De la crise de 2008 à aujourd’hui - La poupée russe

Au fond, c’est à se demander si la crise de 2008 n’était pas une fiction. Car entre le rapport européen, du reste cinglant, consacré aux agences de notation, les bulles immobilières actuellement en formation et la liste des banques présentant un risque systémique qui est une copie carbone de ce qu’elle était en 2008, on peut avancer que tout est à faire puisque rien n’a été fait. Ou si peu…


C'est bel et bien cette semaine, et non il y a trois, quatre ou cinq ans, que l’Autorité des marchés financiers européens (ESMA) a publié les résultats de son étude sur Moody’s, Standard Poor’s et Fitch, soit les rois et maîtres de la notation des pays et des entreprises. Cette semaine qu’on a su que cette étude a été effectuée cette année, on insiste, de février à octobre, et non antérieurement — parce que l’ESMA a été fondée en 2011, et non en 2009 ou en 2010, alors que le sang de l’économie se répandait dans tous les coins et recoins des activités humaines.

 

Et qu’a-t-on appris ? Une série de confirmations de réalités relevées par des économistes de renom après la déconfiture de Lehman Brothers en septembre 2008. Pour résumer la série en question, on va emprunter les mots de Steven Maijoor, président de l’ESMA : « l’enquête a révélé des déficiences dans le processus de notation des émetteurs souverains [les gouvernements] qui exposent à des risques sur la qualité, l’indépendance et l’intégrité des notes et du processus lui-même ».

 

Fait archi-gravissime, le travail accompli par Moody’s et consorts ayant logé parfois à l’enseigne du bancal, du bâclé, ces agences ont ajouté la crise à la crise. Dans le cas de la Grèce, pour reprendre l’exemple de l’ESMA, l’annonce par Standard Poor’s d’une décote du pays alors que ses dirigeants étaient justement en train de négocier un plan de sauvetage a eu un effet foudroyant. On l’aura deviné : l’annonce en question a affaibli les positions d’une Grèce faible. Bref, à cause de Standard, elle a payé un lourd tribut. Ce n’est pas tout.

 

On se souviendra qu’à la veille de l’implosion en 2008 des subprimes ou hypothèques exotiques, Moody’s et consorts accordaient les plus hautes notes à ces véhicules financiers pourtant réputés toxiques. On se souviendra également que les chefs d’État avaient crié haut et fort leur volonté de discipliner les acteurs de cet oligopole — trois acteurs seulement ! Et alors ? Au cours des trois dernières années, trois versions d’un projet de loi les concernant ont été composées. En vain. Autrement dit, cinq ans après que les dirigeants de diverses nations eurent crié à hue et à dia en direction des agences, on laisse ces dernières agir selon leur bon vouloir.

 

Le laxisme des autorités à leur endroit ainsi qu’à l’endroit des autres barons de la finance ayant été la norme, il n’y a pas d’autre mot, voici que le monde est confronté à un chapelet de bulles immobilières. Selon une analyse signée ces jours-ci par l’économiste Nouriel Roubini pour le compte du site Project Syndicate, des signaux révélant l’existence d’une bulle ont été constatés au Canada, en Allemagne, en Australie, en Finlande, en France, en Nouvelle- Zélande, en Suède, en Suisse et à nouveau à Londres. Dans les pays émergents, on a retenu les noms de la Chine, de Hong Kong, de Singapour, d’Israël ainsi que des centres urbains du Brésil, de l’Inde, de l’Indonésie et de la Turquie.

 

Quoi d’autre ? La liste des établissements « too big to fail » ou « too big to jail » ou, en bon français, qui présentent un risque systémique. En 2009, la liste en question en comptait 26 ; elle en compte toujours autant. Effarant ! Rien, absolument rien n’a été fait pour réduire, à tout le moins, le nombre de risques que ces banques portent en elles. Des millions d’individus ont été mis sur la paille, et pourquoi ? Pour obéir à l’injonction « Circulez, il n’y a rien à voir » ? Peut-être bien que ce sujet est à l’image de la poupée russe : sans fin, au bénéfice de fins très particulières.

