Couche-tard - Ouverture inattendue

Le Congrès du travail du Canada se paie ces jours-ci, sur les grands réseaux de télévision, des publicités portant sur les progrès qu’apporte aux travailleurs le syndicalisme. « C’est bon d’être juste », dit cette campagne qui présente du monde syndical une image à l’opposé de celle que nous montre quotidiennement la commission Charbonneau.

 

Le syndicalisme ne se résume certainement pas aux pratiques déployées dans le secteur de la construction au profit de quelques-uns de ses dirigeants. L’entente rendue publique lundi par la CSN et la direction de Couche-Tard pour les employés de six dépanneurs de ce groupe donne au contraire tout son sens au syndicalisme. Dans le secteur des commerces de proximité, les employés sont soumis à des conditions de travail qui ne sont pas marquées par l’équité. On y trouve instabilité, horaires de travail variables, bas salaires et insécurité physique en raison de la récurrence des vols. La signature d’une première convention collective est pour ces travailleurs un pas qu’ils n’auraient pu franchir seuls.

 

Pendant des mois et des mois, la direction de Couche-Tard a combattu les tentatives de syndicalisation, fermant inopinément deux dépanneurs sous prétexte de leur non-rentabilité. Son président, Alain Bouchard, avait même mis en garde ses employés contre leur syndicalisation dans une vidéo. Couche-Tard offrait la même résistance que Wal-Mart a opposée aux tentatives de syndicalisation de ses magasins par les Travailleurs unis de l’alimentation du Canada.

 

La volte-face de Couche-Tard, aussi inattendue que bienvenue, s’explique certainement par l’opiniâtreté de la CSN, qui s’est alliée au syndicat des employés de la chaîne de stations d’essence norvégienne Statoil, dont Couche-Tard a pris le contrôle l’an dernier pour quelque 2,7 milliards. Ce syndicat siège au conseil de l’entreprise et avait manifesté de fortes réserves à l’arrivée de Couche-Tard.

 

Cette transaction fut sans doute le chemin de Damas d’Alain Bouchard. Il a surmonté ses préjugés à l’égard du syndicalisme, mais Couche-Tard devra apprendre à vivre avec cette nouvelle réalité. L’entente ouvre la porte à la syndicalisation d’autres dépanneurs et à l’amélioration générale des conditions de travail de ses employés, qui n’en seront que mieux disposés à participer au succès de leur employeur. L’entente leur assure non pas tant des augmentations de salaire démesurées qu’une plus grande équité et une plus grande sécurité. Couche-Tard, dont le chiffre d’affaires est de près de 20 milliards, a posé le geste qu’on attendait d’une grande entreprise.

8 commentaires
  • Sylvain Auclair - Abonné 30 octobre 2013 09 h 56

    Bravo!

  • Denis Marseille - Inscrit 30 octobre 2013 09 h 56

    Pauvres employés!

    «On y trouve instabilité, horaires de travail variables, bas salaires et insécurité physique en raison de la récurrence des vols.»

    En étant syndiqués, ils auront encore tout ça et en plus, ils devront cotiser sur chaque paie pour un syndicat qui lèvera pas le petit doigt pour eux.

    Ha oui, ils auront le droit de grève... WOW!

    • Patrick Boulanger - Abonné 30 octobre 2013 12 h 50

      Bizarre votre commentaire M. Marseille! Les employés des dépanneurs syndiqués vont recevoir des augmentations salariales, une reconnaissance de l'ancienneté et le respect de certaines normes en matière de santé et de sécurité au travail et vous, vous affirmez, que le syndicat ne lèvera pas le petit doigt pour eux.

    • Denis Marseille - Inscrit 30 octobre 2013 14 h 27

      @ M. Boulanger

      Ce sont en majorité des emplois détenus par des étudiants... Donc temporaire et à temps partiel. Les postes de gérants et ass. gérants ne sont pas soumis à la syndicalisation. Et tout ce que vous mentionnez, ils devront le négocier avec leur patron... Je leurs souhaite bonne chance.

      Pensez-vous vraiment qu'on va chercher une carrière dans un dépanneur?

    • Patrick Boulanger - Abonné 30 octobre 2013 14 h 28

      M. Marseille, si vous n'aimez pas les syndicats, trouvez donc autre chose pour tenter de les rabaisser : augmentation du prix de certains produits chez Couche-tard ; les actionnaires du de la chaîne vont possiblement s'enrichir un peu moins ; etc.

    • Patrick Boulanger - Abonné 30 octobre 2013 16 h 33

      @ M. Marseille (14h27)

      Bizarre votre réponse M. Marseille. Vu que ce sont des étudiants qui occupent en majorité les postes chez Couche-tard et que la grande majorité d'entre eux ne font pas carrière au sein de la chaîne, ils ne méritent donc pas d'avoir des conditions de travail beaucoup plus élevées que le minimum prévu par la loi?

      Par ailleurs M. Marseille, je vous signale que la convention collective est déjà signée (« Je leurs souhaite bonne chance ») : http://www.ledevoir.com/economie/actualites-econom

      Patrick Boulanger

    • Denis Marseille - Inscrit 30 octobre 2013 18 h 56

      Ouais, toute une victoire pour la lutte des classes; six dépanneurs se sont syndiqués...

      ... pendant ce temps là, dans ma région la SGL ferme ses portes et les 110 syndiqués bien rémunérés se retrouvent le cul à l'eau et le syndicat n'a rien fait pour les employés.

      Alors je pense que les syndicats se rabaissent très bien tout seuls.

      http://argent.canoe.ca/nouvelles/sgl-canada-ferme-

    • Patrick Boulanger - Abonné 30 octobre 2013 22 h 56

      @ M. Marseille

      M. Marseille, qui parle d'une victoire de la lutte des classses dans ce dossier-là à part vous? Et il va sans dire que les dépanneurs Couche-tard du Québec ne déménageront pas à l'extérieur de la province pour réduire ses coûts à l'instar de la SGL...