Syrie - Un crime de guerre

Les experts des Nations unies qui ont enquêté sur l’utilisation de gaz sarin contre des civils syriens le 21 août à la Ghouta, en banlieue de Damas, ont rendu leur rapport ce lundi. Sans l’ombre d’un doute, une telle attaque a bel et bien eu lieu. Le conseil de sécurité n’en reste pas moins paralysé quant aux suites à donner à ce rapport.

 

Le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, a tiré les conclusions qu’il fallait de ce rapport « dont la lecture fait frémir », selon ses mots. Des preuves irréfutables attestent maintenant que cette attaque constitue un crime de guerre interdit par les traités internationaux dont les auteurs doivent rendre des comptes. On sait néanmoins que cela ne sera pas possible. La Russie oppose son veto à un renvoi à la Cour pénale internationale tout en maintenant que les responsables de cette attaque ne sont pas clairement identifiés.

 

Le mandat des experts de l’ONU excluait de fait l’identification des auteurs de ce massacre. Pourtant, les informations qu’ils ont recueillies sur le terrain constituent des indices probants de la responsabilité du régime du président Bachar al-Assad dans cette attaque qui, selon les informations recueillies par les Américains, a fait 1429 victimes civiles.

 

On savait déjà que Damas dispose de quelque 1000 tonnes d’armes chimiques. À la Ghouta, les enquêteurs ont trouvé des roquettes sol-sol de 140 à 300 mm portant jusqu’à 56 litres de gaz toxique. Équipées de capteurs barométriques, elles pouvaient relâcher leurs gaz avec un maximum d’efficacité. L’attaque survenant dans la nuit, le gaz sarin, maintenu au sol par la température froide, s’est infiltré dans les sous-sols où la population civile se réfugiait pour échapper aux bombardements. Toutes choses qui démontrent une grande sophistication militaire dans l’exécution de l’attaque. Le plus qu’a pu dire au conseil de sécurité le chef de la mission d’experts pour dédouaner les rebelles est qu’on « ne fabrique pas ce type d’armes dans une cuisine ».

 

La pression mise sur le régime syrien par les États-Unis, la France et la Grande-Bretagne par la menace de représailles militaires a eu son effet. Il en est résulté ce compromis mis en avant par la Russie exigeant de Damas qu’il neutralise son arsenal chimique. L’accord intervenu entre Moscou et Washington prévoit que la Syrie fournira un inventaire complet de son arsenal chimique, que des inspecteurs du désarmement se rendront sur place à la mi-novembre et que tout le stock d’armes chimiques sera détruit d’ici le milieu de l’année prochaine.

 

Le respect de ce programme n’est en rien assuré, même si Damas a fait part de sa volonté de signer le traité international sur les armes chimiques. Sous l’oeil bienveillant de Moscou, son plus sûr allié, Bachar al-Assad cherchera sans doute une autre fois à gagner du temps. Son régime, quoique considérablement affaibli, garde une capacité de résister aux groupes rebelles. Comme le démontre le massacre de la Ghouta, il a depuis longtemps perdu toute réserve morale quant à son peuple, première victime de cette guerre civile qui a fait plus de 100 000 morts. Les pays occidentaux ont raison de vouloir rendre contraignant l’accord conclu par l’Américain John Kerry et le Russe Lavrov.

 

Sans la menace d’une intervention militaire, peu importe qu’elle soit sous l’autorité ou non des Nations unies, le risque de se perdre dans d’interminables dédales diplomatiques est certain. Autrement, Ban Ki-moon, qui s’active pour convoquer une conférence de paix à Genève, ne convaincra personne, pas plus Moscou et les pays occidentaux que le régime Assad et les rebelles. Après trois ans de tueries, il est évident que seul un règlement politique mettra fin à ce que Ban qualifie de « pire crise que nous ayons connue depuis des années ».

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13 commentaires
  • François Dugal - Inscrit 18 septembre 2013 07 h 59

    Par qui?

    Par qui le gaz sarin utilisé en Syrie a-t-il été fabriqué?

    • Simon Chamberland - Inscrit 18 septembre 2013 16 h 15

      La Syrie a tout ce qu'il faut pour faire du sarin.

    • François Dugal - Inscrit 18 septembre 2013 23 h 02

      Monsieur Chamberland,
      D'après ce que j'ai lu, faire di Sarin de qualité «militaire» est hautement compliqué.

  • Renée Lavaillante - Abonnée 18 septembre 2013 09 h 17

    Et Monsanto?

    Et Monsanto? Obama a signé le Monsanto Act, qui lui donne le droit d'empoisonner son propre peuple...

    • Simon Chamberland - Inscrit 18 septembre 2013 16 h 17

      Il n'y a pas de Monsanto Act. Il existe le «Farmer Assurance Provision» qui a été voté pour 6 mois et se termine le 30 septembre. Aucun droit d'empoisonner non plus dans cette législation.

    • Sébastien Arcand - Abonné 18 septembre 2013 21 h 54

      J'adore lire certains commentaires des lecteurs du Devoir en lien avec l'utilisation d'armes chimiques en Syrie. Ça a commencé par la négation (de fausses images, Etc.). Ensuite, les fameuses théories conspirationnistes (Les USA ont monté le coup à l'aide d'Israël). Hier c'était, ok, c'est vrai car l'ONU le dit, mais c'est certainement Obama. Aujourd'hui nous en sommes à 'qui a produit le gaz?' et autres 'Monsanto est derrière le coup'. Et demain? Opra Winfrey peut-être? C'est pas sérieux cet anti-américanisme primaire tout de même. Et moi je dis que Drainville, Marois et tutti quanti ont empoisonné le Québec avec leur charte. Me croyez-vous?

