Les morts de Lampedusa - Les damnés

Jour après jour depuis une bonne vingtaine d’années, les damnés de la terre africaine et moyen-orientale essayent de fouler le sol de l’île de Lampedusa, île italienne. Très souvent, ou plutôt trop souvent, beaucoup d’entre eux périssent parce que prisonniers de passeurs aussi avides d’espèces sonnantes qu’indifférents à leurs souffrances. Bref, ces derniers entassent les premiers sur des bateaux qui fréquemment coulent. À preuve, depuis vendredi, la gendarmerie italienne a repêché les corps de près de 300 personnes originaires de Somalie et de l’Érythrée.

 

Mardi encore, deux cargos, un danois et un panaméen, ont sauvé pas moins de 400 individus, toujours dans les parages de Lampedusa, qui se disaient Syriens et Palestiniens. On l’aura compris, la très grande majorité de ces migrants peuvent être qualifiés d’exilés pour cause de guerres, de « produits » de conflits de haute et basse intensité. Mais voilà, à l’inverse de ce qui avait été constaté avec les « boat people » du Vietnam du milieu des années 70, à celui de la décennie postérieure, les États européens ne s’empressent guère de déployer l’architecture de la solidarité à quelques exceptions près. Il est vrai que les « boat people » qui fuyaient le Vietnam fuyaient en fait le communisme. Alors que ceux de Syrie, de Somalie, d’Érythrée et autres fuient…

 

À bien des égards, pour ne pas dire à tous égards, le chapelet de drames constatés, on le répète jour après jour, est l’illustration, au demeurant spectaculaire car sanglante, des égoïsmes nationaux qui ont cours en Europe. Du moins, certains d’entre eux. Si, depuis 1988, pas moins de 20 000 personnes sont mortes dans les environs de Lampedusa, des îles Canaris ou encore de Gibraltar, c’est bel et bien parce qu’une majorité d’États européens est parvenue à serrer la vis de l’ouverture au fur et à mesure que le phénomène des migrants prenait de l’ampleur.

 

En effet, il faut savoir que le règlement Dublin II adopté par les membres de l’Union européenne stipule qu’il revient au pays où débarque le réfugié la responsabilité de pourvoir à ses besoins et de faire l’examen de la demande d’asile. Et quels sont les pays les plus proches du Maghreb, de la Corne d’Afrique et du Proche-Orient ? L’Espagne, l’Italie, la Grèce et dans une moindre mesure, Chypre, Malte et la France. Autrement dit, nous sommes loin du littoral danois, hollandais, loin de la Pologne ou de la Hongrie.

 

Avec raison, l’Italie, Chypre et Malte souhaitent une révision des règles, car confrontés beaucoup plus que les autres aux arrivées imposantes en nombre de ces gens qui fuient la guerre ainsi que la déshérence économique. Avec raison, ces trois nations avancent que Dublin II est en fait une définition de l’injustice. En un mot, la réduction du déficit d’humanité commande en effet une division équitable des responsabilités.

À voir en vidéo