La saga d'Edward Snowden - Le bal des vampires

Depuis le début de la présente semaine, les autorités chinoises, russes et américaines interprètent le bal des vampires de l’information, dont Edward Snowden, ancien employé d’une entreprise privée sous contrat avec la publique et très secrète National Security Agency (NSA), est le chorégraphe par défaut. Entendre le secrétaire d’État John Kerry ironiser sur la conception que Moscou et Pékin se font de la liberté d’expression alors qu’il représente un pays dont on vient d’apprendre qu’il a ciselé des milliers de ruses cybernétiques contre des administrations et entreprises chinoises et russes, c’est un peu fort de café. Inversement, entendre les mandarins de Moscou et Pékin faire la leçon en justice à Washington en mimant les vierges offensées, c’est un peu fort de thé.


Chose certaine, de l’embarras dans lequel est plongé Washington, il se dégage un enseignement : la furia sécuritaire provoquée par les attentats du 11 septembre 2001 a eu un effet pervers énorme. Lequel ? L’État américain a fait appel à tant d’entreprises privées qu’il n’est plus en mesure de contrôler la machine construite dans la foulée du Patriot Act et des décrets secrets qu’il suppose et que Bush a signés avant qu’Obama les adopte. À ce propos, il faut souligner que dans une entrevue accordée à un quotidien chinois, Snowden confie qu’il voulait travailler pour la compagnie Booz Allen Hamilton, après avoir été employé par la NSA, parce qu’elle constitue un poste d’observation par excellence pour qui veut enregistrer les informations afférentes aux programmes de surveillance secrets de la NSA !


Pour la Maison-Blanche, l’embarras est d’autant plus prononcé que si Moscou ou Pékin mettent la main sur les millions d’éléments renfermés dans les clés USB que détient toujours Snowden, alors ses ingénieurs pourront remonter ou décrypter, en tout ou en partie, la mécanique de la NSA. Et ce, alors que les éléments en question sont réputés banals ou inutiles sur le plan de l’information politique et économique.


À la faveur du dernier acte de ce qui s’annonce une saga, on a appris que sur les 80 milliards que le gouvernement américain dépense bon an, mal an aux opérations de renseignements, les trois quarts vont aux sociétés privées. On insiste : au cours des dix dernières années, on a privatisé à tout va la sécurité qu’induit le monopole de la violence détenu par l’État. Ajoutons que Google, Facebook et autres se vantent d’être en mesure de décliner des faits et gestes de citoyens en quantité astronomique. Ajoutons qu’un million d’Américains ont accès au « top secret ». Déprimant ! D’autant que cette histoire a suscité trop peu de contestations jusqu’à présent.