Autochtones - On jase…

Le gouvernement conservateur a beau se faire régulièrement rappeler à l’ordre, la misérable situation vécue par les autochtones le laisse froid. On ne compte plus les rapports, dont le tout récent du Rapporteur spécial des Nations unies, qui le soulignent. Il est plus rare d’avoir un aperçu de la manière dont ces choses se discutent à l’intérieur de l’appareil fédéral. Le rapport de médiation, obtenu par Le Devoir, entre la Société Makivik, qui représente les Inuits du Québec, et Ottawa montre bien la désinvolture avec laquelle on agite des promesses.

 

À la défense du fédéral, il est vrai que son fonctionnement, obscur pour « 99 % des individus » qui interagissent avec elle, est fort complexe. Mais il est troublant de constater le peu de priorité accordé aux autochtones, même quand un ministre s’en mêle.

 

La source de cette histoire remonte à l’importante conférence Katimajiit qui s’était tenue à Kuujjuaq en août 2007. Le gouvernement Charest s’était alors engagé sur bien des plans pour venir en aide au Nunavik, notamment en matière d’habitation. Ottawa, lui, était arrivé les mains vides. Néanmoins, Makivik avait profité de l’élan donné par Québec pour demander au fédéral de profiter du renouvellement à venir de la Convention de la Baie-James pour régler la crise aiguë du logement qui sévissait. Le ministre des Affaires autochtones de l’époque, Chuck Strahl, accepte, et son équipe se met à travailler en ce sens. Eût-il été ministre au sein du gouvernement du Québec, cela aurait suffi pour croire à la fermeté de ses intentions. Pas au fédéral ! L’important à Ottawa, c’est de garder le contact, pas de régler les problèmes, apprend-on dans le rapport.

 

Le sort des Inuits finira en fait par être lié au… pont Champlain. Puisque des travaux urgents y sont nécessaires, là ira l’argent que l’on faisait miroiter à Makivik pour ses logements. Sauf qu’on ne le leur dira pas. En mars 2010, la Société va donc signer le renouvellement de la Convention de la Baie-James, toujours convaincue que le sort des logements sociaux suivra dans une autre entente. Il faudra des mois avant que le fédéral n’admette enfin à Makivik que rien ne bougera de ce côté. De la pure mauvaise foi, tranche la médiatrice, qui recommandait toutefois des pistes d’action. Un an plus tard, c’est toujours le calme plat… en pire : les Inuits n’arrivent même pas à rencontrer leur ministre actuel, Bernard Valcourt.

 

Il y a, dans cette histoire, le concentré du peu de considération auquel ont droit les Premières Nations de la part du gouvernement qui en est pourtant le premier responsable : des palabres, des cachettes et des rapports mis sur les tablettes. Vraiment de quoi nourrir toutes les colères.

3 commentaires
  • Camil Bouchard - Abonné 29 octobre 2013 09 h 08

    Valcourt et l'équité

    Il n'y aa qu'à se rappeler comment Valcourt a traité les chômeurs lors de la récente réforme de l'Assurance-Emploi pour comprendre qu'il n'en a rien à cirer des Inuits.

  • Bernard Terreault - Abonné 29 octobre 2013 09 h 39

    Absurde situation

    Les autochtones et leurs descendants doivent-ils pour toujours vivre de l'assistance publique? Ou est-il concevable qu'un jour on puisse vivre de son travail dans les régions très nordiques et dans les réserves indiennes ?

  • Sylvain Auclair - Abonné 29 octobre 2013 12 h 09

    Pont Champlain?

    À ce que je comprends, le fédéral ne mettra pas un sou dans le pont Champlain, qui va être financé en PPP. Alors où est parti l'argent?