Accusations contre Tony Accurso - Les gros «toucheurs»

Le dépôt d’une tonne d’accusations - 928 ! - mercredi, contre Antonio Accurso, un de ses associés et d’anciennes entreprises lui ayant appartenu, a quelque chose de rassurant. Revenu Québec, conscrit en 2010 pour accélérer le « retour à l’équilibre budgétaire », semble être désormais résolu à s’intéresser à de - présumés - « gros poissons ». Et non plus simplement à harceler les « vairons » (oui, les menés…).


Depuis 2010, les gouvernements à Québec ont imposé à l’Agence du revenu (RQ) des cibles exigeantes afin que l’État récupère une partie des sommes évaporées dans les pratiques d’évasion fiscale. Après la crise de 2008, il fallait que tout le monde paie sa « juste part ». En 2011-2012, la récupération fiscale a représenté 3,285 milliards. En 2013-2014, on vise 3,866 milliards !


Jusqu’à maintenant, on avait toutefois l’impression que seuls les petits contribuables en faisaient les frais. Dès mars 2011, Amir Khadir, avec raison, s’en était plaint. À la suite de plusieurs reportages télévisés mettant en relief des pratiques « brutales » de RQ auprès de « petits contribuables », le député de Québec solidaire avait réclamé plus de respect de la part de l’État : « Les petits contribuables, les petites entreprises, les moyennes entreprises, sont des cibles plus faciles », notait-il, car ils ont « moins d’avocats, moins de fiscalistes à leur disposition ». Afin de survolter la « récupération fiscale », RQ avait cédé à la tentation de ne s’en prendre qu’à eux. Tel contribuable gagnant environ 500 $ net toutes les deux semaines devait 1700 $ en impôt impayé. « Un vendredi, son compte en banque est gelé. Est-ce que c’est lui qui doit être la cible de Revenu Québec ou un Tony Accurso ? », s’interrogeait pertinemment le député de Mercier.


Bien sûr, toute fraude est condamnable. Mais à l’époque, Revenu Canada avait déjà déposé moult accusations à l’endroit du controversé empereur de la construction au Québec. Il a fallu attendre plus de deux ans pour que RQ fasse de même. Entre autres en raison du manque de collaboration de Revenu Canada (RC), qui refusa de transmettre ses informations d’enquête à l’agence québécoise. Celle-ci a même dû obtenir, en juillet et en septembre 2011, des mandats de perquisition afin d’aller recueillir l’information de RC. Heureusement, la collaboration a marqué les rapports entre l’UPAC et Revenu Québec. Autre aspect rassurant de cette enquête judicieusement baptisée Touch, du nom du fameux yacht de l’entrepreneur.


Peu importe le dénouement de cette affaire, qui pourrait traîner, le dépôt d’accusations de fraude fiscale, de fausses factures et de fausses demandes de remboursement de crédit et taxes contre « Tony » Accurso est un autre signal fort dans l’exercice de purge que les secteurs de la construction et de la politique traversent depuis mars 2009. Normal, tout a commencé par les révélations des médias sur les croisières à bord du fastueux Touch, qui accueillait de gros toucheurs présumés, comme le président du comité exécutif Frank Zampino. Il faut le dire : la prise de conscience n’a pas été immédiate. M. Zampino répondit dans un premier temps que tout cela relevait de sa vie privée. Chef syndical et dirigeant d’un gigantesque fonds d’investissement, Michel Arsenault, de la FTQ, avait pour sa part rétorqué que l’entrepreneur était exemplaire : « Je souhaiterais en avoir 50, 60, Tony Accurso au Québec ! » À l’endroit des médias, ce dernier dégainait rapidement : tout journaliste qui en parlait risquait la mise en demeure. Si les journalistes avaient cédé à l’intimidation, les gros poissons feraient des affaires impunément aujourd’hui.


 
8 commentaires
  • Nicole Bernier - Inscrite 27 juin 2013 06 h 55

    Qui va oser faire l'analyse de ces 928 accusations et essayer de reconstituer le réseaux de contacts derrière ce personnage? Les journalistes???

    Finir l'article en disant: "Si les journalistes avaient cédé à l’intimidation, les gros poissons feraient des affaires impunément aujourd’hui."

