Parti libéral du Canada - Triste politique de la célébrité

On peut voir un signe des temps dans les informations obtenues par Le Devoir au sujet de la restructuration du parti de Justin Trudeau au Québec. Malgré une remontée presque sans précédent depuis 20 ans dans les sondages, le Parti libéral du Canada choisit d’y réduire radicalement la taille de son personnel. Tout se passe comme si, à l’heure de la politique de la célébrité, seuls comptent la communication et le marketing. Et c’est triste.

 

Ainsi, le PLC fera passer de 12 à trois le nombre de ses employés au Québec. Certains parlent de « canadianisation » du parti, d’autres de « modernisation ». Des militants y voient un démantèlement du PLC-Québec et craignent une « uniformisation de la vision ». Centralisation autour d’Ottawa et marginalisation du français : telles sont les tendances qui se dégagent de ces changements de structures.

 

Rien de surprenant, diront de mauvaises langues, venant d’un parti qui a un passif si lourd à l’égard du Québec. Passif qui comprend des gestes tristement déterminants : lutte acharnée contre la loi 101, rapatriement constitutionnel forcé de 1982 et scandale des commandites. Ces événements ont d’ailleurs plombé cette formation politique pendant longtemps au Québec.

 

À l’évidence, ce n’est plus le cas. Comme s’il avait soudainement payé sa dette à la société québécoise, le PLC trône maintenant au premier rang des intentions de vote. Léger Marketing indiquait la semaine dernière que les libéraux récoltent 35 % des votes devant le NPD (31 %) et le Bloc (23 %).

 

La raison de cette remontée est évidemment liée à Justin Trudeau. D’une part, son parti pris de la mise à nu (parfois au sens littéral !) et des confessions semble fonctionner : finances personnelles, divulgation des notes de frais en ligne, aveux de consommation de marijuana, etc. Il y a dans cette stratégie une volonté de répondre au désir d'« authenticité » de notre ère Facebook.

 

Quelle importance revêtent les structures, en cette époque d’étalage de soi et de communication effrénée ? « Regardez le NPD », disent des libéraux. Que savait-on de Jack Layton sinon qu’il était « un bon Jack » ? Les sondeurs ne nous martelaient-ils pas que c’est avec lui qu’on souhaiterait « prendre une bière » ? Inutile d’entretenir une coûteuse bureaucratie partisane, donc. Le parti de Layton n’en avait pas et il y a tout de même eu la « vague orange ».

 

Les stratèges libéraux ne dissimulent même pas leur vision strictement marchande des choses. La palme revient au nouveau directeur « national » du financement du PLC, le milliardaire Stephen Bronfman. Lorsque les journalistes lui ont demandé s’il était ardu de faire du financement pour le PLC, il a enfilé ces perles : « C’est pas si difficile parce qu’on a quelque chose que le monde veut acheter, Justin. Justin est très « vendable ». » On ne peut même pas imputer à une mauvaise maîtrise de la langue française cette formulation d’une brutale franchise : Justin est un produit en vogue. Et il faut combler le consommateur : images de lui et de son paternel, de lui et de sa famille, bisous aux bébés, autographes. Le tout pimenté de quelques confessions ou déclarations-chocs (même incohérentes, comme l’étrange rapprochement ségrégation-Charte des valeurs du PQ). Parfois, on a vraiment envie de donner raison à Soljenitsyne : « Tous les procédés de la bataille électorale exigent d’un homme certaines qualités, et la conduite de l’État en exige d’autres complètement différentes et qui n’ont rien de commun avec les premières. »

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