Élections à Montréal - Sortie de crise

La cascade de scandales qui a marqué l’ère Tremblay-Zampino-Applebaum à l’Hôtel de Ville de Montréal a déstabilisé politiquement la métropole. La panne de leadership dans laquelle elle se trouve depuis plusieurs mois pourrait ne pas trouver sa solution dans les urnes ce 3 novembre prochain.

 

Ces scandales ont laissé des traces bien plus profondes que ce que l’on avait craint. La plus inattendue est le désintérêt marqué des Montréalais pour le débat politique. Scandalisés, tous l’ont été, mais pas au point de se révolter. Cette prise en main de leurs affaires par les Montréalais qu’on espérait ne s’est pas réalisée. Au contraire, ils semblent indifférents au déroulement de la campagne électorale, au point que, d’emblée, les maisons de sondage prédisent un taux record d’abstention au scrutin de dimanche.

 

La morosité politique des électeurs n’est pas sans rapport avec l’état de la classe politique. Les scandales ont forcé Union Montréal à se faire hara-kiri. Vision Montréal, plombé par ses problèmes financiers, s’est retrouvé plus ou moins paralysée. Projet Montréal, de Richard Bergeron, peut certes se croire indemne, mais même lui subit les contrecoups de la crise dans la mesure où l’opinion publique met confusément tout le monde dans le même panier.

 

Est arrivé ce qui devait arriver. La classe politique montréalaise s’est retrouvée incapable de générer sa propre relève. Dans un premier temps, elle s’est mise à la recherche de candidats vedettes. Personne ne s’est manifesté, tant par peur du défi que par crainte d’échouer. C’est probablement mieux ainsi, car d’évidence ces gens n’auraient pas été portés par de fortes convictions, comme le sont les Denis Coderre, Marcel Côté, Mélanie Joly et Richard Bergeron, qui forment le quatuor de tête dans cette campagne.

 

Dans de telles circonstances, le débat politique ne pouvait être bien servi. Exception faite de la candidature de Richard Bergeron, les Côté, Joly et Coderre s’appuient sur des organisations improvisées. Leurs coalitions ne tiendront que le temps de la campagne. On doit craindre le pire en ce qui a trait aux résultats du scrutin. Les électeurs ne voteront pas en suivant la ligne de parti, car sauf dans le cas de Projet Montréal, il n’existe pas d’identification forte entre le chef de la coalition et ses candidats aux postes de conseillers. Cela d’autant plus que les programmes des uns et des autres se ressemblent. Des urnes pourrait sortir un conseil municipal éclaté, dirigé par un maire minoritaire sans autorité sur des conseillers qu’il faudra rassembler autour d’orientations qui reposeront sur le plus petit commun dénominateur.

 

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Une telle perspective constitue sans doute le pire scénario pour Montréal à l’heure où elle a besoin de retrouver le leadership qui lui a fait défaut ces dernières années. Car si le maire et le conseil municipal ne sont pas à même de l’exercer, d’autres se chargeront d’orienter à leur guise le développement de la métropole. Ces autres, on les connaît bien. Ce sont les gouvernements supérieurs, celui de Québec comme celui d’Ottawa, qui n’ont aucune gêne à dicter à Montréal quoi faire.

 

Des exemples ? Rappelons, dans le cas d’Ottawa, sa volonté de mettre un péage sur le futur pont Champlain. Dans le cas de Québec, les exemples sont sans fin. C’est ainsi que Québec a imposé sa volonté à Montréal pour la reconstruction de l’échangeur Turcot. Affront suprême, elle lui faisait savoir, comme le révélait Le Devoir jeudi, que désormais il passerait outre aux objections de la Ville sur le plan environnemental pour les projets autoroutiers. Le message est clair. Que Montréal ne vienne pas nous embêter avec ses préoccupations.

 

La réalité est que le vrai maire de Montréal se trouve à Québec, le plus souvent au bureau du ministre des Transports. Cette situation dure depuis des années, sans qu’elle change de gouvernement en gouvernement pour des raisons peu avouables. Québec, craignant l’influence que Montréal pourrait exercer sur le développement de toute la province en raison de son poids économique, la maintient dans une dépendance perpétuelle. Montréal assume des responsabilités uniques, sans avoir les moyens financiers et les outils politiques qui lui permettraient d’orienter son propre développement. Elle n’a pas plus de pouvoirs que Joliette ou Mascouche, lançait dans un cri du coeur il y a quelques jours le banquier L. Jacques Ménard, qui invitait le reste du Québec à comprendre Montréal.

 

Montréal est une métropole et doit en avoir le statut et les pouvoirs. Ce n’est pas là le seul problème qu’elle a. Mais la résolution de celui-ci est un passage obligé pour pouvoir ensuite relever le défi de la croissance. Le leadership dont Montréal a besoin ne pourra toutefois s’exercer sans la solidarité des Montréalais, qu’ils auront l’occasion d’exprimer ce dimanche en votant nombreux. C’est la première étape d’une sortie de crise.

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