Charte des valeurs - Janette doit savoir

Il est bien petit le carré des sages au Québec, ceux dont l’âge, la hauteur de vues et l’expérience confèrent du poids à leurs paroles : Jacques Parizeau, Charles Taylor, les deux frères Bouchard… Bien petit et bien masculin. Reflet de temps jadis, ou bien manque de réflexes d’interpeller des aînées ?

 

Mais il y a Janette ! Elle vient, et c’est heureux, de s’inviter dans le débat sur la Charte des valeurs, en le faisant à la manière dont bien souvent les femmes avancent leurs positions : en étant efficaces - quelques phrases qui cernent le débat - et en s’entourant d’appuis.

 

Certains y ont vu, non sans un arrière-fond réducteur, une prise de parole de «célébrités». On y verra plutôt une famille de pensée dont Janette Bertrand est le porte-étendard : il faut tenir compte de l’évolution du Québec dont on semble aujourd’hui dans certains milieux, et de façon étonnante dans des cercles féministes, faire bien peu de cas. L’appel à la vigilance lancée dans la courte lettre des Janette est absolument nécessaire.

 

Notre époque vit un grand retour du conservatisme et ce sont les femmes qui en font trop souvent les frais. Au niveau politique, cela conduit à des aberrations, comme le refus du gouvernement Harper de financer, dans ses programmes destinés à l’étranger, des services d’avortement pour les femmes victimes de viol ou d’inceste.

 

Le renouveau religieux qui a cours partout en Occident participe au même phénomène. On y confond foi et ostentation, alors que le XXe siècle fut un long cheminement pour ramener les croyances dans l’ordre du privé. Au Québec, le débat est particulièrement sensible puisque la domination du clergé a duré si longtemps qu’elle fait encore partie de notre mémoire vivante et que le processus de laïcisation n’a jamais été formellement complété, comme le démontre Yvan Lamonde dans son essai L’heure de vérité. Or les religions sont de tout temps un vecteur de la domination des hommes sur les femmes, rappelle Madame Bertrand. Cela s’exprime par des interdits et des obligations, notamment vestimentaires. Que des femmes, même des plus éloquentes, y consentent, que d’autres leur soient sympathiques, ne change rien à ce fait. Le recul s’inscrit aussi dans des symboles.

 

Discuter de la place de la religion peut se faire de manière très légaliste, comme on l’aborde de nos jours. Mais une société qui se veut égalitaire ne peut évacuer la conception du monde qui s’y rattache. Un État est donc tout à fait justifié d’exiger la neutralité religieuse de ses agents notamment parce que cela garantit que l’égalité entre les hommes et les femmes soit au moins affichée. Et cela, Janette le sait.

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