Sans-fil - Rien n’est joué

L'absence du géant américain Verizon des enchères qui auront lieu bientôt pour l’achat de blocs de fréquences en téléphonie sans fil a de quoi réjouir les trois grands Bell, Telus et Rogers. Signe qui ne trompe pas, leurs titres en bourse ont regagné plusieurs points de pourcentage perdus depuis le printemps.

 

Est-ce à dire que les consommateurs canadiens devront se contenter du statu quo ? Tout dépendra des autres candidats qui ont jusqu’au 17 septembre pour manifester leur intérêt pour l’achat de blocs de fréquences réservés aux nouveaux venus. Si aucune société de l’envergure de Verizon, Orange ou Vodafone ne se montre intéressée, qui pourrait l’être ? À ce jour, les petites sociétés qui n’étaient pas déjà présentes sur le marché canadien, comme Mobilicity et Wind, s’y sont cassé les dents.

 

Selon les règles dictées par Ottawa, les grands fournisseurs, soit ceux qui détiennent déjà plus de 10 % du marché, ne pourront miser que sur un seul bloc de fréquences chacun. Ce qu’ils jugent d’autant plus restrictif que leurs ambitions sont grandes et la qualité du spectre mis en vente, exceptionnelle.

 

Dans l’éventualité où une multinationale étrangère tenterait sa chance, cela aurait pour conséquence de rendre la vie plus difficile au trio canadien, mais aussi de hausser fortement le prix des blocs de fréquences convoités… et les revenus du gouvernement fédéral. En 2008, l’opération avait rapporté plus de 4 milliards au Trésor fédéral.

 

Dans une lettre publiée récemment dans nos pages, le vice-président de Québecor, Pierre Karl Péladeau, dénonçait la prise de position de la « triple alliance » en rappelant que ces trois grands Canadiens avaient aussi tenu un discours alarmiste lors de la précédente vente aux enchères, en 2008. Or, l’entrée en scène de nouveaux fournisseurs a permis d’accroître la concurrence… légèrement, devons-nous ajouter.

 

Si aucune société étrangère d’envergure ne veut profiter de l’occasion offerte par Ottawa cette année, pourquoi ne pas favoriser les sociétés régionales comme SaskTel, Eastlink et Vidéotron, qui ne demandent pas mieux que de jouer les trouble-fêtes à titre de quatrième larron là où elles sont implantées ? Il suffirait de leur réserver un accès prioritaire à un des blocs de fréquences.

 

Le Canada est un immense pays, peu habité. En laissant courir la rumeur de son intérêt, Verizon fournissait des arguments aux défenseurs du statu quo qui disaient craindre qu’elle concentre son attention sur les centres urbains. Malgré le retrait de Verizon, l’argument tient toujours, et c’est pourquoi, faute de fournisseur d’envergure venu d’ailleurs, Ottawa devrait mettre l’accent sur la concurrence à l’échelle régionale pour inciter les sociétés de téléphonie sans fil à étendre leurs services au-delà des grands centres.

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