Prix unique du livre - Assez attendu!

Depuis le 1er novembre, les manifestations se multiplient dans le monde du livre — libraires, éditeurs, maintenant les auteurs : aura-t-on enfin le prix unique réclamé, si important pour le Québec ? Le gouvernement Marois, qui semble concentrer tous ses débats identitaires sur la Charte de la laïcité, ne répond pas, renvoyant toujours à demain ce qui attend depuis 15 ans.

 

Le prix unique du livre bénéficiait déjà d’un fort soutien lorsque s’était tenu en 1998 l’inspirant Sommet sur la lecture et le livre, sous la houlette du premier ministre Lucien Bouchard. Mais les résistances, émanant surtout de l’univers marchand, avaient poussé M. Bouchard à poursuivre la discussion au sein d’un comité dont les travaux devaient durer un mois et demi : ils s’étireront sur près d’un an et échoueront. S’en étonnera-t-on, quand des éditeurs côtoient des représentants du commerce de détail ? Chercher le consensus a ses limites.

 

Néanmoins, dès cette époque, des éditeurs avaient décidé de sortir de l’inaction afin de marquer leur appui à la vente du livre en librairie : il suffisait de leur envoyer d’abord leurs nouveautés puis, quelques semaines plus tard, de répondre à la demande des grandes surfaces. Le dernier Michel Tremblay pouvait donc regarnir les coffres des libraires, leur permettant du coup d’offrir à la vente des auteurs moins connus. En revanche, l’acheteur de livres chez Costco ou Walmart ne s’en trouvait pas pénalisé, lui dont le geste d’achat est dicté par l’impulsion, au hasard des rabais ou des piles de best-sellers, et non par la course à la nouveauté.

 

Nous l’indiquions samedi, ce modus vivendi n’existe plus. Costco, et c’est à son honneur, veut prendre plus de place dans l’univers du livre. Mais elle le fait en voulant elle aussi obtenir les ouvrages dès leur sortie. Michel Tremblay et son éditeur Leméac ont choisi de résister, perdant du coup 6000 ventes potentielles. C’est énorme ; qui d’autre pourra en faire autant ?

 

Si les règles du jeu changent, alors il faut rétablir l’équilibre. L’une des manières, c’est en garantissant que le prix de vente d’un livre serait le même partout. Les chantages Costco-Leméac n’auraient dès lors plus lieu d’être, la fermeture de petites librairies (13 depuis deux ans) pourrait ralentir (ou être mieux comprise), le livre serait reconnu comme le bien à part qu’il est, plutôt que comme un strict objet monnayable… Et le Québec pourrait mieux faire face à l’avancée des géants du livre numérique.

 

Il y a eu promesse électorale, puis des semaines de commission parlementaire à la fin de l’été. Il y a, depuis quelques semaines, des gestes posés qui bousculent le milieu parce qu’il ne sait plus sur quels soutiens il peut compter. Il est franchement temps pour le ministre de la Culture Maka Kotto de bouger.

10 commentaires
  • André Jacob - Abonné 13 novembre 2013 06 h 11

    Le temps d'une paix est terminé

    Bravo! Effectivement, la recherche d'un consensus entre des acteurs aux intérêts divergents a assez duré. Le temps d'une paix est terminé. Les auteurs, les librairies indépendantes et, somme toute, sans doute une majorité de lecteurs et de lectrices en ont assez d'attendre. Le marché du livre au Québec est restreint en raison de notre démographie, il ne faut pas le tuer à petit feu.

    • Gilles Théberge - Abonné 13 novembre 2013 13 h 07

      Entièrement d'accord. Rien ne vaut ce contact quasiment privilégié avec un ou une libraire qui apporte un supplément indéfinissable et indispensable que jamais on ne trouvera dans les grandes surfaces.

      De toute façon je ne met jamais les pieds chez Costco, et les étals de «Best seller», la plupart dfu temps des traductions, où qu'ils se trouvent me laissent de marbre.

      Finalement la question qui demeure très est simple : qui va enfin réussir à tirer ce ministre de son sommeil profond?

