Gibraltar divise Londres et Madrid - Le déchirement

Jamais dans l’histoire de l’Union européenne (UE) les relations politiques n’auront été aussi acrimonieuses que celles qui ont cours depuis quelques jours entre l’Espagne et le Royaume-Uni. Le sujet de cette discorde ? Gibraltar. À cause de ce dernier, de ce rocher qui est aussi un paradis fiscal, les premiers ministres Mariano Rajoy et David Cameron sont si remontés l’un contre l’autre qu’ils ont évoqué un recours à l’ONU et même à la Cour internationale de La Haye.

 

Officiellement, tout a débuté lorsque les autorités de cette colonie britannique de 7 km2 ont décidé de construire un récif artificiel avec des dalles de béton dans le but d’élargir l’espace de la ressource halieutique. En réaction, le chef du gouvernement espagnol a dit étudier l’introduction d’un droit de péage élevé - 70 $ environ -, la fermeture de l’espace aérien aux avions qui utilisent l’aéroport de Gibraltar et l’ouverture d’enquêtes fiscales sur les biens immobiliers situés dans l’enclave britannique. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’en cette affaire Rajoy n’entend pas faire dans la dentelle.

 

D’autant moins qu’officieusement tout a débuté par l’attitude adoptée par Gibraltar en matière de combat contre l’évasion fiscale. À ce propos, on se souviendra que le rocher fait partie de l’ensemble de lieux versés en optimisation fiscale dont dispose le Royaume-Uni dans cette région du monde, soit les îles Anglo-Normandes et l’île de Man. Toujours est-il qu’à la requête formulée par l’Espagne que les accords internationaux récents soient observés, les autorités de Gibraltar ont formulé une réponse à l’enseigne du service minimum. En clair, elles ont convenu de fixer l’impôt de certaines entreprises à 10 %. Bref, Gibraltar entend maintenir sa culture de dumping fiscal qui insupporte Madrid depuis des décennies.

 

Signe de la gravité qui distingue ce dossier depuis 48 heures, le chef de la diplomatie espagnole va aller à la rencontre de son homologue argentin pour négocier (et non plus convaincre) les termes du front commun qu’ils veulent former pour défendre leur position devant l’ONU. L’Argentine étant membre non permanent du Conseil de sécurité, elle sera chargée de convertir les membres de ce dernier au bien-fondé de la demande espagnole. En échange de quoi l’Espagne s’est d’ores et déjà engagée à épauler l’Argentine dans son contentieux avec Londres sur les Malouines.

 

Alors que les Espagnols s’échinent sur le flanc diplomatique, les Britanniques ont décidé de jouer du muscle en envoyant des engins militaires dans les environs pour s’exercer aux coups de feu. C’est à se demander si l’Union européenne, le rêve et la solidarité européenne ne sont pas devenus des mots-valises.

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