Caisse de dépôt - Les apprentis sorciers

On ne refait pas l’Histoire, mais il est utile de revenir sur le cauchemar duquel nous nous sommes réveillés en 2008 en réalisant que notre Caisse de dépôt et placement venait de perdre 40 milliards $ d’épargne, soit le quart de ses actifs.

De cette somme, 6 milliards $ provenaient de l’effondrement du marché des papiers commerciaux non bancaires adossés à des actifs (PCAA), des titres à court terme composés d’un amalgame de prêts plus risqués, tels les cartes de crédit, les hypothèques non assurées et les prêts autos.

La Caisse n’a pas été la seule prise au jeu de cette recherche à tâtons de rendements supérieurs pour ses simples liquidités. Mais dans son cas, les conséquences ont été plus graves à cause de la quantité détenue d’un produit dont elle aurait dû se tenir loin.

Dans les enregistrements rendus publics par le journaliste Andrew McIntosh, de l’agence QMI, on entend un vice-président de la Caisse, Luc Verville, refuser de croire les propos d’une représentante de la CIBC le prévenant d’un gel imminent du marché faute de clients devenus frileux après l’écrasement des subprimes américains. Plus tard, il avoue même ne pas connaître le contenu détaillé des titres qu’il achetait à coups de milliards.

Or, parce que la Caisse était la première détentrice de ces PCAA au pays, les pressions sont devenues fortes pour qu’elle continue de soutenir le marché par ses achats. Ça n’a pas fonctionné, de sorte que c’est la Caisse qui est morte « la gueule ouverte », selon l’expression de son vice-président.

Depuis la publication édifiante de ces enregistrements, les principaux intéressés, y compris l’actuel ministre des Finances, Nicolas Marceau, répètent qu’il n’y a là rien que nous ne sachions déjà, que l’Autorité des marchés connaissait le contenu de ces bandes et que, de toute façon, les principaux acteurs ont tous été congédiés.

Vrai ! Il n’empêche que ces enregistrements remettent en cause le témoignage du patron de la Caisse à l’époque, Henri-Paul Rousseau, qui affirmait en commission parlementaire que la débandade était le résultat fatidique d’une « tempête parfaite ».

Il est édifiant de voir combien certains super-experts-à-grosses-primes étaient non seulement ignorants du contenu des produits manipulés, mais ils le faisaient avec la désinvolture de l’apprenti sorcier. Le temps faisant son oeuvre, les PCAA détenus par la Caisse valent aujourd’hui 80 % de leur valeur nominale, comparativement à 55 % au moment de la crise. Il reste donc quelques milliards à récupérer…

Avec l’arrivée de Michael Sabia, la Caisse a revu ses processus, éliminé les produits miracles et mis l’accent sur l’analyse du risque. Bien, mais pour la transparence, le bilan est moins reluisant. Un constat qui vaut aussi pour l’Autorité des marchés financiers.

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