Fin de guerre au Congrès américain - La capitulation

Au tableau des actes manqués de la décennie, des actes politiques s’entend et non freudiens, l’essai effectué par les républicains dans l’espoir de faire plier Barack Obama sur le flanc de l’assurance maladie, ou Obamacare, va figurer à la première place. Car le Grand Old Party a tout perdu. À l’exception d’un amendement à la portée si technique qu’il n’altère en rien l’étendue du programme de santé élaboré par Obama, les républicains ont cédé sur tous les fronts. Bref, sous la direction de John Boehner, ils viennent de connaître leur bérézina. Non…

 

Non sans avoir fait beaucoup de mal à l’intérieur comme à l’extérieur de leur pays. Parce que des milliers d’individus ont annulé leurs vacances dans les parcs nationaux, parce que des milliers de conteneurs ont été immobilisés dans les ports, parce que les restaurants de Washington se sont vidés et autres parce que, Standard and Poor’s estime d’ores et déjà que les pertes afférentes à ce fiasco politique vont avoisiner les 24 milliards et retrancher de fait 0,6 % au PIB qui se fixera à 2 %.

 

À l’extérieur, la réputation du pays, ou plus précisément l’immaturité politique des républicains, a ravivé les feux de la colère. De la Chine et du Japon qui sont les principaux créanciers des États-Unis sont parvenues des critiques assez marquées. En Europe, bien des commentateurs se sont appliqués à mettre en lumière les dysfonctionnements de la démocratie américaine. Sur le mode suivant : comment se fait-il qu’une frange d’illuminés soit en mesure de gripper le système d’un pays qui a élu Obama, d’un pays où la Cour suprême a donné sa caution à son assurance maladie, d’un pays où si l’on souhaite déchirer l’Obamacare il faudra élire un républicain à la présidence ? Enfin, en Europe comme en Asie, mais aussi au sein des puissances émergentes, l’acharnement des républicains a réveillé le débat sur le dollar comme valeur refuge. La Chine en tête, bien des pays jugent qu’il est temps de trouver une solution de remplacement au dollar. Autrement dit, en agissant comme on sait Boehner et les siens ont ébranlé les colonnes du privilège exorbitant que confère au dollar sa qualité de monnaie de référence.

 

Enfin, en permettant à une poignée de représentants et de sénateurs fanatiques de prendre le parti, mais aussi le pays en otages, Boehner et les hauts dirigeants du Grand Old Party se sont infligé la punition suprême. Soit un taux de désapprobation très élevé. En effet, 74 % des Américains jugent leur action très négative. Cet épisode a par ailleurs ceci de fascinant : alors qu’en septembre Obama était au plus bas dans les sondages à cause notamment de sa gestion du dossier syrien, voilà qu’il vient de doubler ses adversaires grâce à l’insondable bêtise de ses adversaires.

À voir en vidéo