Loi spéciale à Québec - Le bâtiment ne va pas

Quand le bâtiment va, tout va, dit-on. C’est en se répétant cela que les députés ont voté une autre loi spéciale en matière de construction, au Québec, lundi.


Le gouvernement et les partis d’opposition se sont disputés, ont chacun cherché à sortir de l’impasse ce domaine névralgique de l’économie… tout en protégeant leurs intérêts. Le gouvernement Marois a déposé un projet de loi qui avantageait clairement les syndicats. C’était une position de négociation politique ; dans les faits, il était prêt à donner une durée de deux ans à sa loi. En ramenant le tout à un an, l’opposition a souhaité rééquilibrer les choses en faveur des patrons. Mais le PLQ et la CAQ y ont aussi vu un avantage électoral.


Philippe Couillard et François Legault ont beau dire que maintenant la négociation peut recommencer, on se demande bien ce qui précipitera, au mois d’août, les patrons à le faire. N’auront-ils pas avantage à attendre l’approche de l’échéance du 1er juillet 2014 ? Surtout qu’entre-temps, un gouvernement plus enclin à les « aider » risque d’arriver au pouvoir. Autre loi spéciale en vue ?


À la vérité, le bâtiment ne va pas. Les deux parties en présence, patrons de la construction et syndicats, ont des réputations entachées. D’une part, depuis 2009, nombre de reportages ont mis en relief les liens douteux entre certains leaders syndicaux et de grands patrons controversés. De plus, les vieilles pratiques d’« intimidation », qu’on croyait choses du passé, ont refait surface. La démocratie syndicale ne semble pas très participative…


Ce nouveau contexte a permis aux patrons d’obtenir une réforme radicale du placement des employés. (Autre dossier difficile qui rebondira en fin d’été !) Dans les négociations actuelles, les associations patronales font montre, devant un adversaire affaibli, d’une fermeté inhabituelle. Est-ce pour récupérer les sommes qu’ils ne pourront plus aller chercher en appels d’offres truqués et en faux extras ? La question peut sembler cynique, mais la partie patronale aussi se trouve extrêmement discréditée en cette ère Charbonneau. Pensez à cet incroyable aveu de travail au noir effectué par l’Association de la construction (ACQ), dans une lettre du 28 juin à Pauline Marois : les employeurs sont « la plupart du temps […] contraints de faire travailler des salariés le samedi sans le déclarer aux autorités fiscales ». Avec raison, la ministre Agnès Maltais a mandaté la Commission de la construction du Québec pour enquêter sur le sujet. Vraiment, le bâtiment ne va pas.

À voir en vidéo