13 commentaires
  • Guy Vanier - Inscrit 4 décembre 2013 06 h 01

    Et nous sommes assis sur nos deux mains!

    Et nous attendons patiamment que la nouvelle crise arrive. Ils vont réussir à nous dépouiller, de nos maisons, nos fonds de pensions, nous faire travailler juste qu'a notre mort. Et tout ça pour de l'argent. Relire la dernière intervention du nouveau Pape qui est le seul présentement à se ternir debout! Tout nos chefs de pailles ont peur de nous défendre.
    Depuis la dernière crise de 2008 les super riches ont augmenté leur avoirs de 43% et les autres 99% de 2%.
    C'est beau la démocratie avec un système capitaliste sauvage!

    • Gilbert Talbot - Abonné 4 décembre 2013 11 h 45

      Entièrement d'accord M. Vanier. Vous m'enlevez les mots des doigts!

  • Josette Allard - Inscrite 4 décembre 2013 06 h 41

    Notation

    On omet trop souvent de dire que ces agences ne sont que des filiales des grandes banques d'affaire. Chaque nouvelle décote entraîne pour le pays emprunteur de verser des intérêts plus élevés aux banques . Voyez-vous le lien?

    • Michel Richard - Inscrit 4 décembre 2013 08 h 36

      Les agences de crédit ne sont pas des filiales de grandes banque d'affaires ! D'où sortez vous ça ?

      Moody's est une compagnie publique et indépendant listée à la bourse. Fitch appartient à Hearst (entreprise de média) et FIMALAC, une entreprise Française privée. S&P appartient à McGraw Hill, une compagnie publique de média.

      Au Canada, DBRS appartient à des intérêts privés.

      Ce que vous dites est complètement déconnecté de la réalité.

    • Bernard Moffett - Inscrit 4 décembre 2013 10 h 19

      Moody's est une société américaine cotée et indépendante, détenue à hauteur de 13% par le milliardaire Warren Buffett. Fitch appartient en majorité à la société financière française Fimalac, fondée par Marc Ladreit de Lacharrière et à hauteur de 20% au groupe Hearst. Standard & Poor's est détenu par l'éditeur américain McGraw-Hill Companies. En tenant compte des effets de propriétés partielles et croisées, bien malin par contre serait celui qui pourrait dire qui effectivement dirige ces agences.

      Cependant, la crise des crédits immobiliers à risque a mis en lumière les limites du système actuel des agences. Payées par les sociétés qui veulent être notées, les agences seraient parfois tentées d'attribuer une meilleure note que celle méritée réellement afin de remporter un contrat au détriment de ses deux autres concurrentes (réf. enquête du sénat Américain).

      Étant donné la nature 'privé' de leurs activités, rien ne les empêche de donner des avis un peu pas mal 'au goût du client'. Ben tiens, il y a de 'mauvaises langues' qui prétendent qu'un ancien ministre des finances du Canada (assisté de son premier ministre) aurait sollicité des avis 'négatifs' de notation pour mieux instaurer ses politiques. Peuchère !

      P.S. Pour les chasseurs de 'déconnections': "Impossible n'est pas français", aurait prétendu Napoléon 1er. (Et d'ajouter que la politesse a bien meilleur goût)

    • Louis Gérard Guillotte - Abonné 4 décembre 2013 10 h 31

      Déconnecté de la réalité!!??Pas tant que cela:d'où viennent,pensez-vous,
      les membres des Conseils d'administration de ces agences de crédit en
      apparence publiques et indépendantes.Le " complotage" est un jeu du ti- gre et de la souris pratiqué à la faveur du producteur de blé($) qui stock
      ses avoir céréaliers en attendant la disette et la famine pour vendre plus
      cher un blé($) devenu rare et forcément en grande demande.Les C.A des
      comploteurs ne pouvant se fier au seul climat pour créer la famine,ils au-
      ront créé ou favorisé une panoplie d'instruments de déstabilisation cycli-
      que(guerres,rumeurs,subprimes,bulbes boursières,immobilières...)et ce
      depuis le "crash" de 1929 dont la cause est formellement documentée.
      Voilà tout simplement et c'est TOUT.