  • Charles F. Labrecque - Inscrit 13 novembre 2013 09 h 55

    Je suis persuadé, que cette bataille pour établir une politique de prix unique pour le livre, n'est que perte de temps. A part les nostalgiques qui d'autres chez les jeunes lecteurs voudrons toujours avoir du papier dans les mains. Il faut être réaliste et comprendre que le monde change avec les développements que nous offrent la technique. Celle-ci à l'aide tablettes électronique nous donne accès à une panoplie de livres et ce partout dans monde, souvent gratuitement.
    Il serait grand temps que tout ces organistes impliqués dans la fabrication des livres comprennent que le temps de se métamorphoser est arrivé, et que leurs rêves du prix unique ne sera qu'une autre barrière à leurs développements.

    • Gilles Herman - Abonnée 13 novembre 2013 10 h 49

      Cher monsieur Labrecque,

      Que faire de plus ? Rendre les livres disponibles au format numérique ? Fait. Les diffuser sur les sites Internet de librairies, de chaînes, de groupes comme Amazon, Apple et Kobo ? Fait. Les diffuser à l'étranger ? Fait. Les rendre disponibles au prêt en bibliothèque ? Fait.

      Le numérique est-il le prédateur qui assassine les librairies une à une ? Non. Il le deviendra peut-être, mais ce n'est pas le problème immédiat. On parle ici d'une lente érosion des profits des librairies qui finit, à terme, par nuire à l'ensemble des acteurs du livres, de l'auteur au lecteur. Moins de librairies = moins de livres en ventes = moins de choix = moins d'éditeurs = moins d'auteurs, avant tout québécois.

      Je citerai les éditions du Boréal : « Voulons-nous vivre dans l'imaginaire des autres ? »

  • Marc-André Audet - Abonné 13 novembre 2013 10 h 50

    Modus Operendi?

    "Nous l’indiquions samedi, ce modus vivendi n’existe plus".

    Madame Boileau, ce "modus operendi" n'a jamais existé. Tout au plus, 2 ou 3 éditeurs ayant une place plus que négligeable en grande surface ont-ils tenté l'expérience. En plus de vos sources habituelles, il serait bon de vous informer de temps en temps auprès d'éditeurs vendant leurs titres en grandes surfaces...


    Marc-André Audet,
    éditeur, Les éditions les Malins.

    • Sylvain Auclair - Abonné 13 novembre 2013 15 h 47

      Modus vivendi ou modus operandi.

      Le latin, ce n'est pas l'espéranto, et tous les verbes ne se conjuguent pas de la même manière.

    • Denis Marseille - Inscrit 13 novembre 2013 18 h 37

      C'est vrai qu'il y a une différence entre manière de vivre et manière de procéder.

      Et operandi s'écrit avec un A. Tout bon éditeur devrait avoir un correcteur.

  • Peter Kavanagh - Inscrit 13 novembre 2013 14 h 58

    Erreur

    Est-ce que on va faire la même chose pour les disquaires?? A-t-on essayé de gardé en vie les petites salles de cinéma? Le prix unique ne fera pas revivre les libraires. J'ai arreté d'aller chez un libraire, non pas a cause du prix du livre, mais parce que je devais cherché un stationement durant 20 minutes et que ça me coutait $8 si je prenais trop de temps. La majorité des gens achetent leur livre en grandes surfaces, il suffit d'y aller pour le voir et il ne retourneront pas dans une librairie. La seule chose que le prix unique va réussir, c'est d'empecher ceux qui ont un budget plus limité d'en acheté.

  • André Savary - Abonné 13 novembre 2013 22 h 19

    Librairies de quartier VS Walmart et autres ...

    Ce que semble ignorer les gens pronant un prix fixe pour les livres, afin de protger les petites librairies, c'est qu'il n'y en a pas partout...

    Réduire l'offre et la disponibilité ne favorise pas les ventes...bien au contraire, c'est un moyen de réduction, de contrôle... Madame Marie Laberge l'a copmpris...

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