La décadence économique de l’Europe - De crise en crise

C’est clair comme de l’eau de roche : la crise vient de se greffer à la crise qui s’est collée à la crise qui avait produit de la crise. D’Europe, car c’est d’elle qu’il s’agit, nous est parvenu tout récemment un chapelet de nouvelles à l’enseigne du funeste. Et ce, parce que depuis l’éclatement survenu en 2008, les politiciens logent à l’enseigne du service minimum.

En trois jours, et trois jours seulement, nous avons appris que le FMI avait demandé aux banques britanniques en partie nationalisées en 2008 de se renforcer au plus vite. Que le taux de chômage frôlera bientôt les 30 % (!) en Grèce et en Espagne, qu’il avoisinera les 13 % en France, qu’il touchera 48 millions de personnes dans les pays membres de l’OCDE, soit 16 millions de plus qu’en 2007. Que jamais, dans l’histoire moderne, la lèpre du non-emploi n’aura touché autant de jeunes : 60 % en Grèce, 55 % en Espagne, 40 % en Italie. Que les prestations d’assurance-chômage ont été amputées de 20 %. Que…

 

Que s’il en a été ainsi jusqu’à présent et qu’il en sera ainsi pendant encore une quinzaine de mois, c’est tout simplement parce que la reprise économique anticipée par les organisations censées anticiper les soubresauts de l’économie ne s’est pas produite. Ces instances se sont totalement fourvoyées. Elles se sont trompées parce qu’elles tablaient sur davantage de dynamisme de la part, notamment, pour ne pas dire avant tout, des banques européennes. Or, les concernant, nous avons appris que leur situation actuelle est plus ou moins la copie carbone de celle qui prévalait en 2007, avec con cortège d’hypothèques « pourries » conçues expressément pour berner les faibles financièrement causant.

 

Il se trouve en effet que l’exposition des banques françaises dans les pays du sud est au fond le synonyme de l’abyssal : 675 milliards de dollars. Il se trouve également que le carnet de commandes des compagnies se confond avec la maigreur. Que les hypothèques sont adossées à des valeurs qui baissent, baissent, comme en font foi la chute du tiers des biens immobiliers existants en France ou encore la mise en vente de milliers de hameaux espagnols à un prix moyen de 50 000 $. Il se trouve aussi que l’on permet, encore et toujours, aux établissements financiers européens de prendre des participations dans des entreprises, contrairement à ce qui se passe de ce côté-ci de l’Atlantique. Il se trouve en effet qu’on assiste, toujours en Europe, à l’émergence des banques qualifiées de zombies parce qu’elles sont financièrement trop faibles pour accorder des prêts et pas assez pour déclarer faillite. Bref, ce qui s’est observé au Japon pendant une décennie s’observe désormais sur le Vieux Continent.

 

Cet immense pataquès économique est la traduction empirique d’une posture se confondant avec l’irresponsabilité ainsi que d’une position défendue avec une force frisant la fureur. La posture ? Dans la foulée de la crise de 2008, tout ce que le monde occidental compte comme chefs d’État avait promis, juré de mettre les malfrats, soit les banquiers, au pas. Certains avaient même évoqué un recloisonnement partiel entre piliers de la finance, plus exactement une séparation entre les activités de dépôt et d’investissement. Ces engagements, ceux des politiciens évidemment, se sont dégonflés comme soufflés au fromage. Rien ne s’est fait ou pratiquement rien.

 

La position ? C’est celle, on l’a souvent souligné, du gouvernement allemand, plus précisément son inclination pour la punition imposée, l’expiation obligée, autrement dit l’austérité. Au nom de cette dernière, et malgré les actes de contrition du FMI convenant que ses calculs n’avaient pas été justes, un énième train de compressions a été décrété en Grèce la semaine dernière. L’austérité ayant amplifié la crise, elle a tout naturellement atrophié les caisses de l’État grec. Alors, tout logiquement, Athènes a décidé la suppression de milliers de postes, des coupes dans les hôpitaux. Bref, sur les hauteurs de l’Acropole, l’austérité a été sacrée déesse de l’économie.

