Espionnage des Français par la NSA - De la domination

En rabâchant le dicton, du reste retors, qui stipule que tout le monde le fait, fais-le donc, on en vient presque à cautionner les agissements des agences de renseignement américaines à l’étranger. Car si effectivement tout un chacun espionne tout le monde, les États-Unis se distinguent, ainsi que nous l’apprend le journal Le Monde ces jours-ci, par l’ampleur de ses opérations et la volonté de systématisation.

 

 

Après les Allemands, les mandarins de la Commission européenne, les transactions bancaires, les participants du G20 et les chefs d’État du Brésil et du Mexique, voilà que Le Monde confirme que le réseau diplomatique français, le monde des affaires et diverses personnalités politiques ont été les sujets des gourmandises insatiables de la National Security Agency (NSA) et de la CIA. Insatiables ? En un mois et un seul, ces organisations ont enregistré et conservé au-delà de 70 millions de conversations téléphoniques et de courriels.

 

La gravité de cette réalité, de ce commandement décidé à Washington de scruter le quotidien des citoyens de son plus vieil allié, a ceci de pervers qu’elle cache d’autres gravités. Pour dire les choses autrement, les faits évoqués plus haut sont à l’image de l’arbre qui cache la forêt. Car les agences impliquées, qui bénéficient d’un budget énorme (75 milliards par an), se sont appliquées à greffer les expertises développées par les géants de l’informatique. Par des géants à la taille si imposante qu’ils dominent leur marché respectif sur l’échiquier mondial. Signe particulier de ces derniers ? Ils sont tous américains. Ils s’appellent Google, Microsoft, Apple, Verizon et autres acteurs si indifférents à la qualité démocratique qu’ils sont allés jusqu’à proposer aux autorités d’intégrer des « aspirateurs d’information » dans leurs quincailleries et leurs réseaux. Ce n’est pas tout.

 

Lorsqu’on s’attarde à la somme des facteurs qui composent l’univers de la Toile, on ne peut que constater que la gravité pour le citoyen, et par ricochet pour la démocratie, est très, très prononcée. Car outre les dominations des États-Unis sur les flancs identifiés, ce pays détient les clés de… comment dire ? Les clés de l’appareil d’État afférent, si l’on peut dire, à l’univers du Web, à Internet. On s’explique.

 

Trois organisations forment à elles seules, ou pratiquement, la « fonction publique » du Web. Il s’agit de l’Internet Corporation for Assigned Names and Numbers (ICANN), responsable de l’attribution des noms de domaine ou brevets, le World Wide Web Consortium (W3C), responsable de l’expansion de la Toile, et enfin l’Internet Engineering Task Force (IETF), responsable de fixer les balises et les protocoles communs du Net. Soyons terre à terre. Les sièges sociaux de ces trois entités capables d’imprimer leurs influences comme bon leur semble sont situés aux États-Unis. Elles sont donc soumises ou encadrées par des lois américaines. Plus précisément, par des lois conçues et administrées par le fédéral, et non les États. CQFD…

 

Pour dire les choses comme elles sont, l’alliance du gouvernement américain avec les acteurs privés a traduit dans les faits les mises en garde de George Orwell, Ray Bradbury et Philip Dick. C’est Big Brother + Fahrenheit 451 + Blade Runner. C’est peut-être le début de la fin de la démocratie dans le sens où nous l’entendons.

23 commentaires
  • Gilles Théberge - Abonné 24 octobre 2013 00 h 41

    Pourtant

    Je trouve bien modérée votre opinion monsieur Truffaut, de parler de la fin de la démocratie au conditionnel.

    Il y a bien longtemps que l'idéal démocratique et la démocratie elle-même ont déserté nos pays. Nous sommes maintenant et je ne sais pas pour combien de temps, entré dans une ère oligarchique, il me semble que c'est l'évidence.

    Ça fera longtemps que je serai mort si une véritable révolte libératrice se produit. Et encore faut-il se méfier des révolutions. Pagnol ne faisait-il pas dire au père de Marcel enfant que les révolution ça ramène toujours au point de départ n'est-ce pas? La terre est ronde, et les révolutons tournent en rond avec elle.

