Espionnage des Britanniques par la NSA - Le sans-gêne

Au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale et au nom de la relation spéciale existant entre les États-Unis et le Royaume-Uni, les gouvernements de ces pays avaient convenu de ne pas s’espionner et d’échanger les petits et grands secrets. À ces nations le Canada, l’Australie et la Nouvelle-Zélande allaient se joindre pour former la convention dite des « cinq yeux ». Tout cela vient de voler en éclats.

 

En effet, dans sa livraison d’hier le quotidien britannique The Guardian, qui administre les confidences contenues dans les disquettes du lanceur d’alerte Edward Snowden, nous informe qu’à la faveur d’une entente signée par George Bush et Tony Blair, la National Security Agency (NSA) a pu espionner systématiquement les citoyens britanniques pendant des années. On doit préciser et souligner que les Dracula de la NSA ne se contentaient pas d’aspirer le flux d’informations qui allaient du Royaume-Uni à l’étranger, ou vice-versa comme ce fut le cas aux États-Unis, qu’ils ne se contentaient pas de regarder par le trou de la serrure pendant un certain nombre de mois avant de passer à autre chose, qu’ils ne se contentaient pas de s’immiscer dans les discussions entre personnalités politiques comme ce fut le cas en Allemagne, etc. Au Royaume-Uni, les chevaliers de la cinquième colonne se sont employés avec beaucoup de méticulosité à absorber toutes les conversations téléphoniques, les déambulations sur la Toile, les courriels et autres.

 

Si à cela on ajoute le fait que le Royaume-Uni est également le royaume par excellence de la vidéosurveillance, ainsi que celui où l’espionnage des personnalités politiques et vedettes populaires est pour ainsi dire l’ADN des quotidiens à très fort tirage, on peut se demander si la tradition, admirable d’ailleurs, de la défense des libertés civiles n’a pas été mise entre parenthèses par Blair. Que le lieu de naissance de l’Habeas Corpus soit administré par les rémouleurs de la peur, Blair d’abord, Dave Cameron ensuite, est tout simplement désolant. Et surtout très dangereux.

 

Car cette révélation vient confirmer, non sans fracas, que la masse de pouvoirs que la quincaillerie informatique fabrique étant entre un nombre si restreint de mains qu’elle fait passer le Big Brother de George Orwell pour un timide. C’est dire. On oublie et parfois on ignore qu’entre les Google, Apple et consorts, soit les mastodontes du secteur et les trois organisations, et seulement trois, qui forment pour ainsi dire l’appareil d’État du Web et qui sont toutes américaines, Washington dispose d’un pouvoir exorbitant. Le pire est que les opinions publiques ne réagissent pas avec la colère, à l’exception de l’allemande, que suscite pareil effondrement de l’esprit démocratique et des valeurs qui en découlent. Déprimant !

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8 commentaires
  • François Dugal - Inscrit 21 novembre 2013 23 h 09

    Le patriotisme à grande échelle

    On mésestime trop souvent le «patriotisme» des grandes corporations américaines. Par exemple, l'histoire nous apprend que Hughes Aircraft qui a fabriqué les premiers satellites espions et Edward Land (Caméras Polaroid) qui a mis au point la caméra de l'avion espion SR-71 Blackbird.
    Plus près de nous, tout le gotha de la toile est liée à la NSA.
    Tout ce remue-ménage en haut lieu est-il déprimant? Mets-en!

  • Marc Lacroix - Abonné 22 novembre 2013 09 h 27

    Big Brother, un timide !

    Ce que je trouve particulièrement agaçant, c'est le fait que le petit citoyen ordinaire est bien peu de chose dans notre système; nous ne savons même pas si l'information que nous lisons n'est pas une fuite programmée pour d'obscurs desseins. Enfin, il est inutile de chercher à comprendre trop loin, tout cela est bien au-dessus de nous ! Les "Snowden" sont-ils notre dernier rempart contre Big Brother ? Peut-être !

    • François Dugal - Inscrit 22 novembre 2013 10 h 09

      Monsieur Lacroix,
      La démocratie en «prend toute une claque», n'est-il pas triste de le constater?

    • Marc Lacroix - Abonné 22 novembre 2013 12 h 30

      Oui, M. Dugal. C'est triste, effectivement, mais que dire de plus ? Personnellement, je ne sais pas.

    • Marc Lacroix - Abonné 22 novembre 2013 13 h 03

      M. Dugal

      Je vous invite à visiter ce site et écouter la vidéo :

      http://www.lexpress.fr/actualite/monde/europe/une-

      Qui dit vrai ? Qui manipule qui ? La Russie confierait un site "secret" à Ed Snowden qui vient de trahir ses anciens patrons !?! Je vais faire une sieste.

  • Louis Gérard Guillotte - Abonné 22 novembre 2013 11 h 32

    Nécessité,mère de la créativité.

    Mercredi de cette semaine,l'excellent "Envoyé spécial" de Tv5 m'apprenait l'existence
    du "Darknet:le côté obscur du net".Toutes les malvaillances s'y exécutent.Nous ne
    sommes pas sortis de l'obscurantisme:blanchiment d'argent sale,trafic de drogue au
    quotidien par la poste,paradis fiscaux inatteignables,transferts d'argent opaques...
    Aussi à cette émission une analyse du phénomène du "bitcoin",cette monnaie virtuelle agrée par les banquiers qui sauront s'en servir.

    • François Dugal - Inscrit 22 novembre 2013 13 h 52

      Monsieur Guillotte,
      Le «bitcoin» échappe au contrôle des banques centrales, ce qui enlève aux gouvernements tout pouvoir interventioniste dans l'économie, ce qui n'est pas rien.

  • Denis Paquette - Abonné 22 novembre 2013 13 h 27

    Oui nous sommes passé du coté sombre, pauvre terre

    Voila mon cher Truffaut ,n'est il pas de notorioté que devant certaines difficultés aucunes ententes ne tiennent.Ne savons nous pas s'il avait fallu punir les banques qui nous ont flouées de plusieurs milliards c'est tout le systeme qui se serait écroulé, Ne savons nous pas que les américains ont sauvés leur peau de justesse., Ne savons nous pas qu'il y a des gens qui n'attendent qu'un faux pas des américains, Ne savons nous pas que c'est souvent les gens qui sont le plus près de nous qui souvent nous trompent.