 

Pendant ce temps, tout ce temps, soit de 2008 à aujourd’hui, soit cinq ans durant, on a discuté de l’évasion fiscale dont la somme permettrait d’éradiquer une proportion importante des dettes publiques. On a discuté mais rien fait. Enfin… Depuis peu, un rapport de l’OCDE sur le sujet, en vue du G20 des chefs d’État de septembre, a été publié. L’objectif ? Réduire l’évasion en question à sa plus simple expression. Mais voilà qu’au cours de la fin de semaine, tout le Royaume-Uni, qui est surtout le royaume des trusts, les Pays-Bas et autres nations faisant leur beurre de l’enfer fiscal ont fait front. Le nombre de suicides a augmenté à un rythme hallucinant, mais bon… Comme dirait l’autre, l’enfer, c’est les autres.

 

Il y a six jours à peine, la télé française a mis en images la migration actuelle et importante des Portugais en France, comme naguère, dans les années 60 et 70, pour faire les ménages et la maçonnerie. Bref, l’histoire se répète dramatiquement.

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8 commentaires
  • Daniel Saindon - Abonné 22 juillet 2013 06 h 27

    Le conseil européen du 27 juin dernier a élaboré des solutions à court terme.


    Au conseil européen du 27 juin dernier, Les dirigeants des pays européens se sont entendus pour consacrer 8 milliards d’euros pour lutter contre le chomage chez les jeunes, avec une concentration des efforts en début de période.
    C’est peu d’argent considérant les 19 millions de chomeurs dans les pays européens qui atteint 50 % des jeunes de moins de 25 ans en Grèce et en Espagne, mais c’est un pas dans la bonne direction.
    De plus, au terme de cette réunion, pour résoudre la problème relié à la faiblesse des institutions bancaires, le conseil a lancé un nouveau plan d’investissement pour soutenir les petites et moyennes entreprises et dynamiser le financement de l’économie.

    http://www.european-council.europa.eu/council-meet

    On verra bien ce que ces mesures donneront comme résultats, à court terme.
    A plus long terme, le conseil européen s’est penché sur l’adoption d’une union bancaire qui pourrait éviter les erreurs du passé sur le plan fiscal. Comme c’est l’Allemagne qui s’est opposé le plus à ce projet parce que il lui en aurait couté davantage, il n’y aura pas de grandes avancées sur ce point avant que ne soit connu le résultat des prochaines élections de l’automne en Allemagne le 22 septembre prochain.

  • Guy Lafond - Inscrit 22 juillet 2013 07 h 38

    Le Royaume-Uni, les Pays-Bas, l'Allemagne, la Suisse, la Chine d'un côté


    L'Amérique latine et le Pape François, de l'autre?

    L'histoire se répète-t-elle dramatiquement? Mais cette fois-ci, tous les pays du monde sont étroitement interconnectés.

    Mais alors, les banquiers, au pas et vite, svp! Et "un recloisonnement partiel entre les pilliers de la finance, plus exactement une séparation entre les activités de dépots et d'investissements".

    Des cupides ne devaient-ils pas faire acte de contrition? Vont-ils laisser leur place à d'autres plus compétents et ayant une vision plus éclairée de l'avenir?

    Cette planète est maintenant devenue une immense arche de Noé.

    Ne devons-nous pas assurer la pérénité des espèces et un développement équilibré avant de construire des parachutes dorés pour quelques uns?

    Excellente réflexion que cet article de M. Truffaut.

