Protectrice du citoyen - Le «modèle» fuit

Chaque année, le rapport de la protectrice du citoyen, Raymonde Saint-Germain, fourmille d’exemples d’individus qui ont dû recourir à ses services pour corriger une injustice. Or, cette année, la protectrice va plus loin en contestant le discours politique selon lequel la qualité des services publics n’est pas affectée par les compressions budgétaires.

 

Le dernier rapport du protecteur du citoyen porte sur l’année 2012-2013, soit la fin du règne libéral et les premiers mois du Parti québécois. Pendant ces 12 mois, la protectrice du citoyen, Raymonde Saint-Germain, a reçu 19 460 demandes qui l’ont amenée à intervenir auprès de 58 des 80 ministères et organismes et de 174 des 294 établissements et agences du réseau de la santé.

 

Plus du quart des plaintes qui visaient l’administration publique ont été jugées fondées, un pourcentage qui grimpe à 43 % dans le secteur de la santé et des services sociaux. Du contribuable traité injustement par le fisc ou la CSST à la personne âgée placée dans un centre privé mal tenu et non supervisé par les inspecteurs du ministère, chaque année les cas parfois scandaleux abondent.

 

À la défense des organismes et de leur personnel, il faut dire que l’appareil gouvernemental est une énorme machine bureaucratique difficile à déplacer. Si le nombre de plaintes est toujours trop élevé, cela ne veut pas dire que la plupart des employés de l’État font mal leur travail.

 

D’ailleurs, dans la plupart des cas qui ont été jugés fondés, on a corrigé la situation et des mesures ont été prises pour éviter les récidives. Dans une minorité de situations cependant, le problème est systémique et appelle des changements majeurs qui ne viendront peut-être jamais : l’attente excessive aux urgences en fait partie, tout comme l’insuffisance de services pour les personnes âgées ou handicapées.

 

La protectrice du citoyen a raison de dénoncer le discours à la mode chez les politiciens qui prétendent que les compressions budgétaires à répétition n’ont pas d’impact sur les services. Il y a des limites à ce qu’on peut attendre d’une organisation en réduisant ses ressources. En santé, par exemple, le ministre Réjean Hébert aura beau répondre qu’on ne doit pas parler de compressions puisque le budget du réseau a été haussé de 4,8 % cette année, il oublie de préciser que pas moins du tiers de l’augmentation de 1,5 milliard s’en va directement dans les poches des médecins, sans gains de productivité équivalents.

 

Pour les prochaines années, le défi sera encore plus grand à cause du vieillissement de la population, de la baisse du nombre de travailleurs actifs par rapport aux retraités et de la faible croissance de l’économie et des revenus de l’État.

 

Si le gouvernement Charest et celui de Pauline Marois ont pu investir autant dans les infrastructures depuis 2008, c’est que la totalité de l’argent était empruntée. En plus des intérêts à payer, il faudra donc inscrire chaque année pendant 40 ans une fraction de ces investissements sous forme de dépenses d’amortissement, ce qui réduira d’autant les sommes disponibles pour les programmes.

 

À n’en pas douter, les prochains gouvernements ne pourront plus se contenter de comprimer leurs dépenses. Le choix sera plutôt d’augmenter encore les tarifs et les impôts ou d’éliminer certains programmes moins essentiels. Peut-on espérer la tenue d’un tel débat lors des prochaines élections ? Difficile de répondre oui.

3 commentaires
  • France Marcotte - Abonnée 27 septembre 2013 08 h 34

    Il faut de l'argent

    «Dans une minorité de situations cependant, le problème est systémique et appelle des changements majeurs...»

    «...les prochains gouvernements ne pourront plus se contenter de comprimer leurs dépenses. Le choix sera plutôt d’augmenter encore les tarifs et les impôts ou d’éliminer certains programmes moins essentiels.»

    Le choix paraît assez limité. Pas de quoi débattre si c'est ce qui est nécessaire de faire.

  • Jean-Luc St-Pierre - Inscrit 27 septembre 2013 12 h 32

    Les entreprises parasites

    Ce qui est nécessaire de faire, c'est de changer radicalement la relation que le politique entretient avec les entreprises et, de l'autre côté, avec ses citoyens. Il ne manque pas d'argent: il est dépensé en subventions faramineuses pour les entreprises minières, pétrolières, gazières, etc., entreprises qui devraient payer des redevances substantielles et qui ne le font pas, entreprises qui devraient également payer les dégâts causées par leurs activités (déraillements de trains, mines abandonnées à nettoyer, déversements chimiques, contamination des eaux, etc). Toutes ces dépenses sont assumées par le gouvernement (autrement dit la population) et nous empêchent de mettre l'argent là où il est nécessaire, c'est-à-dire les services à la population, l'éducation, la santé, etc.

    Éliminer des programmes ou augmenter les tarifs déjà excessifs, c'est accepter de se faire enfoncer le bâton un peu plus creux dans le..... Les millions de dollars sont là, c'est seulement qu'on les distribue allégrèment aux voleurs et aux bandits... Et le comble: on accepte ensuite de payer le nettoyage quand la négligence de ces messieurs nous offre de belles catastrophes environnementales, tout en défendant ardemment la création d'emploi et la "prospérité" que ces destructeurs emmènent au Québec...
    Faut croire que ça fait partie de nos valeurs, l'incohérence.

  • François Beaulé - Abonné 27 septembre 2013 19 h 06

    Un grave problème

    M. Sansfaçon soulève un problème majeur. Comment les jeunes de moins en moins nombreux pourront-ils supporter la charge des malades et des vieux de plus en plus nombreux? Accepteront-ils de réduire de façon toujours plus importante leur pouvoir d'achat? Alors que quand vient le temps d'acheter une maison, ils se butent à des prix très élevés, beaucoup plus élevés que ceux dont ont bénéficiés, en leur temps, les babyboomers. On voit le scénario, un couple de jeunes achètent à prix d'or la propriété d'un vieux puis se voient surtaxés pour offrir des services à l'ensemble des malades et des vieux esseulés. On ne peut pas parler de justice sociale.

    Les conséquences économiques, sociales et morales du vieillissement de la population sont énormes. Au lieu de s'y préparer, on discute du port du voile! pourquoi pas du sexe des anges tant qu'à faire! Le débat public est orienté vers des niaiseries alors que le feu menace notre «maison» commune.