Fermeture de l’État américain - Le parti pernicieux

Pour la première fois depuis 1995-1996, le gouvernement américain a mis ses services entre parenthèses, à l’exception évidemment de ceux considérés essentiels. À l’instar de 1995-1996, le Parti républicain a fomenté cette fermeture parce qu’un autre président démocrate a osé introduire une réforme de l’assurance santé. Comme quoi l’obsession antiassurance se confond avec le fanatisme.

 

 

Il faut savoir ou rappeler, c’est selon, qu’antérieurement à l’offensive aux forceps menée ces jours-ci, les républicains avaient provoqué 43 scrutins, directs ou indirects, avec l’espoir que l’assurance santé de Barack Obama ou l’Obamacare soit jetée aux orties. Chaque fois, ils ont mordu la poussière. Dans le cas qui nous occupe aujourd’hui, il faut souligner que le 1er octobre était au fond la date d’une simultanéité : le début de l’année financière du gouvernement couplé à l’ouverture officielle de la « bourse aux contrats d’assurance », qui permettra notamment aux foyers modestes d’être admissibles aux subventions. Bon.

 

En vue de cette date, la frange extrémiste du Parti républicain, soit, en fait, les représentants du Tea Party, avait lié, lors du vote tenu à la Chambre des représentants, la mise en berne de la réforme d’Obama au vote de la résolution de reconduction, la « continuing resolution ». De quoi s’agit-il ? Une fois cette dernière adoptée, le gouvernement peut disposer des fonds nécessaires à la marche de l’État au quotidien pendant six semaines. Cela précisé, les républicains ont donc décidé de greffer au débat inhérent à cette résolution une exigence qui n’a rien à voir avec cette dernière. Laquelle ? On vote oui en échange du report de la réforme. Autrement dit, ils ont fait ce que tout le monde dit qu’ils ont fait : du chantage.
 

Pour bien mesurer l’irresponsabilité qui habite les fous furieux du Tea Party qui minent ce parti jusqu’à sa direction, il suffira d’évoquer que le 17 octobre prochain, le gouvernement des États-Unis d’Amérique pourrait être confronté à un défaut de paiement. Si à cette date, les républicains n’ont pas baissé la garde avec laquelle ils peinent à cacher leur haine de l’État et de tout ce qui lui ressemble de près ou de loin, alors le plafond de la dette ne sera pas haussé. De fait, on le rappelle, la première puissance économique du monde sera dans l’obligation de déclarer le défaut de paiement. Bonjour l’ambiance !

 

Cet épisode aux résonances économiques possiblement très graves pour ce pays, mais aussi pour le reste du monde, a mis en lumière, une fois de plus, l’incompétence du leader des républicains au Congrès John Boehner. Si sa gestion ne loge pas à l’enseigne de l’incompétence, c’est qu’elle loge alors à la gestion du fonds de commerce. Mais encore ? Il apaise les affidés du Tea Party pour conserver sa fonction de chef. On insiste : la situation exige de prendre de la hauteur et lui s’abaisse à relayer les diktats du Tea Party, alors que tout un chacun sait qu’il n’en est pas issu. Pitoyable !

 

Plus tôt cette année, Bobby Jindal, le gouverneur républicain de la Louisiane, avait fait les manchettes des journaux en clamant que le Parti républicain était devenu un « parti stupide ». Car après avoir perdu la présidentielle et suffisamment de sièges pour que les démocrates obtiennent la majorité au Sénat, Jindal estimait que laisser le Tea Party poursuivre son travail de sape au sein même de cette formation relevait de l’auto-immolation. Et ce, parce qu’elle assurait aux démocrates le maintien aux fonctions les plus influentes.

 

En fait, la fermeture de l’État confirme, comme si besoin était, que le parti d’Abraham Lincoln, Teddy Roosevelt et Dwight Eisenhower est devenu l’otage de ces libertariens qui ont la haine de l’État, du public, chevillée au corps. La détestation de l’équilibre entre les droits et les devoirs étant au coeur pourtant du principe républicain. Bref, ce parti est devenu celui des pernicieux.

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