  • Jacques Beaudry - Inscrit 22 juillet 2013 09 h 13

    la faute aux délocalisations

    Certes si l'évasion fiscale cessait les coffres des États s'e poteraient mieux. Les dettes seraient mieux contrôlées si les richards payaien leur dû. Le mal vient des économistes dogmés sur le néolibéralsme enseigné par les Chicago Boys. Ils ont réussi à faire dérèglementer la finance et le libre échange. les entreprises, les investisseurs puis les spéculateurs ont réalisé les délocalisations des producteurs de biens et de services. Au nom d'une plus grande productivité, les emplois sont déménagés là où les travailleurs sont rémunérés au taux de l'esclavage. Nous ne produisons plus les biens que nous consommons. On nous fait croire que nous payons moins cher nos achats et c'est faux. De toute facon nous sommes de plus en plus nombreux à ne plus être en mesure de les acheter. Les gouvernements nous leurrent en traficotant les calculs de l'augmentation de l'inflation en plus. Celui qui doit se déplacer sait qu'il paie ++++ pour ses besoins de transport et quand il fait l'épicerie il se rend compte que de semaine en semaine tout augmente beaucoup +++. Ces dépenses importantes sont majeures et grugent à fond dans le budget de tous mais les gouvernements calculent l'inflation sans tenir compte de nos dépenses de subsistances et de transport. Les politiciens nous dupent et nous ont abandonné aux mains des adeptes des Chicago Boys

    • Bernard Gervais - Inscrit 22 juillet 2013 15 h 32

      Assez d'accord avec vous. Il est vrai que si l'évasion fiscale était strictement interdite, les coffres de plusieurs pays d'Europe s'en porteraient mieux.

      Il est vrai également que bien des banques européennes ont depuis plusieurs années agi de manière irréfléchie, ce qui a aussi mené la situation économique actuelle que traverse le « Vieux Continent ». Quand on pense, par exemple, à toutes les créances de la Grèce (un pays quasi en faillite) détenues par des banques françaises !

      Cependant, comme vous l'ajoutez avec raison, l'influence des économistes, qui ont toujours prêché le libre marché, continue d'avoir un impact très négatif. Plein d'entreprises ont délocalisé leurs activités en Asie (où les salaires sont minimes), ce qui a beaucoup contribué à augmenter le chômage en Europe, surtout chez les jeunes générations.

  • Gilbert Talbot - Abonné 22 juillet 2013 10 h 05

    Ce sont les banquiers qui mènent.

    Les choses ne changent pas parce que ce sont les grands banquiers de la planète qui mène le jeu. Ils ne veulent pas qu'on s'attaque vraiment à l'évasion fiscale. Ils ne veulent pas de taxe sur les investissements, la taxe Tobin. Ils constituent le 1% qui domine le 99% et ça autant en Europe qu'en Chine ou aux USA. Tant que les gouvernements du G20 ne décideront pas de les arrêter, la crise va perdurer et empirer. Ce sont des criminels contre l'humanité du même ordre que les dictateurs africains:ils sont la source des guerres, des crises sociales et environnementales, ils se placent eux-même au-dessus des lois; ils ont les rois et les reines d'Angleterre et de Belgique dans leur club privé. Le bébé de Kate Middleton est leur futur chef.

  • Jean Boucher - Inscrit 22 juillet 2013 11 h 32

    Dépression ou crise ?

    Sommes-nous plutôt en dépression - quel vilain mot à faire peur à n'utiliser qu'avec précaution - qu'en crise économique en Europe ? Et pourtant ici les bourses US montent et montent avec de l'argent factice qui repose sur rien de vraiment concret, sauf l'espoir d'enfin s'en sortir un jour comme en Europe ? Est-ce mieux ici en Amérique ?/!* Quand on se regarde de plus près on ne se console pas toujours.

    Et dire qu'en 2008-2009 la grande majorité des "experts" en économie, médias et politiciens d'ici comme ailleurs n'ont jamais utilisé le mot dépression ou crise pour peut-être "ne pas nuire à l'économie", comme le répétait le premier ex premier ministre humoriste du Québec, mais plutôt ralentissement ou incertitude passagère. C'était peut-être juste une autre de ses bonnes blagues.