Pipelines - Pétrole contre bélugas?

La nouvelle court depuis quelques semaines : la société TransCanada, qui projette de construire un oléoduc pour transporter le pétrole albertain jusqu’au Nouveau-Brunswick, veut y ajouter des installations d’entreposage et de transbordement à Cacouna, près de Rivière-du-Loup.

 

Pour la compagnie, le projet a ses avantages puisque le BAPE s’est déjà prononcé en faveur d’un terminal pour superméthaniers à cet endroit. Le projet avait d’ailleurs été accepté sans réserve par le gouvernement Charest. Mais comme à Lévis, il n’a pas vu le jour à cause de la chute du prix du gaz naturel provoquée par la découverte du gaz de schiste.

 

Si l’idée d’un port méthanier avait reçu l’appui d’une majorité de citoyens de la région, il n’est pas certain qu’il en sera de même pour un port pétrolier. À Lévis, on a récemment dit non à de nouvelles installations destinées au pétrole des sables bitumineux.

 

Pour le moment, les élites de la région de Cacouna y semblent favorables, en raison des retombées économiques importantes durant la phase de construction. Mais comme le nouveau quai serait situé à plus de 600 mètres de la rive dans une zone que l’on dit fréquentée par les bélugas au moment de mettre bas, les choses risquent de se compliquer.

 

Tout ça pour quelques poissons ? s’exclameront en choeur les curés de la création-de-la-richesse ? Pas si vite : de un, baleines et bélugas font partie des attraits touristiques majeurs de la région ; de deux, nous avons le devoir de protéger ces espèces menacées contre les agressions de l’industrialisation. Imaginez la campagne mondiale de dénigrement qui suivrait la simple rumeur d’une décision canadienne mettant en péril l’existence d’une colonie de baleines !

 

Pendant des années, les Québécois se sont crus à l’abri des effets secondaires de l’exploitation des gisements pétroliers de l’Ouest. Il nous était facile, à nous qui étions fiers de notre hydroélectricité « propre », de critiquer de loin l’exploitation des sables bitumineux. Les choses ont changé.

 

Aux prises avec d’énormes difficultés à exporter un pétrole considéré comme sale par plusieurs, dont leurs plus proches voisins américains, les compagnies pétrolières et les provinces de l’Ouest se tournent aujourd’hui vers l’Est pour rejoindre les marchés étrangers avec l’appui militant du gouvernement Harper.

 

Non satisfait de tuer l’industrie manufacturière à petit feu sous la pression d’un dollar gonflé à l’hormone noire, Ottawa n’hésite plus à utiliser le rouleau compresseur législatif pour écarter ses adversaires.

 

Quant au gouvernement du Québec, il ne sait pas ce qu’il veut.

 

Tant mieux si les études en viennent à démontrer que le passage d’un pipeline et la construction d’un port pour superpétroliers ne présentent aucun risque. Pour le moment, la preuve reste à faire.

16 commentaires
  • Cyril Dionne - Abonné 25 novembre 2013 23 h 39

    Non, no, nyet, bù, nej, Ei, Nein, Nahi...

    Tout simplement non à ce pétrole sale.

    Et qui est-ce qui va en bénéficier le plus ? Les provinces de l'Ouest ou le gouvernement du Canada ? Ce ne sera certainement pas le Québec. L'attrait à court terme pour une richesse illusoire de quelques dollars risque de venir hanter la mémoire des Québécois pour plusieurs décennies.

    Les baleines et les bélugas, c'est bien plus beau que du pétrole.

    • Pierre-R. Desrosiers - Inscrit 26 novembre 2013 07 h 26

      Votre propos m'inquiète. Dois-je comprendre que si le Québec en profitait vraiment vous seriez d'accord avec le projet?

      Desrosiers
      Val David

    • Cyril Dionne - Abonné 26 novembre 2013 17 h 47

      @ Pierre-R. Desrosiers

      Non, no, nyet, bù, nej, ei, nein, nahi et jamais, qu'elle qu'en soit les retombées économiques puisque pour les prometteurs de ce pipeline et port de mer, c'est bien de cela qu'il s'agit dans ce cas là. S'il y a une cause qui me tient à cœur, c'est bien celle-là. Il n'y a rien à gagner quant il s'agit d'une espèce menacée et en voie de disparition. Si l'Ouest veut écouler son pétrole sale des sables bitumineux et l'acheminer aux marchés extérieurs, ils n'ont qu'à passer par la Colombie-Britannique (c'est bien plus court) ou bien par les États-Unis. On n'en a rien à cirer de cette énergie fossile.

      L'essentiel du message tenait sur le fait que souvent, d'un côté comme de l'autre, on retrouve les positions extrémistes de la gauche et de la droite. Que ce soit pour les islamo-gauchistes de Québec solidaire ou bien les néolibéralistes du Parti Libéral du Québec, c'est toujours du pareil au même. Il me semble qu'on peut être un citoyen averti et écologiste tout en ne rejetant pas complètement le système capitaliste en place puisqu'il n'y a rien d'autre pour le remplacer.

