Élections du 3 novembre - Pour Bergeron

Les élections municipales de ce dimanche au Québec seront l’occasion pour plusieurs municipalités de tourner la page sur un chapitre sombre de leur histoire. Les regards se porteront tout particulièrement vers Montréal, qui encore plus que les autres a besoin de dirigeants qui sont d’une totale intégrité et qui ont une vision de l’avenir de la métropole.

 

 

Montréal va mal, dit-on. Il est vrai que la métropole a pris du retard sur le plan économique sur les autres grandes villes canadiennes. Toronto la devance largement, mais aussi Vancouver, Calgary. Il faut toutefois nuancer. Montréal a été dans bien pire situation qu’aujourd’hui. Au lendemain des Jeux olympiques de 1976, après la grande fête, il fallut payer la note qui prit la forme d’un ralentissement économique et d’une montée catastrophique du chômage. Mais les Montréalais se sont relevés. Un groupe de travail arc-en-ciel présidé par Laurent Picard fut chargé de redéfinir l’avenir de Montréal. Il produisit en 1986 un rapport marquant. On lui doit ce que sont aujourd’hui les lignes de force de Montréal, la haute technologie, le pharmaceutique, l’aéronautique, le commerce international.

 

Le pire n’est jamais certain. Montréal peut sortir de sa morosité pour peu que la communauté montréalaise se mobilise à nouveau. Pour donner cette nouvelle impulsion au développement de la métropole que tous souhaitent, le prochain maire et le prochain conseil municipal auront un rôle déterminant pour engager, comme dans les années 1980, un effort concerté de tous les gouvernements et de tous les groupes qui forment le tissu montréalais, ce qui comprend autant la communauté d’affaires que les groupes sociaux et culturels. Ceux-ci attendent d’ailleurs depuis longtemps qu’on les mobilise.

 

L’enjeu premier de cette élection est de mettre fin à la paralysie dont souffre l’Hôtel de Ville. Le prochain conseil doit redonner à l’administration montréalaise son autorité et son pouvoir. Ou en d’autres mots, cette élection doit mettre en place un conseil capable de reconstruire tout ce que ses prédécesseurs ont démoli : la réputation de la Ville, son intégrité et sa moralité, le professionnalisme et la productivité de son appareil administratif. Le chantier est immense, et c’est sans compter tous les travaux à entreprendre pour donner aux Montréalais les services auxquels ils ont droit.

 

Les Montréalais auront ce dimanche un choix plus grand que jamais. Parmi les quelque 400 candidats qui se disputent les postes de conseillers se trouvent beaucoup de candidatures nouvelles. L’élection de nouveaux venus est souhaitable, car c’est en faisant du passé table rase que nous pourrons rétablir l’image d’intégrité des élus. Si on veut tourner la page sur ce chapitre douloureux de l’histoire de Montréal, la rupture avec le conseil de l’époque Tremblay-Zampino-Applebaum se doit d’être nette.

 

À la mairie, les candidatures se sont aussi multipliées, mais on n’y trouve pas ce candidat idéal, ce Jean-Paul L’Allier ou ce Michael Bloomberg qui aurait donné à Montréal l’élan que tous espèrent. Ne déconsidérons pas toutefois ceux et celles qui se sont engagés à servir leurs concitoyens, peu importe qu’ils l’aient fait par ambition de faire carrière politique ou par désir de défendre une vision de l’avenir de leur ville.

 

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Ces deux mots, « ambition » et « vision », sont ceux qui permettent le mieux de départager les quatre candidats en tête de la course à la mairie. L’ambition est ce qui a motivé les candidatures de Mélanie Joly et de Denis Coderre. Tous deux voient la politique comme une carrière, ce qui est en soi honorable, mais retenons que c’est essentiellement ce qui les motive. M. Coderre rêvait au poste de premier ministre du Canada, mais s’est replié vers ce second choix qu’est Montréal. Mélanie Joly s’en défend, mais elle est portée par le désir de se faire un nom en politique. Notons que l’ambition ne doit pas être un mauvais moteur puisque ce sont ces deux candidats qui sont en tête.

