L'acquittement de Zimmerman - Régression profonde

L’affaire George Zimmerman, et pas uniquement son acquittement pour homicide involontaire, est une autre illustration des sursauts ségrégationnistes qui agitent encore et toujours les États-Unis. On en douterait qu’il suffirait de rappeler que la Cour suprême vient de rayer d’un trait de plume LE monument législatif des droits civiques, soit l’égalité des Afro-Américains en matière de droit de vote. Pour ces derniers, juillet s’est avéré le mois du cauchemar. Lequel ? La régression.

 

Tout ce que l’Amérique compte de commentateurs ou presque l’a dit. À notre tour de rependre ce qui s’est donc dit : si Trayvon Martin, le jeune Noir assassiné en février 2012, avait été blanc et si Zimmerman, celui qui l’a tué, avait été noir, l’évolution de cette histoire aurait été l’exact contraire de ce qu’elle a été. Et ce, dès le début. Car n’eût été la pression populaire, la police n’aurait pas modifié d’un pouce son constat initial : soit qu’il n’y a pas lieu de poursuivre Zimmerman puisqu’il a agi en légitime défense. Soit dit en passant, on notera que le drame s’est amorcé lorsque Zimmerman, qui s’était autoproclamé justicier du quartier, a appelé la police pour lui signaler qu’un suspect était dans les parages. La réponse du permanent ? « Nous n’avons pas besoin que vous fassiez ça. » Quoi donc ? Suivre Martin.

 

Et de deux, on peut parier mille milliards de dollars, voire bien davantage, que si Martin avait été blanc, jamais le jury n’aurait été composé de six femmes noires. Là encore, le choix des personnes chargées d’établir un verdict aurait été totalement différent de ce qu’il a été. Quoi d’autre ? Bizarrement, pour rester pondéré, la dimension raciale a été totalement évacuée lors du procès alors qu’elle était centrale dans les débats poursuivis à l’extérieur. Pourtant… Pourtant, c’est bel et bien Zimmerman, milicien autoproclamé donc toujours armé, qui a accosté Martin. Parce qu’il était noir, parce que sa tête était revêtue d’une capuche, parce qu’il arpentait une rue très majoritairement habitée par des Blancs. Bref, il était coupable par… avance ! Comme le furent des milliers et des milliers de « nègres » avant 1965. Avant l’adoption du Voting Rights Act.

 

De cette histoire et de ses conclusions embuées dans la peur et de tout ce qui lui est vicié, il faut espérer un sursaut légal. De quoi s’agit-il ? De l’élasticité accordée sciemment par les élus de l’État de la Floride au principe dit de la légitime défense. Dans ce coin de pays, la loi s’intitule plus exactement, il est important de le souligner, Stand Your Ground, ou « Défendez votre territoire ». Les auteurs de ce texte, qu’on se le dise, ont surpassé les maîtres de l’absurde. Comparé à cette exhortation de défendre son territoire, En attendant Godot est une comptine destinée aux jeunes filles en fleur. Car…

 

Car, tenez-vous bien, dans le cas qui nous occupe, il revenait aux avocats de Martin, un mort, de faire la preuve par A plus B que le meurtrier, un vivant, bien vivant, ne se trouvait pas en état de légitime défense. Plus précisément, la loi stipule que, si un individu a « la croyance raisonnable » qu’il est menacé, le droit d’agression lui revient. Raisonnable… Les défenseurs de Zimmerman ont eu beau jeu. Car cette loi, quand on y pense, accorde beaucoup plus de poids à la parole du défunt, donc la parole inexistante, qu’à celle du vivant. Il est bien possible que Zimmerman, après avoir interpellé Martin en employant les mots du vigile armé, donc les mots des diktats, ait été débordé par Martin et ait donc réagi comme on sait. Reste que Zimmerman ayant évité l’accusation d’homicide… involontaire, on peut avancer que le Stand Your Ground est la traduction en loi de la dialectique du déraisonnable.

 

Avant ce jugement, la Cour suprême avait donc décrété que les obligations légales faites aux neuf États du sud des États-Unis dans le but de garantir le droit de vote aux Noirs n’avaient plus de raison d’être. L’argument central évoqué par cinq des neuf magistrats de ce tribunal est le suivant : le contexte ayant changé, le Voting Rights Act doit être aboli.

