Lac-Mégantic - On veut savoir

Comme on avance à tâtons dans tout ce qui entoure le drame de Lac-Mégantic. La négligence est depuis le début le maître-mot qui définit cette catastrophe, mais l’ignorance suit de près. L’étendue de la contamination des sols et de l’eau s’ajoute maintenant à l’incertitude qui règne. La population doit pourtant tout savoir, comme le réclame la Société pour vaincre la pollution (SVP).

 

En entrevue mercredi à la télévision, le président de la SVP, Daniel Green, exhibait une éprouvette remplie d’une eau trouble tirée de la rivière Chaudière, non loin du lac Mégantic. De quels résidus s’agit-il ?

 

Le communiqué diffusé lundi par le ministère du Développement durable, de l’Environnement, de la Faune et des Parcs (MDDEFP) n’évoque pour sa part que de « légers dépôts de pétrole » sur la Chaudière, mais plus loin, en Beauce. C’est toutefois ce même communiqué qui nous informe que finalement ce ne sont pas 100 000 litres de pétrole qui se sont échappés des wagons-citernes, comme on l’avait d’abord évalué, mais un catastrophique total de 5,7 millions de litres. Qu’apprendra-t-on encore demain : que la nappe phréatique est finalement atteinte ? Que le nettoyage n’est pas aussi efficace que ce que l’on estime à ce moment-ci ? À qui se fier : aux groupes environnementaux ou au ministère ?

 

Entre l’odieuse et affairiste opacité de la Montreal, Maine and Atlantic Railway et la négligence réglementaire du fédéral, l’attitude du ministère québécois de l’Environnement n’est pas, de toute évidence, la plus condamnable. Les communiqués de presse sont publiés régulièrement et l’évaluation des dégâts est complexe.

 

Il reste que ce que l’explosion de Lac-Mégantic a révélé au grand jour, à nous, citoyens ignares de ce qui se trame au-dessus de nos têtes, c’est ce réseau d’intérêts privés qui a su contourner ou mettre à sa main l’administration publique afin de mener ses affaires sans avoir de comptes à rendre. Québec n’échappe pas à cette culture néolibérale. En témoigne le silence de la SIMEC (Société d’intervention maritime, est du Canada), « société de gestion privée qui appartient à plusieurs des grandes sociétés pétrolières canadiennes » qui, à la demande notamment d’organismes gouvernementaux, intervient sur les eaux en cas de déversement, indique leur site. C’est cette entreprise qui est chargée du nettoyage à Lac-Mégantic. S’étonnera-t-on de savoir qu’elle ne répond pas aux journalistes, « les avocats de l’entreprise lui déconseilla[nt] de parler aux médias », nous apprenait cette semaine Radio-Canada ?

 

Comment s’assurer dès lors que le MDDEFP est, lui, bien informé de ce qui se fait ? Le Toronto Star indiquait il y a quelques jours que la SIMEC n’avait toujours pas transmis au ministère les données sur la quantité de pétrole qu’elle a pompée. À Québec, on dit plutôt que le contact avec l’entreprise est quotidien sur le terrain. Le citoyen, lui, reste dans le doute.

 

D’autant que les experts ne manquent pas de questions. A-t-on, par exemple, opté pour les meilleures pratiques afin de récupérer rapidement le pétrole qui s’échappait des wagons ? Pour y arriver, il aurait fallu davantage de camions-citernes sur place, affirme la directrice du Département de génie civil de l’Université Laval, Rosa Galvez-Cloutier. Tant de rapports du Bureau de la sécurité des transports démontrent le peu de résistance du type de wagons-citernes impliqués dans l’explosion de Lac-Mégantic, quelqu’un aurait dû comprendre que les fuites ne se limiteraient pas à quelques wagons.

 

On sait aujourd’hui que ce quelqu’un ne pouvait exister puisque plus personne ne surveille. Le risque environnemental qui vient avec la faramineuse croissance du transport du pétrole par train ces dernières années n’est en fait soumis à aucune évaluation, aucun encadrement. La quête du pétrole rend fou, et le monde ferroviaire est devenu celui du laisser-faire. Aux gouvernements par contre de gérer, et de payer, les lendemains de catastrophe, aux populations de pleurer les vies brisées.

 

Il faudra toute une révolution politique pour rompre ce cycle et pour que le bien commun revienne au centre des préoccupations. D’ici là, le citoyen a droit à la transparence. Totale. Celle qui lui permettra notamment de savoir rapidement ce que contient au juste l’éprouvette de Daniel Green.