    Je suis sidérée que cet article mette en valeur seulement les journalistes (un peu, un de nos politiciens et ces revendications, un peu le gouvernement), car la pression et les conséquences de ces gens malhonnètes ont été bien plus graves pour les travailleurs qui ont refusé leur chantage quotidien... qui ont perdu leur emplois... ou qui ont lutté quotidiennement pour ne pas s'enliser dans ces combines tordues.

    De grâce, un peu moins d'individualisme professionel ou d'auto-congratulation d'autant plus que ce n'est pas vous, les journalistes, qui auront à porter le fardeau de la preuve contre le réseau de M. Accurso..

    • Denis Marseille - Inscrit 27 juin 2013 12 h 44

      Je ne suis pas d'accord avec vous madame Bernier.

      Si ce n'avait pas été des journalistes, nous ne saurions pas grand chose car la commission Charbonneau n'aurait jamais eu lieu si les médias n'avait galvanisé l'opinion publique au détriment du gouvernement Charest.

      Sans les journalistes, les maires de Montréal et de Laval seraient encore bien assis sur leurs sièges et les affaires continueraient de tourner rondement pour eux.

      Je ne sais pas pourquoi vous vous braquez contre les journalistes aujourd'hui et pour dire vrai, j'ai de la difficulté à saisir votre point de vue.

      Les journalistes, lorsqu'ils font bien leur travail méritent des félicitations. Et dans ce cas-ci, je ne peux que lever mon chapeau à tous ceux qui ont permis que la corruption et la collusion cessent au Québec.

    • Nicole Bernier - Inscrite 27 juin 2013 14 h 57

      Je commentais sur l'autocongratulation mal placée. M. Marseille, je ne suis pas braquée contre les journalistes, par contre, je n'accorde pas à ce métier le role central ou déterminant dans ce travail de redressement car ce ne sont pas les journalistes qui prennent tous les risques...

      Et justement, ce journaliste aurait dû lever son chapeau devant ceux qui vont aider les policiers à faire s'effondrer ce réseau de corruption... Je m'attends à plus d'humilité de la part des journalistes

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 28 juin 2013 04 h 30

      J'apprécie votre tendance démocratique Mme Bernier, mais comme dans toutes courses il n'y a qu'un gagnant, sur toute arme il n'y a qu'une seule gachette et pour toute cause il n'y a qu'un seul déclancheur, je dois donné le point aux journalistes, moi aussi comme M.Marseille. Sans les journalistes, rien de tout ceci n'aurais lieu. L'Everest a été conquis plusieurs fois, mais il n'y aura toujours qu'un seul qui le fit le premier.

      Ce qui n'enlève rien à la responsabilité de ceux qui suivent de faire leur job consciencieusement, évidemment. Nous marchons tous sur un fil de fer, rien n'est encore «réglé». Une seule défaillance et tout tombe à l'eau.

      Merci de votre attention.

  • Gilbert Troutet - Abonné 27 juin 2013 08 h 52

    Une pieuvre aux nombreuses tentacules

    Je ne sais ce qu'il adviendra de toutes ces accusations... Pendant ce temps, Tony Accurso continue de sévir au Québec par l'intermédiaire de ses filiales et associés. Il a obtenu ainsi de juteux contrats pour le chantier de La Romaine. Exemple :

    http://www.radio-canada.ca/regions/saguenay-lac/20

    http://quebec.huffingtonpost.ca/2012/06/20/contrat

    Il faudrait commencer par retirer ces contrats à Tony Accurso qui profite toujours, par des intermédiaires, de l'argent de l'État.

  • Michel Hains - Inscrit 27 juin 2013 09 h 55

    J'en ai manqué unbout ou quoi ?

    Pourquoi la médecine pour Dessau qui est appliqué sans pitié. Ce que je suis en parfait accord , ne l'est-il pas pour toutes les entreprises tentaculaires d 'Accurso.

    Plus fort au dernière nouvelle il aurait déposé une caution de 115 millions pour ses fils qui sont les nouveaux acteurs paravants de cette compagnie mafieuse.

  • Marie-France Legault - Inscrit 27 juin 2013 11 h 19

    C'est par l'impôt...

    qu'il soit fédéral ou provincial qu'on va réussir à coincer ces magouilleurs et profiteurs...

    N'oublions pas que tout le luxe qu'ils se sont procurés à nos frais, c'est NOTRE argent...
    l'argent des travailleurs québécois
    qui parfois ont deux jobs pour joindre les deux bouts...

    Nous avons toute une tradition de magouilles...
    pensons à Duplessis...