    La seule chose qui ne change pas, c'est la cupidité des humains, leur insatiable désir de pouvoir et d'argent, leur cruauté sans fin et l'usage de tous les moyens pour atteindre ces buts.

    Vous savez bien monsieur Truffaut que la démocratie est morte.

    • Bernard Terreault - Abonné 24 octobre 2013 08 h 02

      Il faudrait plutôt dire que la démocratie idéale n'a jamais existé.

      Il y seulement eu des villes, régions ou pays où pendant un temps on s'en est approché, mais aussi des lieux et des temps où on l'a particulièrement négligée ou bafouée. Pour être pleinement opérante. la démocratie est exigeante, elle nous demande de nous informer, de discuter avec les voisins les enjeux, à asssister au Conseil municipal et scruter les documents; aux niveaux supérieurs elle a besoin de médias honnètes et de journalistes inquisiteurs. La démocratie réelle doit composer avec un public plus naturellement porté à se divertir qu'à s'informer, et avec des intérêts financiers qui, eux, défendent de près leurs intérêts. Il faut aussi chez le citoyen une dose de réalisme et le sens du compromis. Si, sous prétexte qu'aucun candidat ni parti ne partage nos opinions à 100%, on en aide ou encourage aucun, alors pourquoi s'étonner que ce soit les entrepreneurs en construction qui les financent ?

    • Patrick Lépine - Inscrit 24 octobre 2013 11 h 57

      Je suis heureux de la démocratie québécoise, car un gouvernement minoritaire ne permet jamais de faire pleinement les choses comme ils semblent s'en rendre compte.

      Ainsi il y a de bonnes chances que nous conservions noter crucifix...

    • Nicole Bernier - Inscrite 24 octobre 2013 13 h 16

      Les peuples autochtones avaient compris cela bien avant nous quand ils ont décidé d'abandonner les grands organisations oligarchiques autour du Mississipi: les grandes villes autochtones de Chahokia ou Caouquias (du 6e siècle au 14e siècle) et du Nouveau-Mexique de Chacos (du 9e au 12e siècle) qui ont été abandonnées pour retourner aux modes de vie plus démocratiques des communautés plus petites..

    • Sylvain Auclair - Abonné 24 octobre 2013 15 h 50

      Madame Bernier,
      Si on a abandoncé ces grandes organisations, c'est beaucoup plus probablement dû à une famine, une sécheresse ou une épidémie qu'à des considérations philosophiques.

    • Nicole Bernier - Inscrite 24 octobre 2013 17 h 29

      D'une part, si les autochtones avaient l'habileté de construire de grandes cités, ils ne l'ont pas perdue parce qu'il y a eu des famines... Donc, ils ont choisi de survivre en choisissant un autre mode de vie...

      D'autre part, si nous, les Occidentaux, décidons de faire des changements philosophiques, comme de passer de la colonisation aux stratégies de développement contemporaines, c'est parce que le système précédent, la colonisation soulevait trop de controverse et n'était plus suffisament rentable. Donc, la réalité amène des changements philosophiques. Par exemple, on a aussi choisi de miser sur l'éducation pour contrôler les autres populations en Afrique et de nouvelles stratégies de contrôle de l'économie en passant par la grande entreprise et de nouvelles stratégies internationales (ONU ou le club des 11 contre le gouvernement syrien)...

      Pour moi, M. Auclair, de nier la relation entre la philosophie et les modes de vies choisis par les autochtones, c'est encore une façon de prétendre qu'ils sont moins humains que nous l'étions... qu'ils sont moins évolués que nous les Occidentaux

      Si Platon est un humain qui mérite le respect pour sa capacité de réfléchir, sur quelle base les batisseurs de ces grandes organisations citadines se sont-elles justifiées? ...