  • Bernard Leblanc - Inscrit 18 septembre 2013 10 h 12

    On ne peut plus croire les pro-américains!

    Mr. Descoteaux, votre crédibilité sur le sujet a été mis à mal lorsque vous vous êtes fait l’écho des médias occidentaux qui unanimement et sans preuve ont accusé le régime el-Assad.

    Plus tard il a été démontré que tout ce cirque de scénario d’attaque chimique se voulait l’excuse américaine pour continuer son plan d’attaque des pays visés pour conserver son hégémonie internationale.

    Alors maintenant peut importe la rhétorique employé, on ne peut plus croire les pro-américains.

    • Maxime Lafontaine - Inscrit 18 septembre 2013 15 h 44

      @M. Lefebvre, avez-vous des sources pour la répression violente de manifestation? Parce que ce n'est pas une révolte populaire mais une opposition armée qui vient des pays frontaliers de la Syrie en général soutenu par les mêmes pays qui veulent intervenir par punition.

      Oh, et ici dans les pays démocratiques on utilise des gaz lacrymogènes pour les manifestations, qui sont eux interdit en contexte de guerre. Deux poids, deux mesures. Le double standard comme d'habitude.

      J'ai un esprit critique Monsieur Lefebvre et, jusqu'à présent, les américains n'ont pas réussi à me convaincre, tandis que les autres acteurs du conflit me semblent beaucoup plus cohérent et moins tenaces à intervenir militairement quoi qu'en soit les résultats des analyses de l'ONU.

    • Luc Lavoie - Inscrit 18 septembre 2013 19 h 34

      Merci au Devoir de laisser Monsieur Leblanc exprirer son opinion.

      En effet, monsieur Descôteaux a fort intérêt à être prudent dans ses éditoriaux condamnant Assaad.

      Les américains ont menti à l'ensemble de la planète pour justifier la guerre en Irak.

      La thèse officielle du 11 septembre est de plus en plus contestée et les informations sur l'origine des attaques au gaz de sarin sont très contradictoires.

      Assaad est un homme rusé, aurait-il vraiment pris le risque d'attaquer les siens et voir le reste du monde se braquer contre lui et son régime.

      Bref, la crédibilité de m. Descoteaux a été fortement ébranlée depuis son dernier éditorial, assez pour que plusieurs d'entres-nous se pose de sérieuses questions sur ses allégeances.

    • Céline A. Massicotte - Inscrite 18 septembre 2013 21 h 36

      Pas besoin d'être un génie pour comprendre que seul un régime très bien organisé et soutenu, mené par un homme d'une froideur extrème tel qu'on peut le voir à chaque fois qu'il s'exprime, froideur et indifférence envers son propre peuple.

      Mais vous êtes sans doute un fervent adorateur des dictateurs moderne, et Poutine est un, un dictateur élu ey sans aucun respect pour les droits humains, et les hommes du peuple qui se noient dans la vodka. Et à ça ne peut rien y faire, ni convaincre, C'est incurable.

  • Moncef Naji - Abonné 18 septembre 2013 15 h 23

    Quelle mascarade

    Utiliser des armes chimiques est un crime de guerre.
    Par contre, bombarder normalement sa population civile, avec de bonnes vielles bombes traditionnelles, ça, à la rigueur, c'est de bonne guerre.
    Allons-donc, nous prend-on vraiment pour des valises?
    Il n'y a pas de crimes de guerre.
    C'est la guerre elle-même, quelle que soit sa forme, qui est un crime contre l'humanité.

    • Céline A. Massicotte - Inscrite 18 septembre 2013 21 h 46

      J'ai l'impression que vous ingnorez ce que sont les armes chimiques contre lesquelles il n'y a aucune défense et à peu près pas de remède. Deplus, s'en prendre pendant des années à son propre peuple qui n'en finit plus de crever et de fuir, juste pour garder le magot et le pouvoir, démontrebien que cet homme souffre d'une très grande carrence d'humanité.

      Et s'il faut vous prendre au mot, une armée dont les soldats s'enrôlent en majorité volontairement ça ce compare à une autre qui utilise des enfants soldats, garçons et filles, puisque qu'une guerre est une guerre... Drôle de sens des valeurs!

  • Gilbert Troutet - Abonné 18 septembre 2013 23 h 07

    Un éditorial décevant

    Je partage le point de vue de Bernard Leblanc quand il met en cause la crédilibité de Bernard Descôteaux, dont l'éditorial reprend à son compte, à nouveau, ce que tentent de nous faire avaler les médias occidentaux sur la Syrie. Je ne peux m'empêcher de comparer son texte avec celui-ci, paru le 17 septembre dans le Monde diplomatique :

    «L’accord auquel sont parvenus les Etats-Unis et la Russie sur les armes chimiques en Syrie est incontestablement un pas en avant. Il permet d’éviter des bombardements sur ce pays, dont les premières victimes seraient des civils. Il est un pas vers l’élimination de la région des armements chimiques et de destruction massive. Encore faudrait-il que l’autre pays qui dispose de ces armements au Proche-Orient, à savoir Israël, signe la convention sur les armes chimiques et accepte la discussion sur son arsenal nucléaire.»