 

Mélanie Joly a mené une campagne exceptionnelle. Elle a apporté à la campagne électorale. Elle a séduit beaucoup d’électeurs par sa fraîcheur. Mais lui confier les clés de l’Hôtel de Ville serait le début d’une aventure périlleuse que Montréal n’a pas le luxe de se payer. Il faut y résister. À côté d’elle, le populiste Denis Coderre est une valeur sûre en raison de son expérience, mais son intérêt soudain pour Montréal doit donner à réfléchir. Sans doute saurait-il être un bon gestionnaire au quotidien, mais il n’a pas su proposer durant la campagne cette vision de l’avenir de Montréal que l’on attendait de lui. En choisissant de s’appuyer sur les dépouilles d’Union Montréal pour constituer son équipe, il représente la continuité avec la gestion passée de la Ville plutôt qu’une rupture nécessaire.

 

À l’inverse, Richard Bergeron et Marcel Côté recherchent le pouvoir pour mettre en oeuvre des projets. Ils ont tous deux une compréhension des problèmes de Montréal et une vision de ce que devrait être son avenir, fruit de leur engagement personnel et professionnel dans cette ville, le premier en militant dans le parti Projet Montréal qu’il a créé il y a dix ans, et le second par une présence active au sein de la communauté montréalaise, celle des affaires et celle de la culture. Le projet de Richard Bergeron en est un de développement durable. Il cherche à construire une ville moderne. Pour sa part, Marcel Côté propose plutôt la rigueur. Avec lui, on mettra l’administration montréalaise en ordre, ce qui est un passage obligé pour éloigner la collusion qui, ces dernières décennies, s’était glissée dans les failles du système. On le conçoit bien, la reconstruction de Montréal doit commencer par les fondations.

 

Mais l’élément clé pour diriger Montréal est d’abord la capacité à exercer un leadership. Ce facteur outrepasse les programmes, qui souvent se rejoignent. C’est d’autant plus important que le prochain maire n’aura vraisemblablement pas de majorité au conseil. Le prochain maire devra créer des consensus et, le cas échéant, savoir trancher. À cet égard, Richard Bergeron et Marcel Côté se qualifient mieux que Mélanie Joly et Denis Coderre pour occuper le fauteuil de premier magistrat.

 

De Marcel Côté et Richard Bergeron, c’est ce dernier qui nous apparaît le mieux préparé pour diriger Montréal. Il manque à M. Côté cette expérience directe de la politique municipale qu’a acquise pour sa part le chef de Projet Montréal au cours de ses huit années au conseil municipal et par la direction d’un parti, ce qui lui a donné une connaissance directe des enjeux qui sont ceux de Montréal et des rouages de l’appareil administratif. Lui-même et son parti offrent par ailleurs une garantie d’intégrité exceptionnelle. Nous avons plusieurs fois critiqué dans cette page M. Bergeron pour ses positions trop militantes. Nous souhaitons que s’il est élu maire de Montréal, il sache s’élever au-dessus des enjeux partisans et être le maire de tous les Montréalais.

40 commentaires
  • Marie-Dominique Lahaise - Abonné 2 novembre 2013 00 h 27

    Le Devoir et moi, on continue à être en phase ! Merci de cette prise de position.

  • Marcel Bernier - Inscrit 2 novembre 2013 00 h 53

    Le bonheur est dans les urnes

    Je partage parfaitement votre analyse de la situation, monsieur Descôteaux.
    Il nous reste quand même à nous excuser auprès de nos concitoyens et concitoyennes de confession juive et musulmane de la conduite d'un des candidats à la mairie, le dénommé Denis Coderre. L'attitude de Bwana de celui-ci est pourtant inexcusable. Nous ne sommes pas dans une république de bananes!
    Ma soeur, convertie au judaisme, ashkénaze, mon beau-frère, rabbin, n'accepteront pas d'être instrumentalisés par qui que ce soit et ne voteraient jamais pour quelqu'un de si douteux moralement. Mes concitoyens et concitoyennes musulmans n'ont pas besoin de qui que ce soit pour être protégés-es : ils et elles se sentent québécois et québécoises à part entière.