  • Claude Laferrière - Inscrit 24 octobre 2013 06 h 09

    Le paradigme du géopolitique

    Ce n'est pas une oligarchie, non plus, mais plutôt l'épitome ou le paradigme absolu du géopolitique, entendons la dominance militaire du cadre "démocratique". En d'autres termes, nous sommes en guerre sous une autre forme.

    Je vous invite à visionner sur Youtube les derniers défilés militaire en Chine "communiste" et à vous sensibiliser à l'approche "Poutine" de la démocratie et des droits fondamentaux, sans oublier cette remontée, voire ascension du neo-fascisme dans l'Allemagne de Merkel.

    Salutations...Me Claude Laferrière, avocat

  • Pierre-R. Desrosiers - Inscrit 24 octobre 2013 07 h 18

    L'arroseur arrosé

    Il fut un temps où la France «civilisait» l'Afrique à coups de canons et à grands renforts de missionnaires et de baïonnettes. Il est amusant de l'entendre, aujourd'hui où elle n'a plus le monopole des armes, hurler au colonialisme américain.

    Desrosiers
    Val David

    • Dominique Jacquot - Inscrit 24 octobre 2013 09 h 15

      Ben oui, mais en ce temps là, il ne faisait pas bon être indien ou noir dans le joyeux pays de l'oncle Sam! Ce qui est passé est dépassé et on ne peut excuser le présent en reculant de 100 ans et plus dans l'Histoire sauf à penser que les États, comme les personnes, ne peuvent évoluer et s'améliorer.
      Mais d'un autre côté, comment reprocher au gouvernement américain ce qu'il fait puisque Facebook, Google, Bell et autres commercialisent les informations qu'ils détiennent sur notre vie Privé, c'est du même acabit, c'est de l'espionnage à des fins commerciales ou politiques. Naturellement, ils ont quelque chose en commun, tous américains et vive les USA.

    • Nicole Bernier - Inscrite 24 octobre 2013 17 h 34

      Aujourd'hui, il n'est pas bon de vivre au Moyen-Orient ou en Afrique du Nord et d'être immigrants provenant de ces régions, la seule différence avec le passé, c'est que les signes visibles ont changés... pour la discrimination

  • Raynald Jean - Inscrit 24 octobre 2013 07 h 25

    Mais quelle démocratie ?

    «Il est intéressant de voir comment, en 1910, on a écrit cette belle phrase: le grand capitalisme a réussi à faire de la démocratie l'instrument le plus merveilleux, le plus souple, le plus efficace, pour exploiter la collectivité. On s'imagine ordinairement que les gens de finances sont les adversaires de la démocratie-écrit ce même auteur-; c'est une erreur fondamentale. Ils sont plutôt ceux qui la mènent et la favorisent. Car elle- à savoir la démocratie- constitue le paravent derrière lequel ils dissimulent leurs procédés d'exploitation, et ils ont en elle la meilleure protection contre l'éventuelle indignation du peuple.» R. Steiner citant Francis Delaisi
    De nos jours, ces gens de finances, associés avec le Gouvernement américain, possèdent un outils merveilleux: le WEB pour obtenir ce qui est tout de même assez coûteux (75 milliards de dollars) l'information !

    Belle journée !

    • Gilles Théberge - Abonné 24 octobre 2013 10 h 42

      C'est intéressant ce que vous dites. Je suis présentement à lire «Une histoire populaire de l'humanité», merveilleux ouvrage de Chris Harman.

      Sans parler de la période Grecque, plus abominable que l'on pense sous certains aspeccts je découvre aussi (on n'a pas fini d'apprendre) que dans l'Empire Romain, il est arrivé parfois que des empereurs soient portés à vouloir soulager la misère du peuple, et tentaient d'apporter des réformes favorisant une forme de meilleure répartition de la richesse. À tout coup ils furent assassinés par les riches possédant.

      Plus près de nous quand Brel pose la question «Pourquoi ont-ils tués Jaurès» la réponse s'impose n'est-ce pas, pour peu que l'on sache ou se souvienne de la façon où les peuples étaient exploités. Jauràs voulait changer les choses et il en a payé le prix.

