Harper et les aérodromes «sauvages» - Mépris du Québec

Un projet d’aérodrome privé se développe contre l’avis d’un important groupe de citoyens, en contravention avec les règles de leur municipalité et de leur province. Si cela se produit au Québec, disons à Neuville, les ministres du gouvernement Harper feront la sourde oreille ; répéteront, tels des robots, leurs lignes de presse. Refuseront de rencontrer les élus locaux. Si une situation similaire se produit en Alberta, disons près d’Edmonton ? Deux ministres du même gouvernement s’activeront. Rencontreront élus et citoyens. Tout sera mis en oeuvre pour qu’il y ait consultation, afin que les promoteurs aériens respectent l’environnement et la sécurité. « Deux lieux, deux mesures », proteste avec raison Robert Jasmin (voir son texte dans notre page Idées).

 

Comment expliquer cette différence de traitement autrement que par une sorte de mépris du Québec ? Dans une lettre au début du mois, Rona Ambrose, ministre de la Santé et représentante, aux Communes, d’Edmonton-Spruce Grove, écrivait ceci aux opposants de l’aérodrome controversé dans sa circonscription : « J’ai écouté mes électeurs et, comme députée, transmis leurs préoccupations sur cette question au ministre des Transports. » Quel contraste avec l’attitude de Denis Lebel, ministre des Transports en 2012, aujourd’hui lieutenant fédéral au Québec, qui agit davantage comme un représentant du gouvernement Harper auprès des Québécois que l’inverse.

 

Le gâchis des aérodromes sauvages, il faut le savoir, a pour source deux jugements absurdes de la Cour suprême, en 2010. Appliquant une vision rétrograde du partage des pouvoirs, la cour a alors ni plus ni moins exempté d’un trait de plume tout ce qui relève de l’aéronautique de l’application des règles municipales et provinciales ! « J’ai peur qu’il y ait une “épidémie de Neuville” partout au Canada », avait lancé, lors d’une manifestation contre le projet d’aérodrome, en mars 2012, Denis Coderre, alors critique libéral en matière de Transport. Il avait réclamé que le fédéral cède sa « maîtrise d’oeuvre » aux provinces en ces matières.

 

Dissidente en cour suprême, la juge Marie Deschamps déplorait en 2010 que ses collègues aient opté pour un « fédéralisme de confrontation » et non de « coopération ». Ce faisant, selon elle, ils avaient retiré une marge de manoeuvre cruciale aux « gouvernements qui sont le plus près des citoyens » et « compétents en matière d’aménagement du territoire ». Cela aurait des « conséquences néfastes », prévoyait-elle. Nous y sommes. L’épidémie, déclenchée par la cour, est là. Et le Québec n’a manifestement pas droit au même vaccin que l’Alberta…

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