Train - Rentabilité avant sécurité?

On ne sait rien des causes qui ont provoqué le terrible accident impliquant un autobus et un train à Ottawa. Ce que l’on sait, cependant, c’est qu’il existe des milliers de passages à niveau dangereux au pays et qu’on ne peut malheureusement pas se fier uniquement à la prudence des gens pour éviter les accidents. Ce qu’on sait aussi, c’est que la sécurité n’est plus la priorité des sociétés ferroviaires.

 

Il y a dix ans, un rapport de la Ville d’Ottawa avait estimé le passage à niveau Barrhaven, où est survenu le tragique accident de mercredi, très dangereux. Selon le quotidien The Citizen, les autorités locales ont même envisagé la construction d’un tunnel au début des années 2000, mais les coûts ont été jugés prohibitifs en raison de la composition du sol.

 

On s’est donc rabattu sur l’installation de barrières et de feux clignotants, comme c’est le cas sur la plupart des voies ferrées canadiennes, et comme on en retrouve encore jusqu’au coeur des grandes villes et même sur les autoroutes. Qui n’a pas déjà été surpris de devoir s’arrêter sur la Transcanadienne (A-20), à la hauteur de Saint-Hyacinthe, pour céder le passage à un long convoi de marchandises ?

 

La plupart du temps, une signalisation active suffit pour assurer la sécurité, mais il arrive que ce ne soit pas le cas. Par exemple, lorsqu’il s’agit de trains qui circulent à haute vitesse ou qui transportent des matières dangereuses en milieu densément peuplé.

 

À Ottawa, des témoins ne s’expliquent toujours pas pourquoi l’autobus ne s’est pas arrêté malgré la barrière et les feux clignotants. Question : si les autobus d’Ontario étaient obligés de s’arrêter systématiquement à tous les passages à niveau, comme c’est le cas au Québec, que les signaux soient activés ou non, les chauffeurs n’acquerraient-ils pas un réflexe qui les protégerait de l’aveuglement du soleil et de la distraction ?

 

Quoi qu’il en soit, avec la montée en importance des trains de banlieue et du transport de produits dangereux depuis une décennie, la sécurité dans le transport par rail doit redevenir la priorité qu’elle n’est plus.

 

Ce n’est pas un hasard si les sociétés de chemins de fer comme le CP retiennent autant l’attention des investisseurs sur les marchés boursiers nord-américains : ces entreprises naguère déficitaires parce que très boursouflées sont devenues très rentables. D’importantes prises de contrôle ont entraîné une concentration des actifs et des activités à l’échelle du continent, en même temps qu’un délestage ou une fermeture pure et simple des portions de réseau les moins lucratives.

 

Or, la médaille a son revers. Depuis cette semaine, Via Rail, société de la Couronne fédérale, n’assure plus le service en Gaspésie parce que le propriétaire de la voie ferrée, la Société de chemin de fer de la Gaspésie, ne réussit plus à assurer la restauration et l’entretien des voies. Cela ne nous rappelle-t-il pas une autre histoire de petite société incapable d’entretenir son réseau ?

 

Il y a dix-huit mois, le CP a fait l’objet d’intenses pressions de la part du militant américain Bill Ackman, qui a réussi à faire congédier son président pour le remplacer par l’ancien patron du CN, Hunter Harrison, avec pour mandat de réduire les coûts d’ici 2015.

 

Conséquence de ce coup de force : malgré des efforts de rationalisation fantastiques entrepris depuis quinze ans pour transformer une culture d’entreprise héritée d’une autre époque, le CP et le CN se livrent aujourd’hui plus que jamais une guerre sans merci pour satisfaire l’appétit des actionnaires à court terme. Une guerre qui risque d’affecter la sécurité du personnel, des passagers et des habitants des régions desservies par le train.

 

Le président Harrison a beau plaider en public pour un resserrement de la réglementation du secteur à la suite du drame de Lac-Mégantic, dans les faits, les deux sociétés s’opposent continuellement à ce qu’Ottawa modifie les règles de sécurité sous prétexte que cela aurait pour conséquence de nuire à la compétitivité des entreprises canadiennes. De beaux discours, en somme, pour endormir le bon peuple.

 

Si les sociétés ferroviaires qui bénéficiaient d’une solide réputation au chapitre de la sécurité ne veulent pas perdre toute crédibilité, elles doivent aussi laisser parler les faits. Or, pour le moment, les faits disent que le risque croît avec l’usage sur les voies ferrées du pays, ce qui n’est bon pour personne.

