Politique énergétique du Québec - Une cible audacieuse

Le gouvernement de Pauline Marois amorce un processus de consultation qui conduira à l’adoption en 2014 d’une nouvelle politique énergétique pour le Québec. Le but est moins de définir des objectifs, car ils sont déjà arrêtés pour l’essentiel, que de rechercher l’appui des Québécois à une politique qui concilie préoccupations environnementales et économiques.

 

Le Parti québécois avait promis d’adopter une telle politique au cours des 12 premiers mois de son mandat. Alors que s’achève sa première année, il se donne quelques mois supplémentaires pour y arriver. En cette matière, comme en bien d’autres, il avait sous-évalué la complexité du processus gouvernemental de décision. On ne le lui reprochera pas. La précipitation est la pire des approches.


En apparence, les Québécois partagent l’objectif premier de la politique énergétique proposée, qui est la réduction des gaz à effet de serre. Ils sont parmi les Canadiens les plus préoccupés par le réchauffement climatique et les plus enclins à appuyer les cibles fixées par le protocole de Kyoto. En réalité, leurs comportements ne correspondent pas toujours aux convictions qu’ils affichent. Ils sont parmi les consommateurs d’énergie les plus avides au monde, avalant cinq tonnes d’équivalent pétrole par année en moyenne par personne. Ils sont partagés quand il s’agit de sacrifier leur bien-être économique à la protection de l’environnement. Certains voudraient exploiter les réserves d’hydrocarbures découvertes à Anticosti et dans le golfe Saint-Laurent, alors que d’autres souhaitent les y laisser pour le bien de la planète.


Le gouvernement Marois n’est pas différent à cet égard de l’ensemble de la société québécoise. Au cours de cette première année, on a vu s’affronter publiquement les « verts » et les « économiques » au sein du cabinet. Souvent, la première ministre a dû trancher, faisant valoir l’argument de nécessité économique, comme dans le cas du projet d’inversion du flux du pipeline Sarnia-Montréal pour permettre le raffinage au Québec du pétrole bitumineux d’Alberta.


Avant de lancer la consultation sur sa politique énergétique, le gouvernement Marois se devait de réaliser ses propres consensus et définir ses objectifs pour orienter le débat. Pour réduire les GES, il misera sur l’électrification des transports, l’efficacité énergétique et la production d’énergies renouvelables, sans pour autant mettre au ban le pétrole. Pour assurer la sécurité des approvisionnements énergétiques, et pour y trouver des revenus qui enrichiront collectivement les Québécois, il confirme sa volonté de permettre l’exploration et l’exploitation responsable des hydrocarbures sur le territoire québécois.


On verra là une contradiction entre cette mesure et l’objectif de réduction des GES. Les groupes environnementaux la relèveront, puisque l’exploitation du pétrole produira des GES. Ils auront raison sous l’angle d’une préoccupation strictement environnementale, mais il faut aussi prendre en compte la nécessité économique, ce que ne peut ignorer un gouvernement.


Pour convaincre de sa bonne volonté environnementale, le gouvernement se donne des objectifs plus qu’ambitieux en matière de lutte contre les GES. Il entend réduire leurs émissions de 25 % sous le niveau de 1990 d’ici à 2020. Quand on sait que le gouvernement précédent s’était fixé de les réduire de 6 % à la fin de 2012 et n’a obtenu qu’une réduction de 2 %, on ne peut qu’être dubitatif. Encore plus quand on assure qu’on ne dérogera pas de cette cible peu importe ce qui arrivera en matière d’exploitation du pétrole. Il y a là un peu de poudre aux yeux électoraliste, alors que l’exercice qui s’engage devrait consister à regarder froidement les enjeux auxquels le Québec est confronté, aussi bien au plan environnemental qu’économique.

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17 commentaires
  • Mario Jodoin - Abonné 6 juillet 2013 03 h 21

    Désespoir...

    «Pour réduire les GES, il misera sur l’électrification des transports»

    Euh... Disons que j'attends les mesures concrètes! Pour l'instant, ce ne sont que des mots.

    «Ils auront raison sous l’angle d’une préoccupation strictement environnementale, mais il faut aussi prendre en compte la nécessité économique»

    Comme si l'environnement était une question étrangère à l'économie... L'environnement est le stock de toute économie! L'auteur semble penser que l'économie n'est que le flux de ce qu'on retire du stock. Or, le stock, pendant ce temps, il diminue... En langage clair, on appelle ça l'épuisement des ressources.

    Et les objectifs... Qui est le plus fort, celui qui promet un taux de diplomation de 85 % ou de 90 % ? Tant qu'il ne fait rien pour atteindre ses cibles, il ne fait que ne rien faire...

