Élections - Des maires solidaires

Les élections municipales approchent et, pour certaines villes, ce sera un nouveau départ. Malheureusement, même si les élus sont remplis de bonnes intentions et promettent de gérer leur ville de leur mieux, ils constateront pour la plupart qu’ils ne peuvent rien faire pour comprimer les dépenses, dont les coûts de la main-d’oeuvre qui occupent la moitié des budgets.

 

Lorsqu’en avril dernier, le maire Régis Labeaume a rencontré la ministre Agnès Maltais pour lui faire part de sa frustration de ne pas pouvoir imposer des conventions collectives aux employés municipaux, il s’est vu répondre deux choses : d’abord, que « la modération a bien meilleur goût » ; ensuite, qu’il devait patienter jusqu’à ce qu’on étudie les recommandations du rapport D’Amours sur les régimes de retraite, car « les solutions vont sortir du débat en commission parlementaire ».

 

Or, après avoir entendu tous les intéressés, les députés ont conclu cet automne qu’en l’absence de consensus pourtant prévisible, il fallait… poursuivre l’étude du dossier des retraites. Exit les mois de travail du comité d’experts et vive le pelletage en avant !

 

Les villes du Québec n’ont pas les ressources nécessaires pour remplir leurs obligations, tant sur le plan financier que sur celui des relations de travail. Étant l’autorité la plus près des gens, celle de qui dépend la livraison de services aussi essentiels que le transport en commun, l’eau, la sécurité incendie et la collecte des ordures, elles n’ont jamais pu exercer un rapport de force normal avec leurs syndicats. C’est d’ailleurs le même constat d’impuissance qui a conduit le gouvernement du Québec à se doter des pouvoirs nécessaires pour décréter, au besoin, les conditions de travail de ses propres employés.

 

Sans aller aussi loin, Québec aurait dû depuis des lustres fournir aux élus municipaux les instruments d’une négociation équilibrée, tels que des normes et des barèmes à respecter en matière d’avantages sociaux, de régimes de retraite et même d’échelles salariales. Car rien ne justifie que les employés de ses propres « créatures » utilisent leur position privilégiée dans la chaîne des services essentiels pour arracher des conditions 33 % supérieures à celles de leurs homologues provinciaux.

 

La rémunération occupe plus de la moitié du budget d’une ville comme Montréal. En 2013, la Ville a consacré 584 millions au seul chapitre des régimes de retraite, soit 100 millions de plus qu’au transport en commun ! À lui seul, le déficit des caisses de retraite prive la Ville de l’équivalent des dépenses annuelles du service des incendies, soit 350 millions. Et si l’entente intervenue l’an dernier avec les cols bleus en échange d’une augmentation salariale abusive de 11 % sur cinq ans lui permet de réduire les cotisations courantes, elle ne fait pas tomber une seule brique du mur que représente le déficit accumulé de plus d’un demi-milliard, comme le maire de Québec l’a souvent rappelé. M. Labeaume a raison : les employés municipaux doivent assumer leur part de ce déficit que les rendements du marché ne suffisent plus à combler.

 

En politique, la bonne volonté ne mène nulle part quand on n’en a pas les moyens. Si les maires des grandes villes veulent récupérer une partie de l’autonomie perdue au fil du temps, parfois par leur propre faute, ils doivent unir leurs forces pour réclamer les outils dont ils ont besoin de ce gouvernement beaucoup trop proche de l’establishment syndical.

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