7 commentaires
  • Sylvain Auclair - Abonné 20 septembre 2013 08 h 04

    Quel rapport avec le train?

    Tout porte à croire que le chauffeur de l'autobus a eu un malaise. S'il avait brûlé un feu rouge et foncé dans des voitures, voire un autre autobus, ou bien était tombé dans un fossé, ou avait fauché des piétons sur le trottoir, parleriez-vous ici de la sécurité des piétons ou des automobilistes? S'il avait foncé dans un mur, accuseriez-vous les maçons de constituer un danger?

    On doit cependant souligner une chose: aucun des passager du train n'a été grièvement blessé ou tué. Le train reste plus sécuritaire.

  • François Beaulé - Inscrit 20 septembre 2013 08 h 10

    Projet de cimenterie à Port-Daniel

    Qui va payer la restauration des voies ferrées en Gaspésie ou dans d'autres régions de faible trafic? Comment expliquer que ces voies aient déjà été rentables et qu'elles ne le sont plus? La baisse du nombre des passagers survenue depuis longtemps, la hausse du salaire des ouvriers qui réparent les voies?

    Si la voie ferrée n'est plus sécuritaire en Gaspésie, comment le ciment qui serait produit à Port-Daniel sera-t-il acheminé vers les régions populeuses?
    Le transport par camion lourd consomme plus de 8 fois plus d'énergie que le train par tonne de marchandises. Ce qui implique l'émission de 8 fois plus de GES. Et l'usure de routes qui sont entretenues par l'État.

    • Sylvain Auclair - Abonné 20 septembre 2013 10 h 43

      Êtes-vous sûr que ces lignes ont déjà été rentables? Sa construction a été conditionnelle à des subventions, et, pendant longtemps, les sociétés de chemin de fer tenaient une comptabilité générale dans laquelle certaines lignes, rentables, en subventionnaient d'autres, non rentables.

  • Robert Henri - Inscrit 20 septembre 2013 08 h 41

    Sécurité ou rentebilité ?

    Pas de rentabilité, on est pauvres et parfois malheureux. Sans sécurité, on risque de mourir et on est certain d'être un jour malheureux. Il n'y a pas de choix.

  • Jean-Pierre Martel - Abonné 20 septembre 2013 09 h 17

    Pour la nationalisation du réseau ferroviaire

    Que serait le transport routier si, un peu partout, la voie publique appartiendrait à des intérêts privés qui feraient payer les automobilistes pour emprunter son réseau ?

    Le Canada est un des rares pays développés dont le réseau verroviaire est privée. Ceci est une aberration. Ce réseau (pas les trains eux-mêmes) devrait être nationalisé sans compensation monétaires pour les compagnies qui le possèdent puis que le montant déboursé pour acquérir leur réseau a déjà été payé par leurs passagers (qui sont également contribuables).

  • Gaston Bourdages - Inscrit 20 septembre 2013 09 h 27

    Très bon et pertinent titre que celui de votre...

    ...papier du jour Monsieur Sansfaçon. Article me suggérant des questions.
    Que veut dire «Rentabilité vs sécurité» ? Une réalité que le langage du «Money talks» prévaut ? Un fait que les mots «sécurité humaine» se doivent d'être exclus d'un certain type de capitalisme ? Si près de celui dit «sauvage» ? Qu'il a «fallu» cette inqualifiable tragédie pour stopper ce train transportant dans ses wagons copies de ce type de capitalisme? Que «l'Homme» peut accorder, LIBREMENT, des pouvoirs au dieu argent faisant fi de toutes formes d'humanisantes humanités ? Déshumanisation ayant comme origines, entre autres, celle de la «rentabilité vs la sécurité»
    Que pour certaines gens s'articulant dans ces états d'esprit et...j'ose, de coeur, ce langage du profits «à tout prix» leur suggère même de dire: «I don't give a sh..» ?
    Ce que l'Homme peut faire avec l'argent...oui, aussi, des drames !
    Mes respects,
    Gaston Bourdages,
    Simple citoyen - ex-bagnard - conférencier - écrivain publié.
    Saint-Mathieu de Rioux, Qc.
    http://www.unpublic.gastonbourdages.com
    P.S. Auteur d'un drame, 1989, où j'ai, librement et de façons injustifiables, accordé à l'argent des espaces et pouvoirs tels....et il y a eu drame.