    • Normand Carrier - Inscrit 7 juillet 2013 06 h 38

      Que dire monsieur Jodoin du gouvernement Harper qui non seulement a réduit considérablement ses objectifs environnementaux dont les G.E.S mais renié Kyoto a la face du monde ?

    • Sylvain Auclair - Abonné 8 juillet 2013 10 h 42

      En effet, ce ne sont que des mots. Et 2020, c'est demain matin.

      (Et notons que l'urbanisme influence la demande de transport. Les développements de monster houses sur des terrains éloignés engendrent une demande accrue de transport automobile. Il est à peu près impossible à un réseau de TEC, qu'il s'agisse d'autobus ou de trains, de desservir des zones à faible densité.)

    • Sylvain Auclair - Abonné 8 juillet 2013 10 h 43

      À monsieur Carrier.
      À tout prendre, je préfère la franchise de M. Harper aux mensonges libéraux, qui passaient partout pour des écolos mais ne faisaient strictement rien pour atteindre les buts qu'ils s'étaient fixés.

    • Sylvain Auclair - Abonné 8 juillet 2013 14 h 27

      Moi aussi, j'attends les mesures concrètes.

      Quant à la décision de Stephen Harper, monsieur Carrier, j'apprécie quand même mieux sa franchise que le pseudo-vert d'un parti libéral qui ne faisait en fait rien pour atteindre les minimes objectifs de Kyoto.

  • Normand Carrier - Inscrit 6 juillet 2013 06 h 46

    Difficille conciliation ......

    Les objectifs du gouvernement Marois sont très ambitieux et de là l'importance de cette consultation qui est prévue a l'automne ..... C'est un arbitrage toujours difficille entre les <écolos> et les <économiques> ... Nul doute que certains seront insatisfaits des décisions prises après cette consultation car pour eux l'exploitation du pétrole devrait être banni et d'autres voudraient l'exploiter sans aucune considération environnementale ......

    L'important pour la majorité des Québécois en sera un juste arbitrage et de s'assurer que le pétrole soit exploité dans un environnement responsable , sécuritaire et en ligne avec les objectifs de réduction des G.E.S. que l'on se sera donnés collectivement ..... Par le fait même , le Québec sera un modèle comparé aux autres provinces qui exploitent le pétrole et le gaz et ceci particulièrement avec l'Alberta et son exploitation de sables bitumineux qui est le pire modèle a suivre ....

    L'actuel gouvernement du PQ est celui qui devrait faire le meilleur arbitrage sur ce sujet compte tenu des précautions et des consultations qu'il prend car un jour si le PLQ ou la CAQ se retrouve au pouvoir , soyez assuré qu'ils exploiteront tout le pétrole et le gaz sans prendre le minimum de précautions .... La CAQ de Francois Legault n'a qu'une priorité et c'est l'économie et on peut dire la même chose du PLQ lequel traine un passé désastreux sur l'exploitation des gaz de schiste et de son triste bilan environnementale ....

  • Pierre Couture - Inscrit 6 juillet 2013 08 h 54

    Déficit de crédibilité

    Quand on considère que le gouvernement Marois est disposé à gaspiller 8 milliards de nos dollars dans la malencontreuse aventure des éoliennes, on peut légitimement douter du reste de la politique énergétique.

    Quand on voit ce gouvernement promettre à la fois d'exploiter les hydrocarbures fossiles et de réduire les gaz à effet de serre, on voit toute la crédibilité qu'on doit accorder à ces promesses.

    Ne serait-il pas temps que ce gouvernement se préoccupe un peu moins des relations publiques et un peu plus du bien public?

  • Patrick Boulanger - Abonné 6 juillet 2013 08 h 57

    Réduire les émissions de 25% sous le niveau de 1990 d'ici 2020 me semble audacieux et j'espère que le PQ va se donner les moyens de ses ambitions. Il va sans dire qu'un nouveau « Il aurait été irresponsable de respecter la promesse électorale (Nicolas Marceau) » après les prochaines élections générales serait particulièrement désagréable à entendre. Espérons que les citoyens et les médias vont être aux aguets pour qu'on ne s'en fasse pas passer une « petite vite » lors du prochain rendez-vous électoral.

  • Solange Bolduc - Inscrite 6 juillet 2013 10 h 06

    De quoi réfléchir !

    La ville de Lac Mégantic en feu devrait donner à réfléchir sérieusement au Gouvernement en ce qui concerne particulièrement le transport du pétrole d’Alberta.

    • Simon Chamberland - Inscrit 7 juillet 2013 07 h 40

      Ou de n'importe quel autre pétrole, qu'il provienne d'Algérie, d'Alberta ou d'une pétrodicture comme l'Arabie Saoudite ou le Vénézuela.

      C'est pourquoi il faut réduire la consommation de pétrole au plus vite.