Fin de vie - Continuer d’avancer

La vie, la mort : il n’y a pas de débat plus délicat à mener comme société. Il était donc tout aussi heureux que l’Assemblée nationale choisisse, mardi, de poursuivre l’étude du projet de loi sur les soins de fin de vie que normal que des députés s’y opposent. À condition toutefois qu’il ne s’agisse pas d’un prélude à faire tout déraper. Philippe Couillard n’a à cet égard guère rassuré.

 

 

Aux yeux du grand public, les délibérations qui ont cours depuis quatre ans autour des soins de fin de vie sont le symbole même de la possibilité de faire de la politique autrement.

 

L’initiative de Véronique Hivon, députée péquiste, avalisée par le gouvernement Charest, a permis la création en 2009 d’une commission spéciale dirigée par les deux principaux partis, qui fut caractérisée par la rigueur et la sensibilité et qui a débouché sur un rapport unanime. Le gouvernement Marois a poursuivi l’élan avec le projet de loi 52, lui-même objet d’une importante consultation où les débats ont atteint une véritable hauteur de vues. Un baume sur notre vie publique, tellement autrement entachée.

 

C’est dire si les premiers échos d’une dissidence libérale ont surpris il y a quelques jours. Son ampleur lors du vote de mardi, où il s’agissait simplement de décider du renvoi du projet de loi en commission parlementaire pour une étude article par article, était carrément inattendue.

 

S’il est plausible que plus de la moitié du caucus libéral ait des problèmes de conscience, sans partisanerie aucune, face au principe même de l’aide médicale à mourir, il est trompeur d’y voir, comme l’a affirmé leur chef Philippe Couillard, le reflet d’un « malaise dans toute la société ». Au contraire, il ressort plutôt des sondages, comme celui mené par Le Devoir l’an dernier, un appui de plus de 80 % des répondants. Ces données couplées aux multiples consultations menées depuis quatre ans témoignent d’un fort consensus social. Demander davantage, c’est réclamer une unanimité impossible à atteindre et sans doute non souhaitable dans une telle matière.

 

Il faut au contraire admettre que dans nos sociétés où, avancées médicales obligent, la mort a appris à se traîner les pieds, les populations sont prêtes à aborder de front l’enjeu de la dignité dans les cas de fins de vie éprouvantes. Le travail de réflexion mené au Québec à cet effet est remarquable et le démarque du reste du Canada, où le sujet reste un tabou politique en dépit des demandes du public.

 

Comment dès lors interpréter que plus de 50 % du caucus libéral ait voulu mettre une fin abrupte au débat ? Vraiment simple cas de conscience ? Ou sensibilité à certains lobbys, ultraminoritaires mais terriblement actifs ? Ou trop de poids donné à des impressions ? Et comment expliquer le « Prouvez-moi » répété en point de presse par M. Couillard pour exposer ses réticences face au projet de loi 52 ? Prouver quoi ? Que fait-il des 300 mémoires remis à la Commission spéciale, des 60 groupes entendus durant la dernière consultation ? Que lui faudrait-il de plus ?

 

M. Couillard a beaucoup souligné qu’il ne cherchait pas à influencer ses collègues, mais son statut de médecin s’ajoutant à celui de chef de parti donne un poids particulier à ses commentaires. Et la frontière est mince entre sa demande, justifiée, de clarifier des concepts du projet de loi et le refus, à l’heure de la mort, de tout autre recours que les soins palliatifs que l’on sent poindre dans ses propos. Il devra clarifier ce flou.

 

Comme pour l’avortement, on s’attend ici à ce que les politiciens distinguent leurs réserves personnelles des avancées pour la société. Et pour chaque crainte d’abus potentiel, on trouve des témoignages d’une tristesse infinie de gens prêts à mourir et que le système médical a refusé d’écouter. Les balises, soit, le rejet, non. Il faut appuyer Madame Hivon.

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