GMF - Temps d’arrêt

Les groupes de médecine familiale (GMF) qui ne respectent pas leurs engagements font encore une fois parler d’eux. Avant d’ajouter encore des ressources dans ces cliniques privées nouvelle mouture, faisons la démonstration que les fonds injectés depuis dix ans profitent aussi… aux patients.

 

En février dernier, le ministre de la Santé, Réjean Hébert, avouait candidement que 40 % des GMF du Québec n’avaient pas sur leurs listes le nombre minimal de patients qu’ils s’étaient engagés à suivre, ni n’offraient les heures d’ouverture exigées le soir et le week-end.

 

Plus tard, en juin, Radio-Canada rendait public un document de travail du ministère prévoyant une réduction importante de la subvention annuelle versée aux GMF qui ne respectaient pas leur contrat.

 

Puis, la fin de semaine dernière, en réaction à un article du Soleil qui nous apprenait que la moitié des 90 GMF ayant récemment renouvelé leur entente ne respectaient toujours pas leurs engagements, le ministre Hébert disait miser sur un nouveau sursis de quelques mois avant de sévir.

 

Pourquoi ce nouveau délai ? Parce que le gouvernement ne veut évidemment pas assumer la responsabilité d’une réduction de services médicaux à quelques mois des élections !

 

Le principe à l’origine des GMF était double : forcer les cliniques médicales à redevenir la porte d’accès privilégiée aux soins de santé et les inciter à prendre en charge une clientèle plus lourde grâce à un financement et à des ressources professionnelles et techniques supplémentaires.

 

En obtenant son attestation de GMF, un regroupement de cabinets privés et de polycliniques s’engage à suivre un nombre minimal de patients et à ouvrir ses portes au moins 68 heures par semaine, dont quelques heures le soir et le week-end.

 

En contrepartie, le ministère de la Santé lui verse près d’un demi-million par année pour l’embauche d’une réceptionniste, d’une ou deux infirmières, travailleuse sociale, kinésiologue et diététiste, qui assisteront le médecin ainsi proclamé employeur et patron.

 

Pour dire les choses clairement, les GMF ont pris la place qui devait revenir aux CLSC, tombés en disgrâce à cause de l’incurie des gouvernements et du boycottage du corps médical, qui n’y trouvait pas son compte sur le plan financier.

 

Aux CLSC, on a laissé les tests sanguins, la prévention, les soins à domicile et le suivi des femmes enceintes, enfin tout ce qui n’est pas payant et qui demande beaucoup de planification. Le reste est allé aux cliniques privées, qui n’ont pas manqué de se servir en fonction de leur vision du travail, plus individualiste.

 

En créant les GMF, Québec croyait corriger une double erreur, celle des CLSC jugés trop bureaucratiques et, du même coup, celle des cliniques privées, trop libres d’agir à leur guise. Pourtant, depuis le « virage ambulatoire », bien des CLSC ont prouvé qu’ils étaient capables de répondre aux attentes de façon efficace, en campagne surtout, mais aussi en ville.

 

Après tant d’années à entendre parler des problèmes du réseau de la santé, les Québécois sont las, mais le problème persiste. Si l’actuel ministre Réjean Hébert était sérieux dans son intention d’introduire plus de cohérence, il décréterait un temps d’arrêt pour faire le point sur l’expérience des GMF et leur intégration au réseau public. Car même si certains GMF semblent sur la voie d’implanter des solutions originales, ces expériences restent marginales et bien loin de l’objectif d’un accès rapide aux soins pour tous.

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