      Il est évident que ce que nous découvrons avec horreur aujourd'hui est en droite ligne de l'histoire plus ancienne.

      C'est pourquoi je comprends bien et je vous donne entièrement raison là-dessus, pourquoi les «riches» sont en faveur de la démocratie. Parce que ce sont eux qui la manipulent. Parce que c'est à eux qu'elle est profitable. Et ce sera ainsi tant que le peuple croira que c'est la meilleure façon de gouverner le monde.

      Le problème reste entier. Quoi faire?!

    • Louis Gérard Guillotte - Abonné 24 octobre 2013 13 h 49

      Tout juste M.Jean.Grand lecteur de romans policiers ma vie durant,et maintenant ayant les loisirs de la retraite,je fréquente le canal "Séries +"
      où j'assiste à travers de nombreuses séries policières à ce que sont les
      Etats-Unis d'aujourd'hui.Tout se sait de la part des enquêteurs grâce à
      leur domination de l'informatique à haute voltige,de leurs scientifiques tout acabit mis à leur disposition dans des laboratoirs à la fine pointe de
      la Connaissance.Le tout baignant dans un climat d'horreurs,de crimes et
      de haine allant de soi!!Cette télé-réalité par procuration et sans retenue
      nous introduit sans pudeur dans les entrailles des cadavres en salle d'au-
      topsie;seule une serviette de la même couleur que la peau cache le sexe
      des victimes hachurées de toutes parts.Toute cette violence normalisée
      est conditionnement des masses à ce que la Vie soit cela et que des en-
      quêteurs enquêtent sans vergogne.A ce conditionnement de celui qui a
      tout intérêt à n'avoir rien à se reprocher,la publicité commerciale télévi-
      suelle vient renforcer ce conditionnement des masses en proposant sans
      relâche des désirs et des désirs de possessions,d'arrivisme et d'endette-
      ment,lesquels désirs engendrent les illusions et ceux-ci la souffrance.
      Ainsi créée et entretenue,cette impuissance consommatisante trouve un
      exutoire dans l'identification à tous ces héros-enquêteurs au service du
      Pouvoir protecteur-baume-sur-les-plaies,lequel Pouvoir sait qu'il a le 50%
      +1 de sa sacro-sainte démocratie...policière.

    • Simon Ouellet - Inscrit 24 octobre 2013 14 h 33

      Oui, intéressant que de constater que "nous ne sommes pas seuls". (Michèle Lalonde)

      L'histoire de l'humanité en est une de luttes pour la survie (majorité) et pour le maintient des échelles de dominance dont bénéficie une minorité.

      Quoi faire ? Éduquer, réellement éduquer. Incluant une culture générale digne de ce nom en cette époque de surspécialisation, prison pour l'esprit. Le sens critique et le discernement s'apprennent. Les conditionnement mauvais et inutiles s'évitent.

      En cela, la lutte pour le contrôle d'Internet est d'une importance capitale.

      De La Boétie disait: "ils ne sont grands que parce que nous sommes à genoux"

  • François Dugal - Inscrit 24 octobre 2013 08 h 04

    RDA

    Et dire que la Stasi de la défunte RDA était citée en exemple comme le paradigme de l'intrusion. La NSA n'a plus besoin de votre voisin ou de vos enfants pour vous dénoncer, les machines de la planète binaire le font avec une redoutable efficacité.
    Nouvelle démocratie? J'ai bien peur que oui.
    Mais au fait, que fait-on de toutes ces informations?

    • Gilbert Talbot - Abonné 24 octobre 2013 12 h 02

      Mme Angela Merkel, chancelière de la puissante Allemagne réunifiée vient de porter plainte directement au Président Obama contre le fait que son cellulaire personnel aurait été mis sous écoute par la toute puissante NSA. Évidemment le président Obama a nié, mais il faut bien lire ses paroles : il a assuré à la chancelière allemande que les Etats-Unis ne surveillaient pas et ne surveilleraient pas ses communications, jouant avec la grammaire en ne parlant qu'au présent. Comme quoi, ils savent analysé les langues ces Amerlos ?