Transport ferroviaire - Pour qui, ce rapport?

La même semaine où la Montreal Maine and Atlantic Railway obtenait l’autorisation de la Cour de réserver 250 000 $ pour payer la franchise prévue à son contrat d’assurance en cas de nouvel accident, un comité du Sénat canadien publiait un rapport suggérant de revoir la couverture minimale exigée des transporteurs ferroviaires pour fonctionner.

 

Depuis la catastrophe de Lac-Mégantic, on réalise l’importance pour le public que les sociétés de transport soient assurées à la hauteur des risques courus, ce qui n’est pas le cas à l’heure actuelle. Dans le rapport du Comité sénatorial de l’énergie, de l’environnement et des ressources rendu public jeudi, la recommandation faite à Transports Canada d’imposer « des seuils minimaux pertinents » a été ajoutée après la tragédie de Lac-Mégantic, même si le comité avait déjà complété l’essentiel de ses travaux.

 

Vendredi, c’était au tour de la Fédération canadienne des municipalités de présenter ses requêtes, parmi lesquelles la couverture d’assurances figure aussi au centre des priorités, à côté de l’importance que les sociétés ferroviaires informent et impliquent les élus locaux dans la révision des normes d’intervention en cas d’accident.

 

Au sujet des vieux wagons-citernes DOT 111 qui se sont éventrés au moment de l’impact, le comité du Sénat s’inquiète des risques que ces équipements désuets font peser sur les communautés locales et demande à Transports Canada de s’entendre avec les autorités américaines pour accélérer leur remplacement. Alors que seulement 500 wagons-citernes de pétrole brut circulaient sur les voies du CN et du CP en Amérique du Nord en 2009, leur nombre est passé à 140 000 cette année, rappelle le rapport.

 

Par ailleurs, s’il reconnaît l’effort déployé par les sociétés ferroviaires pour implanter une « culture de la sécurité » à tous les échelons des organisations, le rapport ne comprend pas qu’elle ne soit jamais soumise à l’évaluation. Sans l’admettre, le comité composé majoritairement de sénateurs conservateurs fournit là des arguments aux détracteurs de l’autorégulation, qui accusent Ottawa d’avoir abandonné la sécurité dans les transports aux mains des entreprises. Et s’il n’ose pas se prononcer sur les causes de la catastrophe de Lac-Mégantic, le rapport appelle tout de même à « une révision majeure et indépendante du régime de sécurité, des normes et des pratiques du secteur ferroviaire » au pays, ce avec quoi tout le monde sera d’accord.

 

Tout le monde ? Au cabinet de la ministre Lisa Raitt, jeudi, on remerciait le comité pour son beau travail en ne manquant pas toutefois de souligner que 99,9 % du pétrole transporté par rails au pays est livré chaque année sans incident. Histoire de rappeler à qui l’aurait oublié quelle est la vraie priorité du gouvernement.

7 commentaires
  • François Dugal - Inscrit 23 août 2013 23 h 19

    0,1%

    C'est le 0,1% qui fait mal, madame la ministre.

  • Normand Carrier - Abonné 24 août 2013 06 h 32

    A la prochaine catastrophe !

    Après avoir manqué a toutes leurs obligations de protecteurs des citoyens , nos dirigeants fédéraux s'apprêtent a retomber dans le même piège d'inertie .... Comme 99.9% des livraisons ferroviaires vont bien , pourquoi insister pour appliquer toutes les recommendations de sécurité ... Faisons comme les dix dernières années et dérèglementons au nom du profit des entreprises ... Au diable le sécurité ! Que vaut 47 décès de Québécois et 400 a 500 millions que les Québécois auront a payer dans la vaste majorité ... Ainsi va la sécurité dans notre plusssss beau pays !

  • Bernard Terreault - Abonné 24 août 2013 08 h 18

    Le 0,1 %

    Le problème n'est pas que 99,9% est tranporté sécuritairement, c'est le 0,1% qui a tué 43 personnes et ruiné une ville. C'est comme si on disait que 99,9% des automobilistes conduisaient prudemment, pas bedsoin de réglements de la circulation, pas besoin de permis de conduire, pas besoin d'assurance obligatoire!

  • Jean-Paul Lacoursière - Abonné 24 août 2013 09 h 31

    Normaliser la déviance

    Le ministère fait valoir que 99,9% du pétrole brut livré par rail est livré sans incident, autrement dit 1 fois sur mille, il y a un incident, petit ou important. Si en 2009, il y avait 500 wagons de pétrole brut qui circulaient sur les rails on avait alors selon cette statistique un taux d'incident de 0,5 par année (une fois à tous les deux ans) alors qu'avec une circulation 140 000 wagons cette année, on s'attend à 140 incidents. On se vante de ce taux! C'est de cette façon qu'on normalise la déviance et que l'on détruit la culture de sécurité.

    Pour atteindre un niveau acceptable de sécurité il faut mettre en place un processus d'amélioration continue, ne jamais se satisfaire de sa performance. C'est bon pour les athlènes olympiques mais ça s'applique aussi pour les transports. Les Britanniques emploient les mots "As Low As Reasonably Practical" (ALARP).

    Il y a beaucoup d'enjeux sur lesquels refléchir et seul une enquête publique impartiale permettra cette réflexion.

    On ne construira pas un grand pays en se contentant de la médiocrité.

    Jean-Paul Lacoursière, ing.
    Professeur associé
    Département de génie chimique
    Université de Sherbrooke

    • Rémi-Bernard St-Pierre - Abonné 24 août 2013 14 h 32

      Merci pour la petite demonstration. J'espère qu'elle se rendra au oreilles du ministre.

  • André Savary - Abonné 25 août 2013 08 h 21

    1%...

    Je ne suis pas si sur de ce 1%... Combien d'accidents moins spectaculaire, mais sont ils même déclaré, ou très peu médiatisés... Quelquepart pas loin de lac Mégantic, en juin ou mai, MMA a eu un accident avec déversement...en pleine nature perdu en arrière de Frontenac...
    je ne suis vraiment pas sur du 99.9% fiable...