 

Effectivement, le Noir qui a « piqué » 1,95 $ à sa patronne, à Marion dans l’Alabama, n’est plus condamné à mort comme ce fut le cas en 1958. Effectivement, on ne brûle plus les églises, etc. Reste que plus ça change, plus c’est pareil, comme l’enseigne le dicton populaire. À preuve, au Texas, le ministère de la Justice multiplie les embûches pour que le conseil d’une commission scolaire ne soit pas composé majoritairement d’Afro-Américains. Ce dossier est le symbole de ceci : les « p’tits Blancs » disposent encore et toujours d’une frappe financière leur permettant de faire barrage aux Noirs. Pour dire les choses comme elles sont, « ce pays est en proie à un racisme persistant », dixit le New York Times, pour la mauvaise et vicieuse raison que les partis démocrate et républicain ont établi dans les années 90 un modus vivendi sur la relation entre le Noir et le Blanc. Lequel ? On ne parle plus de cela. Bref, l’horizon de la ségrégation est encombré de maux. Point.

28 commentaires
  • Sébastien Paquin - Inscrit 17 juillet 2013 04 h 41

    Légitime défense

    Les problème des médias et des gens choqués par le verdict, c'est de regardez partout sauf là où ça compte. Peut importe les circonstances ayant menées au drame, il y a eu un moment où Trayvon Martin était par dessus Zimmeran et en train de la tabassser. Zimmerman à senti sa vie menancée et a fait feu. C'était une question de légitime défense. La question raciale ou la loi "Stand your-ground" n'avaient rien à voir la dedans.

    • France Marcotte - Abonnée 17 juillet 2013 06 h 39

      Quel avenir pour l'humanité, pour le Québec, avec des gens à la pensée sous séquestre comme vous?

    • Daniel Courville - Inscrit 17 juillet 2013 06 h 41

      André Pratte vous attend à La Presse.

    • Franklin Bernard - Inscrit 17 juillet 2013 08 h 14

      Psrce que vous croyez à cette histoire manifestement fabriquée de toutes pièces? Zimmermann est un jeune homme dans la vingtaine avancé, assez costaud, entraîné dans les arts martiaux, portant un pistolet à la ceinture, avec une balle dans la chambre, prête à faire feu. Trayvor Martin est un ado assez frêle, armé d'une canette de soda, qui rentre chez lui sans rien demander à personne. Le candidat-flic Zimmermann le suit, en marmonnant des propos racistes et menaçants et, malgré l'ordre de la (vraie) police, continue de le suivre jusqu'à ce qu'une confrontation s'ensuive. Et c'est lui qui devient l'agressé? C'est l'ado qui devient l'agresseur et menace sa vie? De qui se moque-t-on?

      Ce procès était truqué depuis le début parce que c'était le procès d'un blanc contre un noir, le procès du principe de légitime défense (qui permet à n'importe qui de tuer n'importe qui en prétendant ensuite avoir été agressé), et c'était le procès du droit de porter des armes. Il ne FALLAIT surtout pas que la poursuite gagne, et tout a été préparé en vue de l'acquittement: poursuite apparemment volontairement inefficace, jury exclusivement blanc, témoins de la défense exclusivement blancs (sauf une, je crois), témoins à charge facilement retournés par la défense en témoins à décharge, etc...

      On se croitit dans les années 50. L'Amérique qui a amené Obama au pouvoir n'a jamais été aussi raciste depuis 50 ans. Ni aussi assoiffée de violence et d'armes à feu.

    • Sylvain Auclair - Abonné 17 juillet 2013 09 h 27

      Étiez-vous présent?

    • Simon Chamberland - Inscrit 17 juillet 2013 10 h 09

      @Sylvaian Auclair :

      Et vous ? En l'absence de témoins visuels, seuls comptent les expertisent balistiques et le témoignage de Zimmerman.

      @ France Marcotte : Quel genre d'avenir et pour le Québec et l'humanité avec des gens qui se laissent tabasser ?

    • Marc Sauvageau - Inscrit 17 juillet 2013 12 h 48

      Zimmerman tabassé ! C'est de la pure fantaisie. Les nouvelles américaines ont montré une vidéo de l'arrivée de ce meurtrier au poste de police, peu de temps après avoir tiré sur sa victime. On voit très bien son visage. Aucune écchymose, aucune enflure, un visage propre, à peine une égratignure à l'arrière de la tête et un saignement de nez ont affirmé les policiers.

    • Sébastien Paquin - Inscrit 17 juillet 2013 17 h 04

      @Marc Sauvageau, Franklin Bernard

      Le niveau de désinformation ici est incroyable. Vous voulez seulement croire la "réalité" qui fait votre affaire en ignorant les faits que même la majorité des "pro Trayvon" reconnaissent.

      Selon vous, le procureur, le juge, le jury et les avocats ont tous mentis et le procès était une masquarade?

    • Franklin Bernard - Inscrit 18 juillet 2013 17 h 58

      M. Auclair, et vous?

      M. Paquin, avez-vous, comme moi, suivi cette affaire dans ses détails dès le tout début à la télévision américaine?

  • Jaber Lutfi - Inscrit 17 juillet 2013 06 h 38

    Surveillez la justice.

