Volte-face sur «Culture et communication» - Leçon de méfiance

Ce n’est sûrement pas ici que l’on reprochera au ministre de l’Enseignement supérieur, Pierre Duchesne, de changer d’idée. Réintroduire les mots « Arts et lettres » dans le titre du programme collégial - qui avait été rebaptisé « Culture et communication » - rejoint précisément le souhait que nous avions formulé début mai.

De plus, le compromis « Arts, lettres et communication » convient. Il traduit la nécessité de conserver ce qui doit absolument l’être dans une culture générale, soit les fondements, les oeuvres anciennes, la transmission. Les voyages forment la jeunesse, oui. A fortiori les voyages dans le temps qu’est la méditation sur des oeuvres objectivement vieillies (mais qui sont souvent plus « nouvelles » que bien des contemporaines). Ces déplacements décentrent de « l’actualité » de la « communication », permettent de prendre une distance salutaire d’avec notre présent qui se prend pour le nombril des temps. Ainsi, lorsque le ministre déclare que ces deux mots représentaient « un symbole important pour des gens du monde littéraire », il a raison ; mais en même temps, il y a là beaucoup plus qu’un « symbole » !


L’ajout du terme « communication » ralliera ceux qui s’inquiétaient pour la désaffection à l’endroit de ce programme, espérons-le. En fait, si celui-ci était devenu moins attrayant aux yeux des étudiants, c’est aussi parce qu’il consistait en une filière « légère », comportant 30 heures de cours de moins que les autres. En le redéfinissant, le ministère a corrigé cette lacune de fond.


Exaspérés par cette polémique, certains répètent que ce n’est là qu’un « titre » de programme. Mais si un « titre » est aussi peu important, pourquoi alors avoir voulu le changer ? Et si c’était, en partie, parce qu’au ministère de l’Éducation et dans une partie du réseau, on est atteint de « réformite » ?


S’il y a une leçon à tirer pour le ministre dans cette mésaventure, ce devrait être celle-là : se méfier de la « réformite ». De ce désir de la table rase qui habite trop de ces « gestionnaires » de l’éducation ; ceux-là qui ignorent la pratique du métier de transmettre ou l’ont désertée depuis longtemps. C’est sans doute pourquoi, d’ailleurs, ils avaient sous-estimé la grogne devant ce changement de nom. Et qu’ils n’en avaient pas informé le ministre.


Une saine méfiance à cet égard pourra sans doute éviter à M. Duchesne d’autres volte-face. En soi, « il n’y a que les fous qui ne changent pas d’idée », comme l’avait dit René Lévesque en rectifiant le tir au sujet de la Baie-James. Reste que le gouvernement Marois en a beaucoup, voire trop, à son actif, malgré son jeune âge.

1 commentaire
  • Richard Maltais Desjardins - Abonné 29 juin 2013 08 h 27

    C'est clair, c'est net : c'est français!

    « la nécessité de conserver ce qui doit absolument l’être dans une culture générale, soit les fondements, les oeuvres anciennes, la transmission ». Monsieur Robitaille ne doit pas oublier (à supposer qu'il le sache) que cette vocation de conservation est déjà assignée à la composante de formation générale à laquelle les élèves de tous les programmes sont exposés, avec une insistance généralement plus grande dans ce programme que dans bien d'autres.

    Mais qui s'intéresse à de telles nuances, alors qu'il est tellement plus simple de varloper les fonctionnaires, par nature incompétents et déconnectés de la réalité (notre territoire!) et de saluer la couardise d'un ministre qui préfère soigner son image plutôt que de respecter le travail de son monde.

    Enfin, on notera que de Lettres, il n'y en a pas que les 26 de l'alphabet plus celles de ces anciens dont la fréquentation semble avoir procuré à monsieur Robitaille la fierté d'un beau lustre de culture.