Commission Ménard - En écoutant bien…

On a vite dit que la commission Ménard ne servirait pas à grand-chose. Encore fallait-il la voir travailler. Depuis l’ouverture, lundi, de ses audiences publiques, il est clair que ce retour dans le calme sur les événements du printemps érable a son utilité. Même sans les pouvoirs et le formalisme d’une commission d’enquête, la commission dite « spéciale d’examen des événements du printemps 2012 » a le mérite de faire en un seul lieu, à la face de tous, un travail de déblayage qui touche bien des facettes de ce qui a eu cours.

 

La réaction gouvernementale, la démocratie étudiante, la violence policière ont jusqu’ici été traitées en silos, dans les médias ou dans des colloques. La commission permet de sortir des milieux spécialisés pour offrir en direct à tout le Québec les réponses d’acteurs bien différents de ce printemps survolté. Ils se succèdent au micro sans ordre préétabli, selon leur volonté et leur disponibilité. Mais ce « désordre » n’est pas sans intérêt tant il est le reflet de cette chose protéiforme que fut le printemps étudiant.

 

On en a eu une démonstration mercredi, alors que la commission a entendu Jean Beauchesne, p.-d.g. de la Fédération des cégeps, Mario Beauchemin, historien et président de la Fédération des enseignants de cégeps, et le directeur du Service de police de la Ville de Montréal, Marc Parent. À travers eux, c’est notre difficulté à faire maintenant face aux mouvements collectifs qui ressortait, une vraie lecture d’époque…

 

Contester la légitimité des votes pris en assemblée générale était une première dans l’histoire des grèves étudiantes, a ainsi démontré M. Beauchemin, spécialiste de cette question. On tranche comment, quand on est directeur de cégep, entre les votes étudiants qui reconduisent les grèves et les injonctions qui les interdisent ? a de son côté souligné M. Beauchesne. Sur le terrain, c’était ingérable. Que cela plaise ou non, il faudra maintenant éclaircir le flou autour du droit de grève étudiant.

 

Les policiers, eux, n’avaient pas vu de manifestations aussi tendues depuis 20-25 ans, a dit M. Parent. Ce sont de fait des décennies bien calmes sur le front social qui avaient succédé aux turbulentes années 60 et 70. De quoi expliquer que les policiers aient autant confondu manifestants et criminels ? Pourquoi avoir privé les gens arrêtés de toilettes, d’eau ? a ainsi demandé Serge Ménard. Pourquoi les avoir menottés mains dans le dos, sort normalement réservé aux individus dangereux mais qui fut le lot d’autobus complets remplis de manifestants ?

 

Il y a décidément bien des questions à répondre au-delà du jeu politique que fit le gouvernement Charest de cette crise…

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8 commentaires
  • François Dugal - Inscrit 25 septembre 2013 21 h 42

    Proverbe chinois

    «Celui qui veut voir le monde doit enlever le miroir dans lequel il se regarde» - Lao Tseu

  • Roxane Bertrand - Abonnée 26 septembre 2013 07 h 47

    Voir le monde

    Si nos policiers ont trouvé les manifestations tendus, c'est qu'ils sont très mal préparés. En France, les manifestations se calculent en manifestants et policiers à l'hôpital, et en rues où toutes les vitrines sont brisés.

    A ce comparer, on se console, ça aurait pu être bien pire. Il faudra penser a former nos policiers en consequence pour l'avenir.

    • Sylvain Auclair - Abonné 26 septembre 2013 09 h 26

      En effet, je me suis souvent demandé ce que ferait la police si elle était vraiment confrontée à une émeute.

    • Jean-Sébastien Rozzi - Inscrit 26 septembre 2013 19 h 31

      @ Sylvain Auclair : Probablement qu'elle tirerait dans le tas et là serait ébranlée la naïveté d'une partie de la population (du moins, c'est à espérer) quant à la supposée «retenue» de la police.

  • Jacques Boulanger - Inscrit 26 septembre 2013 08 h 30

    « Civilisation » de la Police

    Une façon simple de contrer la violence policière est de briser la chaîne de commandement policier par un encadrement civil et cela à partir du rang des officiers. Imaginez, «une police» chef de police. On court après le trouble !

    Mais imaginez un civil en charge d’une brigade policière. Quel changement, non seulement au niveau de la situation en soi, mais également au niveau des mentalités, des comportements, de l’omerta policière, et le reste. Un matricule comme le 728 serait «rentré» dans le rang assez tôt avant même de causer des dommages !

  • Carole Dionne - Inscrite 26 septembre 2013 11 h 14

    L'enquête Ménard

    Juste une façon pour le PQ de donner aux associations étudiantes ce qu'ils leur avauent promis avant les élections. Cette commission n'a aucun pouvoir. Le PQ n'est quand même pas fou. Lui aussi, autant que le PLQ, il a besoin de la police à ses heures.

    En passant, bien facile assis sur un banc, condamner des gestes qui se sont produits à chaud. ET phoque le fait que les policiers devraient être immuniser contre l'acharnement des protestataires.

  • Louis Gérard Guillotte - Abonné 26 septembre 2013 13 h 13

    Culture policière(de)

    C'était,peu après le "remarquable" Samedi de la Matraque à Québec,alors que la Reine d'Angleterre se pavanait en nos terres;j'y étais.Mon frère aîné venait tout juste
    de rentrer dans la police de Montréal.Autour de la table familiale nous parlions de
    cette "remarquable" prestation de la police de Québec,aidée en cela par la Police provinciale.Ce frère aîné regrettait de ne pas avoir été du "remarquable" tabassage
    des siens à Québec;tellement qu'il nous dit,qu'il me dit,qu'il n'aurait pas fait d'excep-
    tion pour moi...son frère.Les larmes me vinrent aux yeux et je quitté la table.

    • Jean-Sébastien Rozzi - Inscrit 26 septembre 2013 19 h 43

      Ouf...

      Ça me fait penser au viel oncle libéral de ma mère qui a passé sa vie dans le SSPVM... Lui il disait que la police était trop gentille avec les étudiants et qu'elle devrait faire comme en Chine...
      Couplé avec des préjugés tenaces contre tout ce qui n'est pas blanc, contre tout ce qui a moins de 60 ans, contre tout ce qui se rapproche du «séparatisss», contre tout ce qui ne travaille pas vraiment, contre les «sychologues» et autres professions inutiles, je peux vous dire que le vieux mononcle n'est pas tout à fait ce que l'on pourrait appeler une lumière... ou une force vive de notre société.

      La culture policière est teintée par le fascisme, la violence et l'ignorance. Une sérieuse purge s'impose dans ces institutions-là.