Fluoration de l’eau - Craindre les peurs extrêmes

Les «perceptions négatives» à l’égard de la fluoration de l’eau potable sont exagérées, a souligné avec raison Réjean Hébert, mercredi. Le ministre de la Santé commentait la manchette du Devoir selon laquelle la Direction de la santé publique prépare une nouvelle offensive pour la fluoration. Elle compte faire passer le taux de pénétration de cette mesure de 3 % à 50 % d’ici 2018.

Une commission parlementaire a eu lieu ce printemps sur le sujet. Il fallait y entendre certains opposants à cette mesure tenir des propos conspirationnistes. Des relations de cause à effet douteuses, basées sur des études lointaines, étaient faites sans ambages. La fluoration causerait l’autisme et ferait chuter le quotient intellectuel moyen ; rien que ça.


Cela, heureusement, n’a pas convaincu les élus siégeant à la Commission de la santé et des services sociaux. Dans leur rapport, ils se sont dits « assurés des avantages de la fluoration de l’eau potable comme mesure de prévention de la carie dentaire », très présente au Québec. L’« acceptabilité sociale » n’y est toutefois pas, ont-ils concédé.


La notion est devenue clé dans la prise de décision contemporaine, comme le « principe de précaution », lequel a même été constitutionnalisé dans certains pays (France). Bien sûr, après des décennies où la science et la technique s’étaient fourvoyées au sujet de mesures et de produits s’étant avérés très dommageables (DDT, thalidomide, BPC, etc.), militants et citoyens n’ont plus envie de faire confiance les yeux fermés et préfèrent cultiver les « perceptions négatives ». Le philosophe Hans Jonas, concepteur du « principe de précaution », soutenait qu’à notre époque, il y a une « heuristique de la peur ». Elle serait source de savoir.


Dans certaines occasions toutefois - l’ancien ministre de la Santé Yves Bolduc l’a rappelé lors de la Commission - le fameux principe peut dégénérer : « Même la pasteurisation du lait […] ne passerait pas ce test-là ! »


L’exploitation de l’uranium, du pétrole, des gaz de schiste, l’utilisation massive des vaccins, etc. peuvent faire peur. Doit-on pour autant tout rejeter en bloc ? Ne peut-on pas, dans certains cas, recommencer à faire confiance à une majorité des scientifiques ? Les opposants à la fluoration rétorqueront qu’il y a peut-être des méthodes plus simples pour réduire la carie dentaire : «Se brosser les dents plus souvent et manger moins de sucre.» Ils n’ont assurément pas tort : ce « principe du gros bon sens » devrait être appliqué avant toute chose ! Nul besoin pour eux, toutefois, de s’adonner à un conspirationnisme pour combattre la fluoration.

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