Programmes d’histoire revus - Occasion à saisir

Il faut un certain courage de la part du gouvernement Marois pour ouvrir la boîte de pandore de l’enseignement de l’histoire du Québec au primaire et au secondaire.

 

En avril 2006, à la suite d’informations dévoilées par Le Devoir, un débat féroce avait éclaté autour d’un nouveau programme d’histoire de 3e et 4e secondaire. L’optique du projet, décrite par les concepteurs mêmes du programme, était postnationale : il s’agissait de rendre l’histoire « moins conflictuelle », « moins politique », d'« en finir avec l’espèce de vision misérabiliste qui perdure ».

 

Le programme, adopté en 2007, s’inscrivait dans l’esprit de la réforme lancée en 1997 par Pauline Marois ; on y mettait l’accent sur les compétences et non plus sur les connaissances. Au point où certains éléments clés du parcours québécois n’étaient pas mentionnés dans le document : l’Union de 1840, la conscription forcée de 1917 ou le rapatriement unilatéral de 1982. Dès juin 2006, de légers correctifs avaient été apportés au projet. En 2011, le ministère ajoutait du contenu par un document sur la « progression des apprentissages ».

 

L’optique générale du cours demeura toutefois inchangée. Et il s’échelonne toujours sur deux années : une première, en 3e secondaire, où les élèves voient l’histoire de manière chronologique ; l’année suivante, retour sur la matière, de façon thématique. Des associations d’historiens le disent : cela est redondant, tant pour les professeurs que pour les élèves. Vaudrait mieux un parcours chronologique sur deux ans incluant des thématiques. Espérons que ce changement sera apporté rapidement. Surtout qu’avec le nouveau cours collégial en histoire, l’enseignement thématique pourrait être complété.

 

L’histoire ne se réduit pas à l’apprentissage de dates, mais encore faut-il en maîtriser quelques-unes pour avoir une idée de l’évolution des choses. Or, les trois compétences actuelles sont : « Interroger les réalités sociales dans une perspective historique », « Interpréter les réalités sociales à l’aide de la méthode historique » et « Consolider l’exercice de sa citoyenneté à l’aide de l’histoire ». Certes, il faut penser l’histoire, même en 3e et 4e secondaire. En confrontant les écoles d’interprétation : sociale, nationale, postnationale, etc. Mais l’enseignement de l’histoire au secondaire ou au primaire ne peut se muer en séminaire de doctorat. Le chantier qu’a ouvert le gouvernement est une belle occasion de recentrer le pendule, tant sur l’optique générale du cours que sur le rapport entre connaissances et compétences.

6 commentaires
  • François Dugal - Inscrit 4 septembre 2013 08 h 15

    Tragique ministère

    Dans l'élaboration des programmes, le MELS ne cousulte jamais les enseignants, qu'il considère comme des pions sans jugement. Il accuse ensuite ces mêmes profs de ne pas «livrer la marchandise».

  • Jean Lapointe - Abonné 4 septembre 2013 09 h 15

    L'apprentissage c'est l'acquisition d'un savoir-faire

    «L’histoire ne se réduit pas à l’apprentissage de dates.» (Antoine Robitaille)

    A mon avis, en français, l'apprentissage c'est l'acquisition d'un savoir-faire, comme l'apprentissage d'une langue étrangère, tel que par exemple l'anglais pour nous qui sommes de langue maternelle française.

    Le terme "apprentissage" ne peut être l'équivalent en français du terme anglais "learning" comme on le fait trop souvent je trouve.


    On ne peut donc pas faire "l'apprentissage de dates", mais ce qu' on avait tendance à faire à une certaine époque ( et peut-être même encore aujourd'hui dans certaines classes) c'était de faire apprendre aux élèves des dates par coeur sans qu'ils puissent situer les événements dans un contexte plus vaste.

    Ce n'est pas qu'il ne soit pas utile parfois d'apprendre des dates par coeur mais à condition, je trouve, que ce ne soit pas imposé par l' enseignant mais bien compris et voulu par l'élève.

