Politique économique - Budget d’automne?

Il y a à boire et à manger dans les deux milliards de dépenses prévues dans la Politique économique Priorité emploi présentée hier par la première ministre, Pauline Marois, et son ministre des Finances, Nicolas Marceau. S’agit-il d’un budget avant terme ou d’un programme électoral ? Un peu des deux, certainement.

 

À court terme, la politique économique du gouvernement Marois vise la création rapide d’emplois en devançant certains projets d’infrastructures nordiques, en rénovant les écoles et les installations de loisirs et en offrant 100 millions de dollars aux particuliers pour les inciter à améliorer l’efficacité énergétique de leur résidence principale ou secondaire. La recette est connue, elle fonctionne et touche beaucoup de monde.

 

Aux entreprises énergivores qui annonceront rapidement des projets d’investissements, on propose de vendre de grandes quantités d’électricité sur une base temporaire, à un prix inférieur au tarif L, le plus avantageux qui soit pourtant. On est aussi prêt à consacrer 50 millions pour attirer des sociétés étrangères de premier plan, créatrices de richesse sinon d’emplois, comme les mines et les firmes qui hébergent des serveurs informatiques très énergivores.

 

À plus long terme, on mise surtout sur l’électrification des transports, la croissance des PME et l’amélioration de la productivité, sur les exportations, la recherche et l’innovation.

 

Dans ce dernier cas, par exemple, on n’ajoute rien de moins que 500 millions au 1,7 milliard déjà budgété.

 

Quant à l’électrification des transports, vaste projet multiforme dont le gouvernement Marois a fait son cheval de bataille, elle inclut le retour du trolleybus à Montréal, une étude de faisabilité pour un train rapide et 50 millions pour un « projet mobilisateur » de voiture électrique en partenariat avec les firmes privées désireuses de développer des composantes.

 

Toutes ces mesures et une foule d’autres devraient générer 43 000 emplois d’ici trois ans, selon le ministre des Finances, en sus des 72 000 qui seraient créés normalement, pour un total de 115 000. Voilà des chiffres étonnants puisque cela équivaut à une moyenne annuelle de 38 000 emplois nets, un nombre identique à celui de 2011, à peine meilleur que les 30 800 de 2012 et surtout bien inférieur aux 66 700 de 2010…

 

Tout ça pour ça ? sommes-nous portés à nous demander compte tenu des 2 milliards de fonds publics en jeu, des coûts cachés de la production d’électricité excédentaire vendue au rabais et de l’importante bureaucratie qu’il faudra mobiliser pour administrer ces programmes.

 

La Politique économique du gouvernement Marois a ses mérites. Il est même probable que, sans cette injection de fonds publics dans les infrastructures, la recherche et l’innovation, le Québec accentuerait son retard.

 

N’empêche qu’en cette période d’austérité, on aurait aussi pu commencer par se demander pourquoi le Québec fait moins bien que l’Ontario, qui n’offre pourtant même pas le tiers des avantages fiscaux du Québec à ses entreprises et qui ne solde pas son électricité.

 

Nous entendrons parler longtemps de cette politique économique du gouvernement Marois puisque, malgré ses 140 pages bien tassées, le document laisse à la dizaine de ministres concernés le soin d’annoncer eux-mêmes les multiples facettes qui les concernent. À n’en pas douter, on se prépare pour des élections à Québec. Et on ne fait pas d’élections les poches vides.

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