Prix du livre - Un premier pas

Tel Salomon, le ministre de la Culture, Maka Kotto, a tranché. Il y aura un projet de loi encadrant le prix des livres neufs imprimés et numériques. Pendant les neuf premiers mois de vie des livres, les rabais consentis par les librairies et les détaillants ne pourront être supérieurs à 10 %. Mais la loi comprendra une clause de temporarisation. Trois ans après son adoption, l’Assemblée nationale devra évaluer ses impacts. S’ils se révèlent négatifs, le « prix unique » passera alors à la trappe.

 

« Voyons voir », dit en quelque sorte le ministre Kotto aux partisans et aux opposants de cette mesure. Il se donne là un argument pour rallier le Parti libéral à son projet qui, dans l’état minoritaire actuel du gouvernement Marois, ne pourra être adopté sans son appui. La Coalition avenir Québec y est pour sa part opposée. Cet appui, il lui faudra toutefois le gagner, car si la critique libérale en matière culturelle, Christine St-Pierre, est favorable au « prix unique », plusieurs de ses collègues ont des réserves.

 

Ce projet de loi, qui ne sera déposé qu’à la rentrée parlementaire de février, mérite d’être appuyé. Le « prix unique » n’est certes pas la solution à tous les problèmes des éditeurs et des librairies, on en convient. La discipline qu’il instaurera dans le marché du livre leur ouvre cependant la perspective d’une meilleure rentabilité, et ce, au moment critique de la transition vers le numérique.

 

L’élément le plus intéressant du projet de loi pour l’avenir des éditeurs et des libraires est ses dispositions concernant le livre numérique. L’intention est de le soumettre au « prix unique » et de l’assujettir aux dispositions de la loi 51 qui régit les activités de l’industrie du livre. Le ministre Kotto reste discret sur ses intentions à cet égard. S’il veut accorder une protection efficace aux éditeurs, distributeurs et libraires, il devra impérativement adapter cette loi 51 aux conditions nouvelles que crée l’univers numérique, où tout un chacun peut se faire éditeur et distribuer ses livres lui-même ou par le recours à des distributeurs monopolistiques comme Amazon.

 

Le projet de loi du ministre doit être vu comme un premier pas. Car l’essentiel n’y était pas dans ce qu’a livré hier Maka Kotto. L’essentiel se trouverait dans une mise à jour de la politique de la lecture de 1998 pour créer des lecteurs dont on sait que ceux de demain se fabriquent aujourd’hui dans les écoles, collèges et universités. Une politique de la lecture doterait les bibliothèques scolaires des livres qu’elles n’ont pas et favoriserait l’enseignement de la littérature québécoise. Cela relève du ministère de l’Éducation. Mais comme les ministères travaillent trop souvent en silo, la perspective d’ensemble fait défaut.

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