Soulèvement des Égyptiens - Le coup militaire

Des jours durant, des millions d’Égyptiens l’ont réclamé à cor et à cri, l’armée l’a réalisé. Quoi donc ? Un coup militaire qui n’est pas un coup d’État militaire. Dans les heures suivant la fin de l’ultimatum adressé au président et mandarin des Frères musulmans, Mohamed Morsi, le chef d’état-major Abdel al-Sissi a ordonné que ce dernier soit assigné à résidence, et dévoilée lors d’une allocution télévisée la feuille de route imposée au pays. Celle-ci stipule que le président de la Cour constitutionnelle devient président par intérim qui aura pour mandat de former un gouvernement technocratique et d’organiser des élections au cours des prochains mois. Quoi d’autre ? La constitution est évidemment suspendue et les militaires vont retourner dans leurs quartiers. Pour l’instant du moins.


Si, il y a quelques semaines encore, l’issue des événements observée mercredi n’était pas prévisible, il était écrit dans le ciel que l’armée et les Frères musulmans croiseraient le fer tôt ou tard. Car au cours des derniers mois, ces derniers, par Morsi interposé, ont mené ce qu’il faut bien appeler une purge au sein de l’appareil d’État, au sein de toutes les administrations, en renvoyant cadres supérieurs et subalternes pour mieux les remplacer par les membres de leur confrérie. Bref, Morsi et consorts ont poursuivi une politique considérée par la majorité des citoyens comme une islamisation tous azimuts.


Qui plus est, au lieu de jouer l’apaisement avec une opposition qui a tout de même récolté 49 % des suffrages lors de la présidentielle de juin 2012, Morsi et les siens ont pris un soin méticuleux à « détruire » les leaders de cette opposition. Non seulement ça, ils se sont également appliqués à museler les médias comme le faisaient Hosni Moubarak et ses prédécesseurs. Bref, le souci démocratique exprimé lors du printemps arabe a été ramené par Morsi et les siens à un amas de confettis. Ce n’est pas tout.


Là où les Frères musulmans ont fait la preuve par A plus B que leur corpus idéologique est perclus de féodalismes, c’est sur la place à accorder aux femmes. Un, dans la foulée de leur victoire aux législatives, ils ont réduit le nombre d’élues de 15 % sous Moubarak à moins de 3 %. Deux, Morsi et ses satrapes n’ont pas bougé le petit doigt pour stopper ce qu’il faut bien appeler une épidémie d’agressions sexuelles. Trois, ils se sont appliqués à gommer la présence de la femme dans la fonction publique.


Cela étant, l’armée va encore une fois tirer les ficelles politiques du pays. Il faut évidemment espérer qu’elle s’en tiendra au rôle qu’elle s’est donné. Autrement dit, il faut espérer une mise en berne de son ADN politique dont le moteur s’appelle la dictature.

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