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17 commentaires
  • François Dugal - Inscrit 25 juillet 2013 07 h 32

    «Ce qui se trame au-dessus de nos têtes»

    Avec «ce qui de trame au-dessus de nos têtes», la question fondamentale qui devrait de poser est : dans notre démocratie, qui mème, le citoyen ou le lobbyiste?

    • J-F Garneau - Abonné 25 juillet 2013 15 h 37

      Votre question est pertinente. La réponse est plus souvent qu'autrement, le lobbyiste. Pourquoi? Parce que l'Homo-Québécus croit que la démocratie s'occupe d'elle-même, et que de toutes façons, s'intéresser à la chose publique, et y participer, cela demande du travail. Et l'Homo-Québécus est très paresseux. Heureux de se pointer la tête pour "s'indigner" de ceci ou de cela dans les pages du Devoir ou dans les blogues d'autres journaux, ou même sur les ondes de certaines lignes ouvertes, l'Homo-Québécus est le parfait "gérant d'estrade".
      Les catastrophes et les causes spectacles le sortent de sa torpeur, le temps de vadrouiller le fédéral, ou autre niveau de gouvernement d'insatisfaction.
      Assister aux séances du Conseil d'arrondissement ou du conseil municipal, s'impliquer localement, connaitre ses députés et participer localement à la démocratie, exiger de ses élus de l'imputabilité au jour le jour, sur les tout petits dossiers, c'est beaucoup trop d'ouvrage quand on peut sortir voter une fois aux quatres ans (quand on vote pas blanc par principe) sans s'être même donné la peine de rencontrer le candidat pour qui on va voter, ou même s'être renseigné pour savoir à qui on a ffaire, et le reste du temps, attendre les opportunités créées par l'actualité pour "s'outrer" d'une chose et son contraire. On aura bien vu le clip de 7 secondes aux nouvelles, c'est bien assez.
      En fait ça ne se trame pas "au dessus de nos têtes". Ca se trame droit devant nous. Au bout de la rue. Mais la démocratie, par définition, n'est pas un sport de spectateurs. Mais c'est tellement plus facile d'être un "quart arrière du lundi matin".

    • Louka Paradis - Inscrit 25 juillet 2013 22 h 24

      Bravo à M. Jean-François Garneau pour son commentaire éclairé et tellement juste ! C'est si facile d'accuser les autres au lieu de faire un petit examen de conscience sur son engagement politique et sur le devoir citoyen de bien s'informer et de «se mêler de ses affaires».

      Louka Paradis, Gatineau

    • Marie-Ève Mathieu - Abonnée 26 juillet 2013 13 h 57

      Notre examen de conscience? Ce ne sont pas tous les Québécois qui sont paresseux qui ne militent pas et qui ne participent pas à la démocratie par l'implication citoyenne. Je connais des centaines de personnes qui militent contre les gaz de schiste et pour la protection des eaux. Au final, c'est le législateur qui décide: pour l'instant, il n'y a pas de moratoire effectif sur le territoire. Blâmer tout le monde, ça revient à ne blâmer personne.
      Ce qu'il faut voir et comprendre, c'est que nous sommes en situation d'oligarchie où certaines personnes ont des pouvoirs démesurés par rapport aux autres. Les dirigeants de multionationales, entre autres, ont l'oreille des élus, bien plus qu'un groupe de citoyens aussi bien organisé soit-il. Nous luttons contre des géants sans pitié. MMA va faire faillite et son PDG va se laver les mains de tout cela. Que fait l'État? Rien. Autrement dit, n'importe quelle compagnie peut avoir le dessus sur le gouvernement de la province de Québec.
      L'idée d'un Québec souverain perd encore d'autres plumes: c'est ça la gouvernance souverainiste? Qu'attend le PQ pour mettre son poing sur la table? C'est un gouvernement minoritaire, certes, mais doit-il pour autant être un gouvernement faible?

  • François Grenier - Abonné 25 juillet 2013 09 h 28

    Foutue déréglementation

    Lors de son passage à Mégantic, j'espère que Maxime Bernier a bien pris le temps de contempler l'ensemble de son œuvre. Lui, qui s'est fait le champion de la déréglementation, ce qui, comme on le constate tragiquement, revient à la privation des profits et à la collectivisation des pertes. Permettez que je paraphrase Félix Leclerc.

