Mise à jour budgétaire - Le grand jeu bleu

Le ministre fédéral des Finances, Jim Flaherty, n’était pas peu fier de faire savoir aux Canadiens que son gouvernement atteindrait l’objectif du déficit zéro avant la fin du présent mandat, en 2015. Encore une fois, Ottawa se dirige vers une période de vaches bien grasses pendant que les provinces tirent le diable par la queue.
 

 

C'est toujours rassurant d’entendre un ministre des Finances vous dire qu’il n’aura pas besoin de venir chercher plus dans vos poches pour boucler son budget même si l’économie ne tourne pas à sa pleine capacité.

 

Quant au ministre Flaherty, il fallait le voir sous ses airs de brigadier général, sûr de lui, un tantinet vaniteux, lors de son passage à la Chambre de commerce d’Edmonton pour y dévoiler sa mise à jour budgétaire de mi-année.

 

Alors que le dernier budget fédéral présenté il y a seulement huit mois prévoyait un déficit de 6,6 milliards de dollars pour l’an prochain et un léger surplus de 800 millions en 2015-2016, les plus récentes projections sont plutôt d’un déficit de 5,5 milliards en 2014-2015 suivi d’un surplus de 3,7 milliards l’année suivante. Et ces prévisions incluent une provision de 3 milliards qui, si elle n’est pas utilisée, fera grimper le solde excédentaire à plus de 6 milliards en année électorale !

 

Parmi les facteurs qui expliquent ces projections, il y a la baisse des prestations d’assurance-emploi, de Sécurité de la vieillesse et celles pour enfants par rapport aux prévisions initiales, puis l’effet récurrent des vagues passées et à venir de compressions dans les ministères auquel s’ajoutent près de 10 milliards par année de « crédits inutilisés » et inexpliqués, en fin d’exercice.

 

Pour dire les choses autrement, le ministre Flaherty souffre de plus en plus du même syndrome que l’ex-ministre Paul Martin, qui aimait présenter des prévisions pessimistes pour limiter les attentes et épater la galerie le moment venu d’étaler les résultats.

 

Ce qui paraît encore plus troublant dans le cas de M. Flaherty, c’est la perspective à plus long terme qui se dégage de la présentation de cette semaine. Toutes choses égales par ailleurs, Ottawa prévoit que l’excédent de ses revenus sur ses dépenses atteindra 10 milliards dans cinq ans, 13 milliards en 2025 et 212 milliards par année (sic) en 2050 ! De quoi faire rêver tous les ministres des Finances de la planète et faire pleurer ceux des provinces canadiennes !

 

Cela n’arrivera pas, bien sûr, puisque le premier ministre Harper a entrepris de restreindre progressivement, mais sûrement, le rôle de l’État hors de ses quelques missions régaliennes d’émission de la monnaie, de protection du territoire, de répression du crime et de soutien au noyau familial traditionnel.

 

Que ce soit la hausse de l’âge minimum pour toucher son chèque de Sécurité de la vieillesse, la chasse aux chômeurs saisonniers, la diminution des contrôles en alimentation et en environnement, le plafonnement de la péréquation ou celui des transferts en santé, toutes ces mesures qui nous ont été vendues comme étant nécessaires pour équilibrer les livres à court terme sont, en fait, destinées à préparer l’annonce de nouvelles réductions de taxes et d’impôts qui priveront les prochains gouvernements de la marge de manoeuvre nécessaire pour réparer le filet de sécurité sociale, voire pour agir à contre-cycle lors des récessions. Tant mieux pour ceux dont les revenus permettent de tirer profit d’un tel changement de paradigme, et tant pis pour les autres !

9 commentaires
  • Pierre Labelle - Inscrit 14 novembre 2013 04 h 38

    Les artifices de Jim et...

    Jim et son compère Harper sont deux illusionistes de haute voltige, à côté de cela, ce que Martin et Chrétien faisaient était de la petite bière. Si tous ces subterfuges n'affectaient pas les plus démunis je pourrais peut-être trouver cela amusant, mais quand, pour arriver à un tel résultat tu t'attaque aux prestataires de l'assurance-emploi, de la sécurité de la vieillesse, les enfants etc..., alors là cela devient carrément indécent. Le pire c'est que tout ça se fait sur le dos des provinces. Vivement un Québec indépendant.

