Mairie de Montréal - De vieux réflexes

Le conseil municipal de Montréal a procédé ce mardi à l’élection d’un nouveau maire intérimaire, le deuxième en moins de huit mois. Laurent Blanchard n’aura d’autre ambition que d’assurer la stabilité de l’administration montréalaise d’ici les élections du 3 novembre. C’est ce dont la métropole a le plus besoin.


Les candidats à la succession de Gérald Tremblay et Michael Applebaum étaient nombreux. Alors que dans certaines municipalités du Québec on peine à trouver des candidats à des postes d’échevins ou de maires, ils étaient cinq à se disputer le fauteuil laissé vacant par la démission de Michael Applebaum. La fonction de premier magistrat de Montréal confère à son titulaire prestige et pouvoir qui, même pour un intérim de quatre mois, étaient recherchés. Obtenir ce poste était stratégiquement important alors que se mettent en place les alliances entre les divers partis et factions qui s’affronteront lors du prochain scrutin. Ce n’est pas sans raison qu’au dernier moment, deux candidats se sont désistés pour donner leur appui dans un cas à Harout Chitilian et dans l’autre à Laurent Blanchard, qui l’a emporté que par deux voix de majorité.


Cette élection s’est déroulée de manière on ne peut plus civile et, apparemment, dans la plus totale harmonie, comme le laisse croire le ralliement de tous les conseillers au nouveau maire, ce qu’exigeaient les intérêts supérieurs de Montréal, qui, après les scandales, a besoin de calme. Sous les apparences émergeaient néanmoins les vieilles rivalités.


Ainsi, la victoire de M. Blanchard est celle de Vision Montréal et de Projet Montréal, alors que la défaite de M. Chitilian est celle des anciens membres d’Union Montréal qui l’appuyaient. Vision Montréal et Projet Montréal voulaient éviter de donner une victoire morale aux anciens du parti de Gérald Tremblay et de Michael Applebaum à qui est attribuée la responsabilité des malheurs actuels de Montréal.


En faisant élire Laurent Blanchard maire intérimaire, ces deux partis assuraient leur place au sein du comité exécutif, où ils détiennent les sièges les plus importants. La coalition qu’ils ont formée avec quelques indépendants lors de la démission de Gérald Tremblay leur a permis de renverser les rôles et d’être depuis lors les maîtres de l’Hôtel de Ville. Les circonstances les forcent certes à exercer le pouvoir de façon modérée, ce que comprend bien le nouveau maire, mais ils en tirent néanmoins certains avantages, dont celui de la visibilité, qui prend toute son importance à la veille des élections.


L’exercice qu’a constitué cette minicampagne électorale pour la mairie montre bien que la collégialité au sein des instances municipales a ses limites. Chassez les réflexes politiques, ils reviennent au galop, ce qui n’est pas anormal, puisque dans le champ politique, les uns et les autres défendent des visions (et des intérêts) opposées. Le prochain conseil municipal, quoi que disent les candidats à la mairie, ne pourra y échapper.


Dans la victoire de Laurent Blanchard se profile un autre vieux réflexe, celui de l’opposition entre l’ancien Montréal et ses anciennes banlieues. À quelques exceptions près, il faut noter que le vote de mardi reproduit cette vieille fracture qui, 12 ans après la fusion, subsiste toujours. Plus que la partisanerie que l’on voudrait sortir de l’Hôtel de Ville, il y a là un obstacle au développement de Montréal qu’on ne peut ignorer.

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