  • Pierre Lefebvre - Inscrit 26 novembre 2013 05 h 36

    900

    Il reste 900 bélugas du fleuve. Leur calvaire achève car le gouvernement fédéral va construire un port pour faire passer des transatlantiques à travers leur seule pouponnière au monde ! Brillant, lumineux !

    Faites vos petits gestes quotidiens pour sauver la planète, mais votez pour des gouvernements qui la détruisent d'une seule signature ! Ils créent des déserts et nomme ça la prospérité !

    On entend pas le PQ beaucoup là-dessus non plus ! Le PLQ ? Pensez-y même pas !

    PL

    • Jean-Yves Arès - Abonné 26 novembre 2013 08 h 44

      Seule pouponière au monde ? Alors qu'ils ne seraient que 900 a y vivre sur une population mondiale de 100,000.

      «Le béluga fréquente les eaux arctiques et subarctiques le long des côtes nordiques du Canada, de l'Alaska, de la Russie, de la Norvège et du Groenland. On estime que de 72 000 à 144 000 bélugas vivent dans les eaux canadiennes»

    • Valérie Thériault-Deschênes - Inscrit 26 novembre 2013 22 h 18

      Avant la chasse intensive au 19e et 20e siècles, ils étaient plu s de 15000 dans le fleuve! Et maintenant, ils veulent tuer ce qui reste : la seule pouponnière du Saint-Laurent. Adieu à cette population.

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 27 novembre 2013 04 h 46

      Est-ce moi qui ne sais pas lire ? Mais je crois bien avoir pourtant lu que les bélugas du fleuve St-Laurent n'étaient que 900 et que leur pouponnière était la Gros Cacuna et pas ailleurs. Quelle manque d'attention de ma part !

      À mois que sur les 144000 bélugas du monde elles ne viennent que 900 à la fois dans le fleuve et pas plus après avoir accouché toujours qu'à 900 par rendez-vous à Gros Cacuna; ce qui serait une toute autre dynamique et une organisation sociale marine tout à fait extraordinaire !

      La question à ce point-ci deviendrait : Pourquoi les nommons-nous les bélugas du fleuve St-Laurent alors ? Un ami à moi répondrait : «Ce n'est pas logique.»

      Bonne journée M. Arès.

      PL

  • Bernard Terreault - Abonné 26 novembre 2013 08 h 35

    Curées et apôtres

    L'éditorialiste parle des curés de la création-de-la-richesse, insensibles à autre chose que le profit à court terme. Il y a en face d'eux les apôtres de l'environnement, qui croient qu'on peut vivre d'amour et d'eau fraîche, polluée par rien d'autre que l'urine de baleine. Espérons que Québec saura faire la part des choses. Savoir de source indépendante et objective si les bélugas sont condamnés par ce projet, et dans ce cas exiger que tout port éventuel soit aménagé dans un endroit moins critique. Cela dit, avec toute la bonne volonté du monde et les politiques gouvernementales les plus audacieuses, on ne se débarrassera pas du pétrole avant au mois deux générations. Et les travailleurs de Montréal-Est et de Lévis ne seront pas heureux de voir fermer leurs raffineries.

    • Sylvain Auclair - Abonné 26 novembre 2013 12 h 29

      J'ai l'impression que le gouvernement du Québec n'aura pas du tout voix au chapitre. La navigation, le commerce international et les installations portuaires ne sont-ils pas de juridiction fédérale?

    • Nicole-Patricia Roy - Abonnée 26 novembre 2013 13 h 26

      Vous avez raison M. Auclair. Dans le cas des silos de granules de bois au Port de Québec, il s'est dit impuissant à agir. Je me demande bien ce qu'il pourrait faire dans ce cas.

  • France Marcotte - Abonnée 26 novembre 2013 08 h 36

    Fleuve à loyer

    Que pourrait occasionner d'autre pour le Québec le fait que le Saint-Laurent soit toujours, au bout du compte, assujetti au fédéral?

  • Denis Paquette - Abonné 26 novembre 2013 09 h 40

    Industriels ambitieux

    Voyons donc le fleuve meme s'il est majestueux est a peine plus grand qu'une grande marre, tout les capitaines vous le diront. Une marre servant surtout a la reproduction, ca prend bien des gens n'ayant jamais navigués sur le fleuve pour ne pas savoir ca. Laisser le dont tranquille ce fleuve, il est beau comme il est, et c'est comme ca que nous l'aimons, Il sert surtout de lieux de reproductions a de milliers d'especes, l'eau n'y est pas trop profonde et un terrain de jeux idéal a des milliers d'espèces. Industriels ambitieux allez donc voire ailleurs.