    Ces dates apprises par coeur par sa propre volonté peuvent alors servir au besoin de repères quand on cherche à situer différents événements dans le temps et dans l'espace.

    Il faut s'attendre bien sûr à ce que des gens craignent que l'enseignement de l'histoire soit de l'endoctrinement. Mais il ne l'est pas nécessairement. Mais pour en être sûr il faut bien savoir ce qu'on peut entendre par endoctrinement et ce qu' il faut essayer de faire pour l'éviter.

    Enseigner l'histoire aux nouvelles générations est évidemment un devoir si nous voulons en tant que nation que l'aventure dans laquelle nous sommes engagés se perpétue.

    Mais enseigner l'histoire, comme toute autre matière, c'est un métier et, comme tout autre métier, il faut s'y préparer et apprendre comment l'exercer. Ça ne s'improvise pas.

    Beaucoup de gens à mon avis pensent savoir en quoi ça consiste enseigner. Mais ils se trompent parce qu'ils n'ont pas suffisamment réfléchi à la question.

    Je parle évidemment en tant qu' ancien enseignant. Je sais donc un petit peu de quoi je

    • Paul Gagnon - Inscrit 4 septembre 2013 22 h 28

      Dire qu'il ne faut pas apprendre des dates par coeur - obligatoirement - c'est comme dire qu'il est stupide d'apprendre les tables de multiplications par coeur...

  • Raymond Saint-Arnaud - Inscrit 4 septembre 2013 22 h 04

    À tous les historiens québécois

    Il faudrait commencer par appeler les choses par leur nom. On est très colonisé pour parler de la conquête de 1760, au lieu de la défaite. Ce sont les Anglais qui ont conquis; ce sont les canayens qui ont été défaits.

    Un Anglais peut parler de conquête; les Québécois devraient parler de défaite.

    Québécois, n'oublions pas que 1760 ne fut pas la Conquête mais la Défaite!

    En tant que Québécois, assumons cette défaite de 1760 dans un devoir de mémoire, mais luttons tous unis ensemble pour reconquérir notre pays.

    Et reprendre les Plaines qui nous appartiennent.

    Vive le Québec souverain!

    • - Inscrit 5 septembre 2013 10 h 51

      Nuance: c'est la France coloniale de Louis XV qui a perdu le Canada. Les Canayens n'ont pas été battus. Il y a toute une différence entre se voir comme battus, faire comme si on l'était et se savoir encore debout et vouloir changer le cours des choses.

  • Jean Boucher - Inscrit 4 septembre 2013 23 h 40

    Il faudra vraiment bien y réfléchir

    Nous sommes bel et bien une nation majoritairement francophone au Québec, reconnue par Ottawa et le Canada, mais ce n'est peut-être pas si évident qu'on pourrait le croire d'enseigner notre histoire nationale - Un exemple: Doit-on s'intéresser à l'histoire des millions de francos-américains d'origine québécoise ? Absolument. il y a deux fois et plus d'Américains d'origine francophone aux USA que de Québécois francophones -. C'es très instructif mais on ne l'enseigne pas ou peu, pourquoi?

    Pour intéresser les étudiants il faudra que des professeurs, pédagogues, historiens et étudiants réféchissent ensemble au max pour ne pas répéter notre même histoire nationale à chaque niveau d'enseignement, sinon elle devient redondante, "archiplate" et "obligé" de suivre - ce serait poursuivre le désastre actuel au secondaire -. La pédagogie de notre histoire nationale doit très innovatrice.

    Il faudra aussi absolument faire des liens avec les histoires nationales de tous les continents et pays: Amériques, Europe, Asie, Afrique... Exemples: Préhistoire, Antiquité, Moyen-Age, Remaissance, le temps des "découvertes" des Européens, Siècle des Lumières...l'époque actuelle. C'est peut-être là que ça devient encore plus intéressant à enseigner.

    Oui pour toute notre histoire nationale (pas seulement celle sur le territoire actuel du Québec) mais accompagné de ses relations avec toutes les autres d'hier à aujourd'hui. Tout un défi emballant.