Dépenses au Sénat - Les privilégiés

Pamela Wallin s’ajoute donc à la liste qui s’allonge de sénateurs pris la main dans le sac de remboursements injustifiés de dépenses, au point de voir leur cas renvoyé pour enquête à la Gendarmerie royale du Canada.

 

Madame Wallin se défend, estime que le rapport de vérification mené par la firme Deloitte est « fondamentalement erroné et injuste ». Quel toupet ! Son cas se décline sur une centaine de pages où abondent les détails. On y voit bien que, s’il y a quelque chose d’erroné, c’est la manière dont la sénatrice s’est jouée des règles qu’elle devait suivre, modifiant même son agenda pour camoufler certaines activités.

 

Quant à l’injustice, elle est à l’égard des Canadiens. Se faire rembourser des billets d’avion pour participer à des activités de campagne électorale du Parti conservateur, se rendre aux multiples conseils d’administration où elle siégeait (et pour lesquels elle a reçu des centaines de milliers de dollars en rémunération), assister à des « activités de réseautage » où les dîners privés dominent…, tout cela ne relève évidemment pas d’activités sénatoriales. Chaque mois, c’est plus de 3000 $ de trop en frais de déplacement (qui, dépenses légitimes et illégitimes mêlées, atteignent une moyenne mensuelle de 11 800 $ !) que madame Wallin a facturés au Sénat entre 2009 et 2012.

 

On ne peut mettre tous les sénateurs dans le même sac, mais il est clair qu’une « culture du privilège » sévit au Sénat, pour reprendre le mot de la porte-parole adjointe en matière de réforme démocratique du Nouveau Parti démocratique, Alexandrine Latendresse. Le Sénat est resté le gentlemen’s club de ses origines : on n’y rend guère de comptes, et surtout pas au grand public. La seule mention « affaires parlementaires » ou « affaires du Sénat » sur un formulaire suffit pour se faire rembourser des dépenses.

 

Il a fallu que des journalistes s’intéressent de près aux excès pour que l’auguste institution se décide à bouger. Et encore ! Lorsque des médias ont révélé, en février dernier, que Deloitte faisait une enquête sur les dépenses de madame Wallin, le Sénat a d’abord affirmé que le rapport ne serait pas rendu public…

 

Les responsabilités dans cette affaire sont multiples : de Pamela Wallin, ex-journaliste vedette qui n’a jamais cessé de se voir comme une star, au laxisme d’un autre temps du Sénat, en passant par Stephen Harper qui y a multiplié les nominations partisanes de gens qui n’en ont que pour la belle vie qu’ils s’octroient à nos dépens. Il a beau chercher à s’en laver les mains en chassant les fautifs de son caucus, c’est une faillite morale pour le premier ministre. Le pire pour lui, c’est que même ses partisans le savent.

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