Tableaux blancs à l'école - Pas intelligents?

Intelligent… Passons sur le nouveau sens dont on affuble un bel adjectif, sens qui est une insulte à l’intelligence - humaine - lorsqu’on l’utilise pour qualifier un téléphone… ou un tableau blanc électronique.

 

Or, c’est précisément ce mot qui a été utilisé par le premier ministre Jean Charest, le 24 février 2011, dans un discours d’ouverture. Sans consultation, sans études préalables, il lança : « J’annonce que chaque classe de chaque école du Québec sera dotée d’un tableau blanc intelligent [TBI]. » Plus de deux ans plus tard, après une dépense annoncée de 240 millions, on doit conclure que cette décision était de la « poudre aux yeux », pour reprendre l’expression utilisée à son sujet par l’Association québécoise des professeurs de français. Une étude dont Le Devoir faisait état jeudi a mis en relief plusieurs désavantages : trop petits, ils exigent plus de préparation, sapent la spontanéité, nécessitent des formations supplémentaires, etc. Selon plusieurs, ils seraient même dépassés, ces tableaux. Questionné à la radio, Thierry Karsenti, l’universitaire qui a mené l’étude, a soutenu que s’il était, lui, directeur d’école, il doterait d’abord tous les élèves d’ordinateurs portatifs plutôt que d’ajouter à leur classe un des fameux « TBI ».

 

Dire que ces derniers nous ont coûté des millions avant que le gouvernement Marois, heureusement, ne mette le projet sur la glace ! Soyons justes : la dépense ne fut pas entièrement inutile. M. Karsenti souligne que 14 % des enseignants répondants n’avaient trouvé « aucun désavantage » à cet outil.

 

Au reste, avons-nous atteint les objectifs qu’on visait lors de l’annonce-surprise de M. Charest ? Il s’agissait, pour revenir à son discours, de faire baisser le décrochage en « rapproch[ant] l’école de nos jeunes ». L’argument ? Un lieu commun : la technologie est « leur univers » et l’école n’a plus le choix, elle « doit s’inscrire dans cette réalité ».

 

Les études, pourtant, sont loin d’être univoques : « Leurs résultats sont parfois contradictoires, plutôt modestes, et montrent la plupart du temps que cet outil technologique ne semble pas avoir de réel impact, à court terme du moins, sur la réussite éducative des élèves », écrivait M. Karsenti en 2012. Que faire alors ? Sans rejeter les technologies en éducation, il faudrait cependant à tout prix apprendre à éviter les emballements technologiques. Se méfier des vendeurs d’outils (surtout s’ils sont prêts des partis au pouvoir…) et de leurs promesses mirobolantes. Se montrer intelligents, quoi.

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9 commentaires
  • François Dugal - Inscrit 22 août 2013 21 h 36

    Cibler les priorités

    Pourquoi ne pas investir l'argent des TBI dans la formation des maîtres et dans l'intégration des nouveaux profs dans le réseau?

    • Sylvain Auclair - Abonné 23 août 2013 09 h 16

      L'argent des TBI n'a jamais été budgété. Si on a de l'argent, on pourrait décontaminer quelques écoles, non?

  • Claude Smith - Abonné 23 août 2013 08 h 21

    Poudre aux yeux

    Je crois que le gouvernement de M. Charest était un spécialiste de la poudre aux yeux. Le projet TBI es est un exemple tout comme le fameux plan Nord.

    Claude Smith

  • Tommy Bergeron - Inscrit 23 août 2013 09 h 24

    Mystérieux

    Je trouve ça rigolo qu'hier il y avait un article quasi du même titre et ouvert au public tandis que ce matin un autre article qui porte exactement sur le même sujet c'est-à-dire des tableaux « intelligents » (TBI) qui font grandement échecs.

    L'art de segmenter le contenu en le republiant avec un titre plus évocateur pour attirer les abonnés.

    • Stéphane Laporte - Abonné 23 août 2013 13 h 46

      C’est qu’il y a une grande différence entre un article et un éditorial Monsieurs. Renseignez-vous sur ce que c’est un journal et comment ils sont construits.

  • Jean-Pierre Aubry - Abonné 23 août 2013 09 h 43

    Centralisation versus décentralisation

    L’échec du programme des tableaux blancs intelligents montre encore une fois que l’approche très centralisée où un haut dirigeant dit aux responsables en bas de l’échelle comment allouer les budgets qui leur sont alloués ne fonctionne pas très souvent. La chose la plus simple ne serait-elle pas de donner aux responsable au bas de l’échelle (dans ce cas-ci les directeurs d’école) le pouvoir de décider de la façon d’allouer leur budget?

    Jean-Pierre Aubry

  • Cyril Dionne - Abonné 23 août 2013 10 h 42

    J'aurais aimé lire plus de commentaires venant de la part des enseignants, oui ceux qui ont à mettre en œuvre cet outil pédagogique en salle de classe.

    Et doter tous les élèves d’ordinateurs portatifs a déjà été essayé dans certaines écoles et ceci a remporté un succès assez mitigé. Il y a tout un défi technique en perspective à maintenir ces ordinateurs en état de marche sans parler du coût qui peut devenir très rapidement astronomique si on inclut le prix de l'achat de logiciels et de leurs licences. Et la durée de vie de ces appareils en milieu scolaire est assez limitée. Aussi, plus souvent qu'autrement, l'enseignant devient alors un gestionnaire d'équipement plutôt que d'être un pédagogue en salle de classe. Ceci n'est pas le cas avec un TBI.

    Et pour ceux qui disent que le TBI est une technologie dépassée, on pourrait penser qu'ils n'ont jamais enseigné dans une salle de classe.