  • Guy Vanier - Inscrit 14 novembre 2013 04 h 50

    Notre système est malade!

    Si les canadiens avalent ça ils avalerons n'importe quoi!
    Harper avec l'appuie de seulement 32% de la population, est en train de détruire notre système égalitaire qui a pris des années à mettre en place.
    Je suis en Floride présentement , si vous voulez voir ce qui nous arriveras bientôt faites un petit saut ici et ça vous réveillera assez brutalement. Des jeunes sans emplois ou avec des emplois qui ne peuvent pas les faire vivre adéquatement, et qui sont oubliger de demeurer encore chez leurs parents même si leurs parents sont vieillissant et ne peuvent pas se payer des soins de santé adéquat. Les sans abris sont partout! De la vrais misère dans un pays si riche.
    Une ville comme Détroit est en faillite, Chicago vas suivre bientôt! Les employers de ces villes perdent leurs pensions.
    Avec harper patientez ça s'en viens rapidement si nous ne fesons rien.

  • François Beaulé - Abonné 14 novembre 2013 07 h 46

    Les souverainistes et les «autonomistes» applaudiront

    Plus le gouvernement fédéral réduira impôts et taxes, plus les provinces pourront augmenter les leurs et dépenser leurs argents selon leurs choix. Dans un Québec indépendant, les Québécois ne paieraient plus d'impôt au fédéral.

    Si le gouvernement fédéral réduisait le budget de la défense et cessait ses subventions pour le pétrole, ce serait encore mieux.

  • Jean Claude Pomerleau - Inscrit 14 novembre 2013 08 h 05

    L'étranglement fiscale

    Selon les extrapolations du Directeur Parlementaire du Budget (voir sur leur site: Comparaison des rapports du DPB et de Finances Canada sur la viabilité financière fédérale), dans quelques décennies, Ottawa aura engrangé suffisamment de revenus pour éliminer complètement sa dette. Et le Québec consacrera l'entièreté de son budget à la santé !

    Ce déficit fiscal structurel est intenable à long terme, et mènera nécessairement à une confrontation entre les deux États pour faire sauter le statut quo.

    Pour le Québec, sortir de ce piège qu'est la cage à castor canadienne, deviendra de plus en plus un enjeu existentiel.

    • Murray Henley - Inscrit 14 novembre 2013 18 h 50

      Cette dynamique financière est déjà en place depuis quelques décennies. Une de ses conséquences est que le Québec n'a jamais les moyens financiers d'envisager la souveraineté.

      Ce qui n'aide en rien les choses est aussi la propension de nos gouvernements québécois d'anticiper les revenus futurs pour dépenser maintenant.

      Contrairement au fédéral, au Québec, la moindre marge de manoeuvre financière prévue est déjà dépensée à l'avance, et plus.

  • Denis Miron - Inscrit 14 novembre 2013 08 h 38

    Malade de dégénérescence démocratique


    Les projets de loi omnibus passés sous baillon sont des armes de destruction massives utilisés par les partis majoritaires pour détruire le débat qui fonde la démocratie et par le fait même, la solidarité sociale. Quand la démocratie ne tient plus qu’à un vote à tous les 4 ans, alors que l’on sait très bien que l’on peut facilement en fausser les résultats comme ce fut le cas aux dernières élections dans plusieurs comptés, force est de conclure que notre démocratie est atteinte d’une maladie de dégénérescence très grave qui donne l’impression qu’elle est en phase terminale avec Harper et ses acolytes. Et si on regarde du coté libéral, ça ne s’annonce guère mieux avec un Trudeau admiratif de la dictature chinoise et des sondages qui le donnent en avance même si c'est Mulcair qui fait la job au parlement, pendant que le beau bonhomme Justin est obligé de lire ses questions qu'il pose aux conservateurs Allons-nous changer quatre 25 sous pour une piastre?