    • Michel Richard - Inscrit 4 décembre 2013 12 h 17

      M Guillotte: J'ai avancé un fait: les agences de crédit ne sont pas des filiales de grandes banques d'affaires.
      Point à la ligne.
      Par ailleurs, la composition du conseil d'administration de Moody's est ici:
      http://ir.moodys.com/governance.cfm
      Les membres du conseil viennent du monde des affaires, du monde universitaire et du monde bancaire. C'est normal. J'imagine que le conseil des autres agences est similaire.
      Les agences sont toutes réglementées et ont des politiques internes qui visent à éviter les conflits d'intérêts. Elles jouent un un rôle essentiel dans la société moderne, qui consiste à aider les investisseurs à se faire une opinion sur la solidité du crédit de différents emprunteurs.
      Par contre, il n'y a pas de doute que des erreurs graves ont été commises dans la passé et qu'il leur est arrivé d'avoir des comportements répréhensibles.
      Votre parabole qui parle de blé n'a pas beaucoup de rapport avec la situation, et n'est basée sur rien.

  • André Lemay - Inscrit 4 décembre 2013 07 h 29

    Pourquoi changer ce qui marche bien?

    Il y a deux univers.
    Celui du 1%.
    Celui des autres, la piétaille.
    Voilà à quoi servent ces nouvelles: l'endettement faramineux, la reprise supposée, la création de richesse, la chance de vivre en démocratie et de lutter contre le terrorisme et tutti quanti.
    Tous et autant de leurres servant à distraire le ti'peuple des vraies affaiires.
    Les riches le sont encore plus, les gouvernements travaillent plus souvent qu'autrement contre les citoyens étant à la botte de ces mêmes nantis, la précarisation comme récompense aux efforts.
    Que voulez-vous, comme disait l'admirateur de plusse beau pays au monde, on ne fait pas d'omelette au gras sans casser d'oeufs.
    Et devinez qui est l'oeuf.

  • Pierre-R. Desrosiers - Inscrit 4 décembre 2013 07 h 34

    Combat inégal

    Le combat est inégal. D'un côté, des gouvernements et des pays, c'est-à-dire des entités matérielles situées dans un espace précis, et de l'autre une économie financière qui agit à la fois nulle part et partout, c'est-à-dire qui est immatérielle et sans contrainte temporelle.

    Desrosiers
    Val David

  • Murray Henley - Inscrit 4 décembre 2013 11 h 25

    Les monnaies en doute

    Les principales monnaies deviennent de plus en plus un schéma de Ponzi.

    Les termes elliptiques comme "assouplissements quantitatifs" ou "programmes d'achat d'obligations" signifient en réalité de gigantesques opérations de création de monnaie à partir du néant.

    Les banques centrales des USA, d'Europe et du Japon n'ont pas les fonds pour acheter ces obligations gouvernementales. Elles inventent simplement la monnaie requise, à raison de 85 G$ mensuellement aux États-Unis, par exemple.

    Ceci sème le doute sur la valeur intrinsèque des monnaies, tout en maintenant les taux d'intérêt à un niveau artificiellement bas (hausse des obligations), tout en stimulant les marchés boursiers.

    Il est donc compréhensible que les investisseurs cherchent à se protéger en se tournant vers les actifs tangibles, tel l'immobilier, ce qui pousse les prix à la hausse.

    Ainsi, il ne semble y avoir que des bulles de surévaluations dans l'ensemble du système économique.