L'ex-président Morsi en procès - Cahier des charges

L’affaire est entendue. Le 4 novembre prochain débutera le procès de Mohamed Morsi, ex-président de l’Égypte et cadre des Frères musulmans, accusé d’incitation au meurtre. Au-delà de sa personne, il est clair comme de l’eau de roche que les militaires, que les « à nouveau maîtres » du pays, entendent présider, par procès interposé, à la mise entre parenthèses de ces Frères qui sont aussi leurs frères ennemis depuis des lunes.

 

Dans la foulée du renversement du roi Farouk au début des années 50, les Frères ont lutté contre Gamal Abdel Nasser. Ensuite, ils ont combattu Anouar al-Sadate. Après quoi, ils ont adopté profil bas tout au long du règne de Hosni Moubarak. Soixante ans durant, c’est à retenir, ils n’ont jamais jonglé avec les rênes du pouvoir. Puis, il y eut la divine surprise. En effet, à la faveur d’un soulèvement dont ils ne furent pas, mais pas du tout, les chefs d’orchestre, ils ont remporté toutes les élections. Bref, ils ont fait main basse sur tous les pouvoirs à l’exception de la défense et de l’économie. Cette dernière étant encore et toujours archi-dominée par les militaires.

 

Pendant un an et quelques semaines, Morsi et les siens ont donc été aux commandes d’un pays populeux et pauvre. Un pays où la très grande majorité des résidants est habitée par l’espérance économique et non l’insoluble spleen religieux. Pendant un an et quelques semaines, Morsi et les siens ont multiplié les gaffes. Parce qu’ils étaient inexpérimentés, évidemment, mais aussi, voire surtout, parce qu’ils avaient conservé leurs réflexes adoptés durant une longue période dans la clandestinité. Autrement dit, leur inclination pour une ferme hiérarchisation des pouvoirs, leur réticence à partager ces derniers et autres travers sociopolitiques sont demeurées pour ainsi dire en l’état.

 

Au ras des pâquerettes, cela s’est traduit comme suit : une fois assis dans le fauteuil présidentiel, Morsi s’est empressé de nommer un Frère à la tête du très influent ministère des Affaires religieuses, qui, entre autres choses, détient le pouvoir de nommer les 50 000 imams que compte l’Égypte, car ces derniers sont payés par le ministère. Ils sont payés, et surtout… surveillés ! On s’en doute, le nouveau patron du ministère s’est appliqué, lui, à le noyauter par des membres de la confrérie. Du coup, ils se sont aliénés bien des imams et ont perdu quelque chose de très important, voire de vital. Mais encore ? Leur crédibilité religieuse a fondu comme neige au soleil.

 

Cette transformation aux forceps du ministère s’est accompagnée par un chapelet de contraintes imposé à l’appareil d’État en général aux médias, les publics, en particulier. Morsi a multiplié les nominations partisanes pour faire ce que Moubarak faisait, mais à des fins évidemment différentes : prendre le droit du public à l’information en otage. Cet outrage fait à des millions de gens qui espéraient que le printemps arabe accouche de la démocratie, des libertés civiles, a eu une conséquence terrible pour les Frères : là, ils se sont aliénés tous les corps constitués autres que les forces de sécurité.

 

Ce faisant, après avoir perdu sa crédibilité religieuse, la confrérie est apparue aux yeux de la majorité de la population comme une stricte organisation politique. Comme un parti politique qui plus est incompétent… politiquement ! Car Morsi et les siens avaient sous-estimé la force de frappe religieuse d’une formation politique qui n’en a pas le nom : l’armée. Et là, on aborde « le compliqué complexe ».

 

En effet, il faut savoir que les mosquées sont liées organiquement à des centres. Des entités où sont rassemblées, administrées, toutes les activités charitables. Des entités qui veillent au maintien de la sécurité et qui sont donc sous la gouverne de… généraux de l’armée et de la police à la retraite. En fait, ces derniers commandent les imams. Ils sont les patrons de ces derniers. Toujours est-il qu’en s’attaquant au ministère des Affaires religieuses, Morsi s’est attaqué de fait à la structure qui lui est inhérente. Ce n’est pas tout.

 

L’offensive menée par les Frères contre les journalistes a eu un effet boomerang énorme. Les premiers prétendant être non violents, ils ne détenaient pas d’armes ? Les seconds ont enquêté et découvert qu’en certains lieux occupés par les manifestants pro-Morsi ainsi qu’à la périphérie des lieux en question, des Frères cachaient des armes. Une guerre de désinformation de grande ampleur ayant cours partout au Proche-Orient, le scepticisme était de mise jusqu’à ce que des journalistes étrangers à l’Égypte se penchent sur le sujet et formulent des conclusions identiques.

 

Pour dire les choses simplement ou, plus exactement, pour dire les choses comme elles sont, les charges qui pèsent contre Morsi et tous les cadres de la confrérie laissent entrevoir une peine propre à tétaniser l’ensemble de l’organisation.

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