    La démocratie est en prison
    Et moi je sens en moi
    Dans le tréfonds de moi
    Malgré moi, malgré moi
    Pour la première fois
    Malgré moi, malgré moi
    Entre la chair et l'os
    S'installer la colère

  • Gabriel Duceppe - Inscrit 25 juillet 2013 09 h 57

    Souverain...

    Mme Boileau, le citoyen est malheureusement, beaucoup trop occupé à surveiller la naissance de son futur souverain étranger...

    • Pierrette Hudon - Inscrite 25 juillet 2013 10 h 48

      Que vous avez raison monsieur.......le Québec est vraiment malade......
      c'est à se demander si les organisateurs des festivals ne sont pas complice de ceux qui nous gouvernent........Harper de gigue pas lui.....

    • Stéphane Laporte - Abonné 25 juillet 2013 14 h 41

      Madame Hudon, cherchez BRZEZINSKI et tititainment, vous allez être surprise de la justesse de votre commentaire.

    • François Desjardins - Inscrit 26 juillet 2013 09 h 47

      Québec malade. Madame Hudon: être ici capable d'auto critique sans tomber dans l'auto flagellation judéo chrétienne... Il faudrait ça pour voir clair ici. Vous voyez le défi?

  • J-F Garneau - Abonné 25 juillet 2013 13 h 11

    Mme Boileau, vous avez bien raison de soulever les questions que vous soulevez. Cependant, même les manuels de préparation et de mesures d'urgences les mieux faits, probablement pour les grands centres urbains, ne peuvent tout prévoir.
    Des gens, dans l'urgence du moment, font au mieux.
    Les enquêtes lors d'accidents aérien, prennent plusieurs mois. Et malgré l'impatience des victimes, les conclusions hâtives ou les "fuites" d'information partielles n'aideront jamais la quête de la vérité, la production de preuves détaillées, et les poursuites le cas échéant. C'est évidemment une "tempête parfaite" de réglementation déficiente, de concours de circonstance et d'erreur humaine qui sont a la source de la catastrophe. La flopée de "quart arrière du lundi matin" que cette catastrophe à produite est ahurissante.

    "Il aurait fallu davantage de camions citernes" estime une universitaire, confortablement assise dans son bureau du pavillon des sciences et génie de l'université Laval. Soit.
    Mais j'imagine que l'on doit "choisir ses batailles" comme disent les anglophones. Lorsque une petite ville explose de boules de feu dans la nuit, n se dit qu'on pensera aux camions citernes plus tard.

  • J-Paul Thivierge - Abonné 25 juillet 2013 13 h 25

    IRVING doit être imputable

    Maintenant, j'espère que si IRVING oil veut continuer à passer son sale pétrole en Estrie, va payer la facture pour construire une voie ferrée de contournement dans le secteur industriel de Megantic et aussi dans d'autres villages où les risques sont élevés.
    Aussi considérer l'achat de citernes plus solides selon les nouvelles normes pour des produits pétroliers.
    IRVING a fait des profits accumulés dans les paradis fiscaux pour facilement financer ces voies plus sécuritaires .
    Irving transporte depuis longtemps de É-U aux N-B sans payer de droits de passages au Québec.

    Pour la suite ; des milliers de citoyens, des dizaines d'entreprises québécoises et canadians ont contribué au fonds de la Croix rouge pour les sinistrés du Lac Mégantic... Cependant, la plus coupable des entreprises étant à l’origine même de ce désastre IRVING oil est totalement silencieuse comme si ce n’était pas son sale pétrole qui avait causé cet énorme dégât et de sa course aux profits maximum qui est à l'origine de tout cela.
    Alors, je pense que tous les Québécois qui sont sympathiques et solidaires des citoyens victimes de Mégantic
    doivent cesser pour longtemps d'acheter du pétrole et autres produits IRVING ...
    Que IRVING va penser envoyer quelques M$ de redevances pour aider ceux qui ont tout perdu dans cette négligence criminelle (pour avoir fait transiter des produits dangereux par le territoire Québécois sans prudente précaution)

    • André Chevalier - Abonné 26 juillet 2013 09 h 08

      La famille Irving avec leur empire constitue le pire citoyen corporatif du Canada et doivent la plus grande partie de leur fortune à leur négligence à l'égard de la sécurité et de l'environnement, à leurs magouilles politiques, à la façon sauvage de traiter leurs employés et au transfert massif de leur fortune dans les paradis ficaux.

      Je me fais un devoir depuis des décades de ne jamais acheter de produits Irving.