Le fédéral et la science - Toujours moins

C'est quasiment une vérité de La Palice que ce constat rendu public cette semaine par Statistique Canada qui démontre que le gouvernement fédéral réduira ses dépenses en matière de science et technologie en 2013-2014. Sciences et administration conservatrice sont décidément incompatibles, comme Statistique Canada pourrait en témoigner, elle qui a dû dénaturer le recensement sous l’exigence de ce gouvernement obtus.

 

La perte d’importance de la science pour Ottawa continue donc sur sa lancée, la baisse de budget de cette année (de 3,3 %) s’ajoutant aux diminutions des années passées (13 % en quatre ans).

 

Lorsqu’on la regarde en détail, on constate toutefois que la baisse n’est pas généralisée. Les ministères, les organismes fédéraux, les universités écopent. Mais pas les « entreprises commerciales ». Celles-ci voient le volet Recherche et Développement qui leur est destiné être augmenté de 6,6 %.

 

Parallèlement, les montants consacrés aux « recherches non orientées » - celles qui sont « motivées par la curiosité scientifique, avec comme objectif d’augmenter les connaissances »,et qui servent aussi au financement de bourses d’études supérieures, comme le décrit Statistique Canada - dégringolent. Elles sont passées de 990 millions de dollars en 2009-2010 à 641 millions deux ans plus tard, un financement réduit de plus du tiers !

 

Le portrait ne se redressera pas. En mai dernier, le gouvernement officialisait le virage « entreprises » pris par le Conseil national de recherche du Canada. Il s’agira désormais de privilégier la recherche qui a des retombées commerciales immédiates. On n’est même plus dans le traditionnel débat entre la recherche fondamentale et la recherche appliquée : on est purement dans les affaires, au sens d’espèces sonnantes et trébuchantes.

 

Chaque fois que ce fait est rappelé, les conservateurs rétorquent que leur gouvernement investit largement dans la recherche. Sauf qu’ils n’y comprennent rien, confondant les montants (de toute manière réduits) et leur distribution, de même que leur finalité. Le gouvernement insiste par exemple sur la recherche et le développement en entreprises, alors que celle-ci est très mal encadrée. Les fonds servent à mille fins et ont peu d’incidence sur l’innovation et sur la productivité. Résultat : le Canada se contente du milieu de peloton au sein des pays de l’OCDE, soulignait encore un rapport sur le sujet en mai dernier. Rapport qui notait par ailleurs notre glissement du 3e au 9e rang en cinq ans en matière de recherche universitaire… Rien pour se vanter et tout pour démotiver les chercheurs, qu’en plus, le gouvernement muselle. Une pure catastrophe.

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9 commentaires
  • François Dugal - Inscrit 1 août 2013 08 h 16

    Enrichissons notre vocabulaire

    Obscurantisme:
    Attitude hostile envers le progrès.

    • André Le Belge - Inscrit 1 août 2013 11 h 52

      Obscurantisme, te revoilà!

  • Christian Dion - Abonné 1 août 2013 09 h 15

    Science et religion.

    Ce que vous relatez Mme Boileau n'est pas surprenant lorsque l'on connait l'influence marquée qu'ont les mouvements évangéliques sur le gouvernement Harper Il n'y a qu'à penser aux nouvelles politiques imposées par ce gouvernement à l'ACDI quant à la destination des fonds d'aide dédiés à certains pays d'Afrique.
    Est-il nécessaire de rappeller que science et religion ne vont pas nécessairement de pair.

    • Gilbert Talbot - Abonné 1 août 2013 11 h 52

      C'est la religion du Capital qui domine.

  • Benoit Toupin - Abonné 1 août 2013 12 h 52

    Gouvernance et science

    La gouvernance qui s'éloigne de la science, c'est comme conduire sans faire usage de ses phares et de ses essuie-glaces. Quand les conditions sont idéales, ça va...

  • Nicolas Bouchard - Inscrit 1 août 2013 14 h 42

    Et pourtant....

    Des coupes massives de la part du fédéral ont lieu année après année et pourtant, on ne voit aucun québécois descendre dans la rue. Mais lorsque le gouvernement du Québec fait des coupes ou simplement réduit l'augmentation de la croissance des budgets, les gens sont en furie. Que ce soit en santé, en éducation, dans les programmes sociaux et etc. A n'y rien comprendre....

    Nicolas Bouchard

    • Yvan Dutil - Inscrit 2 août 2013 09 h 30

      Il y a eu énormément de protestations. Dans le cas des coupes québécois, c'était carrément catastrophiques. De plus, les coupes portaient sur des centres de recherche qui sont plus organisé que des chercheurs individuels.

    • Nicolas Bouchard - Inscrit 2 août 2013 14 h 15

      M. Dutil,

      Remarquez que j'ai également mentionné la santé, l'éducation, les programmes sociaux dans mon commentaire. Vous en voyez beaucoup des manifestations monstres tel le Printemps Érable ou encore contre les "coupes Maltais" (comme beaucoup disent) mais ciblées vers le gouvernement fédéral? Pas moi.

      Pourtant, le gouvernement fédéral s'en vient à faire que des contributions symbolique (de 50% à seulement 14% déjà en 2000 comme le disait Monique Jérôme-Forget) dans ces secteurs et malgré tout les québécois préfèrent s'en prendre au gouvernement québécois, qu'il soit libéral ou parti québécois.

      Vous y voyez une logique dans tout ça? Si oui, expliquez-la-moi car je n'y comprends rien.

      Nicolas Bouchard

  • Nathalie Tremblay - Abonnée 1 août 2013 20 h 55

    Université inc.

    Cet article me rappelle un des mythes sur la hausse des frais de scolarité cité dans le livre Université Inc., aux éditions Lux, paru dans la foulée du printemps Érable! Où on mentionne la diminution des subventions aux recherches non associées à l'industrie. La tendance semble se confirmer.....