  • Michel Benoit - Inscrit 2 novembre 2013 03 h 51

    En attente d'une décision du DGEQ

    Richard Bergeron a poussé trop fort lors de l'élection partielle d'avril 2012 dans le district Vieux-Rosemont en permettant à Projet Montréal de dépenser plus que la limite permise.

    Sa candidate Erika Duchesne a été élue et est toujours en attente de son sort avec le DGEQ qui rendra sa décision qu'après l'élection.

    Mme Duchesne se représente mais elle pourrait se faire sortir du Conseil Municipal pour 5 ans ce qui occasionnerait une autre élection partielle au coût de 400 000 $.

    • Ginette Bertrand - Inscrite 3 novembre 2013 01 h 58

      Pas fort, fort comme argument.

  • Jean-Marc Pineau - Inscrit 2 novembre 2013 04 h 42

    Richard Bergeron à la mairie

    Je n'avais pas encore arrêté ma décision mais ma réflexion m'aurait sans doute conduit à la même conclusion que la vôtre, M. Descôteaux. Je crois en effet que c'est le choix qu'il convient de faire, pour que Montréal retrouve son dynamisme et les Montréalais, leur fierté.
    Denis Coderre est un Libéral et, on l'a vu ces dernières années, les Libéraux ont foutu le b... partout où ils sont passés. Je ne peux pas croire que des Montréalais intelligents ont vraiment l'intention de voter pour ce batailleur de rue, pauvre émule de Jean Chrétien.
    On verra plus tard, s'ils ont un peu de persévérance, ce que peuvent donner Mélanie Jolie et Marcel Côté.
    Le choix logique : donner son vote à Richard Bergeron le 3 novembre.

  • Jean-Pierre Marcoux - Inscrit 2 novembre 2013 08 h 04

    Belle analyse, M. Descôteaux

    Je partage votre point de vue et souhaite que les citoyens de Montréal iront voter dimanche pour aller en ce sens.

    Après tout ce qui est arrivé cette année et les précédentes, la prise de position d'André Pratte de LaPresse pour appuyer M. Coderre est incompréhensible, pour dire le moins.

    Souhaitons que le contenu (le programme, la vision, l'expérience) triomphe sur l'emballage (l'image, le superficiel, le show).

    Montréal mérite M. Richard Bergeron.


    Un citoyen de Sherbrooke

    • Louis Gérard Guillotte - Abonné 2 novembre 2013 14 h 22

      Le journal La Presse!!??!! Tu parles!!J'ai longtemps pensé que Foglia aurait dû passer au Devoir.Mais que veux-tu!Pouvoir s'adresser à un plus-
      grand-nombre,genre le Canada le-plus-grand-beau-pays de l'Univers,est
      nécessaire à certains de la grande famille libérale québécoise...par défini-
      tion.Mes condo-léances à la Famille du grand chef en chef.
      Mais cela dit,nous comprenons bien que la Famille a toujours besoin d'une paire d'oreilles bien assises au fauteuil municipale afin que les communications téléphoniques commencent,veux-veux-pas,par:...salut mon "chum!Ah!ben oui!c'est mon bon ami-mon-"chum"etc,comme aux au-
      ditions de la Commission Charbonneau.Mais que voulez-vous!Les valeurs
      néo-libéralisantes cachent,pour faire bonne figure,une espièglerie notoire
      laquelle se sent obliger,non pas par obligation nécessairement...mais avertie par leur piff périodiquement,de s'autotaper sur les doigts par
      un vaste examen de conscience des valeurs identitaires et humaines au-
      réolant la Famille.
      Je me réjouis à l'idée que les montréalais brandiront un avant-bras poingté:"Tiens-ma-toé-là!Tu me passeras pas un autre sapin!"