérique aux Anglais ? Le traité de Paris est-il l’abandon complet de la colonie française aux Anglais en 1763 ?
    Pourquoi les Français se sont-ils battus aux côtés des Anglais en Amérique pour que les États-Unis deviennent indépendant de l’Angleterre alors qu’ils n’ont pas supportés les canadiens Français contre les Anglais en 1760 ?
    Pourquoi la Nouvelle-Angleterre s’est développée plus rapidement, économiquement, que la Nouvelle-France ?
    Pourquoi les Huguenots ont-ils quittés la Nouvelle-France pour la Nouvelle-Angleterre ? Excusez mon ignorance Mme Proulx j’aimerais devenir compétent en histoire, pourriez vous me l’enseigner ? p2 à suivre

    • Denis Marseille - Inscrit 4 décembre 2013 12 h 33

      Dans ce court texte, vous exposez la véritable nature de l'histoire...

      Une lueur de réponse qui apporte un déluge de questionnement.

      Bonne journée madame.