Six Britanniques mille fois agressées - Cohorte pitoyable

Homo sapiens blanc qui croit en Dieu, celui des catholiques, des protestants ou des juifs mais pas celui des musulmans, Homo sapiens qui habite les lieux divers de l’Occident, de l’Australie et des îles voisines baptisées Nouvelle-Zélande renvoie souvent les échos que l’on prête à son lointain aïeul : l’homme des cavernes. Pour s’en convaincre, il suffit de s’attarder quelque peu sur ce nouvel épisode du très long feuilleton relatant les faits et gestes qu’il pose, marqués au coin de la bêtise, de l’idiotie. Du crétinisme ayant ceci de dangereux, et donc de très répréhensible, qu’il se fond dans la violence. À preuve ce qui se passe au Royaume-Uni depuis plus d’une semaine.

 

De quoi s’agit-il ? Six femmes, trois élues et trois journalistes, ont été l’objet d’une avalanche de menaces de mort et de viol par l’intermédiaire de Twitter. On insiste et on précise : en 2013, chacune d’elles a reçu un message au contenu virulent par minute. Et ce, parce que des dizaines de milliers de mâles britanniques s’opposent avec un fanatisme rappelant les barbares accents des années trente à la requête formulée par l’une d’entre elles, Caroline Criado-Perez, voulant que l’écrivaine Jane Austen orne un des billets de la Banque d’Angleterre. Nouveau gouverneur de cette institution, le Canadien Mark Carney a acquiescé à cette demande. Fait à noter, et sur lequel Criado-Perez a insisté, la figure de Winston Churchill devant remplacer celle de la réformatrice Elizabeth Fry, Jane Austen sera la seule femme. La reine Elizabeth II ? Elle figure, pour ainsi dire, par défaut car, on le répète, elle est reine.

 

Dans cette histoire, la direction de Twitter, les patrons d’une entreprise qui est aussi une caisse de résonance de la haine, de l’abjection, s’est comportée comme tout distributeur évoluant dans l’univers de la quincaillerie informatique, soit en empruntant les mots de la lâcheté. Ceux du « nous ne sommes que les intermédiaires » ou encore « nous ne sommes pas responsables du contenu », etc. Il aura fallu attendre que 124 000 personnes signent une pétition en ligne exigeant que Twitter passe au tamis les vociférations archiviolentes d’un imposant contingent d’illuminés pour que les bonzes de cette compagnie observent le devoir élémentaire de protection. Cette attitude est d’autant plus sujette à la critique ferme, frontale, que dans la foulée de l’émergence des moteurs de recherche et des réseaux sociaux, les agressions envers les femmes ont été décuplées.

 

Par une de ces ironies dont l’histoire a le secret, on s’oppose donc à une romancière ayant notamment signé Orgueil et préjugés. À l’évidence, les adversaires des six femmes en étant perclus, chacun d’eux est une définition du pitoyable.

À voir en vidéo