Crise budgétaire aux États-Unis - Sans queue ni tête

C’est une évidence : les républicains des États-Unis d’Amérique ont perdu la tête. Quand on est au parfum, comme les élus de ce parti le sont, des conséquences dramatiques d’un défaut de paiement, on ne peut que se demander si ces gens ne sont pas en train de faire le lit du diable. Celui qui est en mesure de plonger « l’économie-monde » dans le labyrinthe des pagailles inhérentes à la récession.

 

 

Peut-être qu’aujourd’hui ou mardi prochain, allez savoir, le cul-de-sac politico-tragique imposé par le commando de républicains ayant épousé les idées du Tea Party arrivera à son terme. Autrement dit, peut-être que Barack Obama, le chef de l’exécutif, trouvera la proposition sur laquelle planchent les républicains, les acteurs du législatif, acceptable et que de facto l’appareil gouvernemental sera « rouvert ». En attendant que le peut-être se métamorphose en réalité, les événements récents ont accouché d’une certitude : l’irresponsabilité loge à l’enseigne du Parti républicain.

 

Pour s’en convaincre, il suffira de méditer sur l’inventaire des chaos qu’entraînerait un défaut que vient de composer Barry Eichengreen, professeur d’économie à Berkeley. Des chaos, on insiste, dont les républicains sont bel et bien au courant. Toujours est-il que Fedwire, soit le réseau électronique chapeauté par la Réserve fédérale et par laquelle transitent les fonds entre établissements financiers, serait paralysé, car il n’a jamais été conçu pour faire les transactions sur des valeurs mobilières en défaut de paiement.

 

Pour faire court, selon Eichengreen, le marché des rachats d’obligations, les fonds communs de placement mutualistes et les fonds communs de placement du marché des devises imploseraient tous. Quoi d’autre ? « Le secteur bancaire commercial tout entier, qui possède 2 trillions de dollars en valeurs garanties par le gouvernement, serait menacé. » De fait, « il n’est pas inconcevable que la Federal Deposit Insurance Corporation [la FDIC, qui assure les dépôts] fasse faillite si la valeur des bons du Trésor des banques s’effondre ». Et dire, on le répète, qu’ils savent que le défaut de paiement est au fond un mot-valise qui camoufle les cataclysmes déclinés.

 

Plus tôt cette semaine, les autorités chinoises d’abord, les japonaises ensuite, qui sont les principaux créanciers des États-Unis, ont tapé sur la table pour rappeler à Washington la somme, c’est le cas de le dire, de leurs responsabilités. Plus tôt cette semaine, les marchés d’Asie et d’Europe ont traduit dans les faits financiers les angoisses des chefs d’État comme des chefs d’entreprise. Aux États-Unis mêmes, les patrons de compagnies et les chambres de commerce, alliés traditionnels des républicains, ont exprimé le souhait suivant : que les républicains « normaux » prennent le pouvoir. Bref, de partout les accents de l’inquiétude se sont fait entendre. Car…

 

Car si les catastrophes évoquées s’avèrent, alors les États-Unis perdront ce qui leur est si cher et si profitable : le privilège exorbitant. Cette expression a été forgée dans les années 1970 par Valéry Giscard d’Estaing, alors président de la France, parce qu’il estimait qu’être la monnaie refuge par excellence était un privilège exorbitant. Mais encore ? Ils impriment de la dette que le monde achète parce que le monde ne peut pas se permettre de laisser les États-Unis tomber. À cet égard, on tient à rappeler des mots terribles, ceux que l’ex-président Dick Cheney avait tenus sur ce sujet, soit que Ronald Reagan avait fait la preuve que la dette américaine n’était pas un problème américain.

 

Et dire que nous en sommes là parce qu’une poignée d’élus financés par des libertariens extrêmement riches veut détruire l’Obamacare pourtant voté et adoubé par la Cour suprême. Ces élus sont des ennemis fanatiques de la démocratie.

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