Espionnage en Allemagne - La Stasi no 2

Une fois n’est pas coutume, Angela Merkel est dans l’embarras. Un gros. Si gros qu’il est écrit dans le ciel qu’elle sortira affaiblie des législatives qui se tiendront en septembre. Car la colère des Allemands, pour cause d’espionnage par la National Security Agency (NSA), va grandissant, d’autant que la loupe braquée sur leurs faits et gestes s’avère beaucoup plus affûtée, plus intrusive qu’on ne l’avait cru jusqu’alors.

 

Au milieu de la semaine dernière, la chancelière allemande a joué l’indifférence et adopté une attitude si hautaine qu’elle a heurté profondément la majorité de ses concitoyens. L’origine du dépit de ces derniers est une conférence de presse au cours de laquelle elle a consacré les trois quarts du temps à vanter sa gestion de la crise de l’euro et le reste à minimiser les exercices de la NSA en sol allemand avec la collaboration des agences allemandes de renseignements intérieur et extérieur. Sa réponse à la question formulée à ce sujet fut un chapelet de lieux communs. En résumé, ce fut : « Vous ne vous adressez pas à la bonne personne », ou encore : « Je ne suis pas au courant. »

 

Ce faisant, la dame d’acier a créé un énorme malaise à travers l’Allemagne comme au sein de son parti. Car soit elle était au courant des agissements de SES agences et elle a permis l’émergence comme la présence d’un État dans l’État, soit elle a cautionné l’alliance au quotidien des espions allemands avec leurs homologues américains et, ce faisant, présidé à la transformation des agents allemands en vassaux des Américains. Dit autrement, les citoyens allemands, que l’on sait d’autant plus attachés à l’intégrité comme à la protection des droits civiques, et notamment de la vie privée, que leur souvenir de la Stasi reste vif, les citoyens, donc, ont le sentiment désagréable que leur administration en ces matières est inféodée à Washington.

 

Parmi les réactions qu’a suscitées la conférence évoquée, on a relevé qu’une fois encore, certains ont mis, sans l’excuser, le peu de cas que Merkel fait du dossier sur le compte de sa vie passée. Sur le fait qu’elle est née et a grandi en Allemagne de l’Est. Qu’elle a donc vécu dans un pays où l’espionnage tous azimuts relevait au fond du fait de nature. Chose certaine, et qui donne froid dans le dos, après avoir « refilé » le dossier au ministre de l’Intérieur, celui-ci s’est appliqué à convaincre ses concitoyens que la sécurité doit primer les droits civiques.

 

En fait, tant Merkel que son ministre essaient de justifier l’usage des forceps sur le front de l’information dans l’espoir, on s’en doute, de réduire les contrecoups du travail de recherche effectué par l’hebdomadaire Der Spiegel à la lumière des documents fournis par Edward Snowden, ex-employé d’une agence sous contrat avec la NSA. Toujours est-il que les résultats obtenus sont propres à démolir passablement la réputation des agences allemandes.

 

En effet, grâce au Spiegel, on sait désormais que depuis l’arrivée au pouvoir de Merkel, en 2005, les maîtres espions allemands ont ouvert bien des canaux de communication avec la NSA et la CIA dans le but de multiplier au maximum les collaborations. Ils ont tellement bien réussi, ils ont fourni tellement de matériaux à leurs homologues américains que ces derniers leur ont proposé ce qui n’a jamais été proposé aux agences d’autres pays : rencontrer les membres d’un service de la NSA baptisé Special Source Operations qui, selon les assurances données par Snowden, est le secret bien gardé de la NSA. Et dans quel but ? Apprendre à jongler avec le logiciel XKeyscore développé par la NSA. Un logiciel permettant de récolter un volume d’informations si gigantesque qu’on dit de lui qu’il est en mesure d’effectuer une surveillance numérique totale. Bref, en comparaison de XKeyscore, les protagonistes de 1984 sont des rigolos.

 

En chiffres, l’utilisation de cet outil développé par le docteur Folamour de l’informatique a permis aux services de renseignement allemands d’enregistrer et conserver 500 millions de données que les usagers allemands « abandonnent » au fil de leur « consommation » de Google, YouTube, services bancaires, etc. De ces 500 millions de données recueillies, c’est à retenir, mensuellement, Der Spiegel a appris que l’équivalent de 180 millions avait été alloué à la NSA en décembre 2012.

 

Ce dossier a ceci de désolant et révoltant qu’il confirme combien la volonté de puissance, et donc les multiples amputations aux droits des individus qu’elle induit, habite désormais les dirigeants allemands et américains. Faut-il rappeler qu’au cours des huit dernières semaines, je dis bien huit, on a appris qu’avec le soutien enthousiaste des patrons de Google, Facebook, Apple, Verizon et autres forgerons de la surveillance, Barack Obama et Angela Merkel, leurs administrations comme leurs agences, suivent une politique qui se traduira à terme comme une contradiction de la démocratie.

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