    Le noeud du problème n'est pas la cultrure raciste en elle même.

    Le problème est une justice tellement brouillon, administrée avec si peu de rigueur intellectuelle que, à toute étape du processus judiciaire, tout intervenant peut faire passer pour jugement raisonné son racisme, sexisme, homophobie, sadisme, négligence ou même corruption.
    Surveillez la justice.

    • Johanne Fontaine - Abonnée 17 juillet 2013 10 h 26

      Bonne analyse, Monsieur Lufti.

      Je suis d'accord
      que le problème dépasse le racisme.

      Et à mon avis, ici,
      c'est pareil:
      l'establishment local
      utilise le système de justice
      pour régler ses comptes
      avec des citoyens jugés
      non-conformistes.

      Avec mes trois enfants
      métissés haïtiens,
      adultes maintenant,
      j'en sais quelque chose...

      Johanne Fontaine

  • Francis Lévesque - Inscrit 17 juillet 2013 08 h 23

    Analyse biaisée

    Vous tenez pour acquis que si Zimmerman avait été noir, le résultat aurait été tout le contraire. Ce n'est pourtant pas nécessairement vrai. La justice est souvent représentée par Thémis, déesse grecque dont les yeux sont bandés. La justice ne regarde pas la couleur de votre peau ni votre classe sociale.

    Des témoins sont venus dire que Martin avait agressé Zimmerman. Si le jury a cru ces témoins, le verdict est fondé. Ce qui est raciste est de prétendre que la justice ne sert qu'aux blancs et que les procès sont partiaux. Il s'agit d'un article sans fondement et profondément... injuste envers la justice. Les Américains ont le droit constitutionnel d'être jugés devant jury et d'obtenir la protection de la loi.

    N'oublions pas que Zimmerman est hispanique et a un grand-père afro-péruvien. La preuve n'a pas démontré que Zimmerman était motivé par la haine ou par le racisme. Le système judiciaire est un bien mauvais endroit pour faire de la politique M. Truffaut.

    Dans votre article, vous dites que « [Martin]était coupable par… avance! Comme le furent des milliers et des milliers de « nègres» avant 1965. Avant l’adoption du Voting Rights Act ». Cependant, on doit retenir de votre analyse que, pour vous, Zimmerman était coupable d'emblée et que la thèse de la légitime défense était absurde... par avance!

    • Jaber Lutfi - Inscrit 18 juillet 2013 06 h 50

      Que vous êtes confiant envers la justice Monsieur Lévesque!
      Vous vous en tenez à "l'idée" de Justice. Mais dans les faits...allez-voir en cours d'appel (qui fonctionne à l'année longue). Vous seriez étonné de ce qu'on voit dans les tribunaux.
      Demandez au premier avocat que vous rencontrez il vous dira que dans n'importe quel cas vous pouvez avoir le plus solide dossier du monde et vous pouvez quand-même perdre. Le juge peut ne pas vous écouter. Le juge peut mal lire la preuve ou mal l'interpréter. Vous pouvez rencontrer des procureurs déviants qui s'acharnent maladivement contre vous pour des raisons que vous ignorez...Ils appellent ça le "facteur humain". Et ce facteur humain traverse de bord en bord le système. Ils n'ont que ce mot à la bouche pour justifier leur insouciance.

  • Bernard Terreault - Abonné 17 juillet 2013 08 h 34

    Stand your ground

    Dans le langage populaire des ÉU, "Stand your ground" est l'équivalent de notre "Tiens ton bout".

    • Olivier Carrier - Inscrit 17 juillet 2013 23 h 50

      "Tiens ton bout" fait référence à un point, une idée. Stand your ground, qui ne pas du slang, fait littéralement référence à un lieu physique. Je trouve ça assez différent dans le contexte.

  • Martin Pochet - Inscrit 17 juillet 2013 09 h 35

    Une décision juste.

    M. Truffaut, vous affirmez que Trayvon Martin était condamné par avance or que faites vous donc si ce n'est condamner l'acte de George Zimmerman en ne vous basant sur rien de tangible en dehors de vos propres a priori ? Rappelons que le jury populaire ne s'est nullement prononcé sur la culpabilité ou l'innoncence de George Zimmerman mais a simplement expliqué qu'il ne pouvait le faire au regard des preuves apportées par l'accusation (cf. le "doute raisonnable"). Sa relaxe n'est ni plus ni moins que l'application du principe en vertu duquel dans le doute, on préfère savoir un coupable en liberté qu'un innocent en prison. Légitime défense ou crime raciste ? Nul ne le sera jamais, c'est ainsi. Inutile d'accuser les uns et les autres de racisme sur du vent latent au risque d'exacerber les rancoeurs communautaires.