Bouleversements climatiques - Les fossoyeurs

Une autre étude de la Banque mondiale vient de confirmer que, si rien n’est fait pour étrangler l’expansion des émissions de gaz à effet de serre (GES), l’état de la planète se confondra avec le mot piteux à l’horizon du court terme. Et ce, parce que les maîtres du monde s’appliquent davantage en la matière à composer un éloge du retard qu’à lutter contre les dégâts d’ores et déjà observables et quantifiables.

Au mois de décembre 2012, lors d’une conférence organisée par l’ONU et consacrée aux bouleversements climatiques, il a été passablement question d’une étude effectuée par l’économiste en chef de la Banque mondiale Nicholas Stern en… 2006 ! On insiste : en 2012, on a disserté sur l’avertissement donné en 2006 selon lequel si l’on ne finance pas aujourd’hui le combat contre les GES, les coûts qui lui sont afférents et qu’immanquablement il faudra assumer, à moins que le nihilisme devienne la loi d’airain du monde, iront augmentant à vitesse grande V.


Depuis lors, sept années ont passé, au cours desquelles rien n’a été fait, si ce n’est l’interprétation, pour confondre les crédules, de la litanie de promesses politiques métamorphosées en légendes par les fossoyeurs des protocoles de Montréal (1987) et de Kyoto (1997). Contrecoup de cette indifférence alimentée à la source du cynisme par les dirigeants du monde, le rapport publié ces jours-ci par la Banque mondiale s’avère d’abord et avant tout un cri d’alarme. Il y a urgence. Urgence à agir au cours des dix prochaines années avec comme objectif ceci : empêcher une hausse de 2 °C du thermomètre mondial d’ici vingt à trente ans.


Dans le cas contraire, le président de la Banque mondiale, Jim Yong Kim, prévient, dans le commentaire accompagnant l’étude, que « cela se traduira par de vastes pénuries alimentaires, des vagues de chaleur sans précédent et des cyclones violents ». On assistera à une désertification découlant d’une réduction de 20 % des eaux potables, à une flambée de la malnutrition en Afrique et en Asie du Sud-Est, etc. Pire, simultanément à ce rapport, la Commission sur le climat de l’Australie ainsi que le Département des sciences de la terre de l’université d’Oxford annoncent que, si l’on ne construit pas des défenses contre l’augmentation de la température moyenne du globe, on sera témoins d’une amorce. Laquelle ? Le dégel progressif du pergélisol sous lequel sont emprisonnées pour l’instant 1700 milliards de tonnes de carbone, soit le double de la quantité qui a déjà envahi l’atmosphère.


Afin d’éviter une addition des pires calamités, le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, qui s’est distingué jusqu’à présent de ses prédécesseurs par sa mollesse, vient d’estimer qu’il faut conclure d’ici 2015 un accord dit contraignant rassemblant 190 nations. Un accord stipulant qu’il faut empêcher la hausse de 2 °C. Sinon, d’avancer Ban Ki-moon, « il sera bientôt trop tard ».


Le hic, c’est que cette avalanche de mauvaises nouvelles se répand alors que les puissances émergentes, la Chine au premier chef, sont confrontées à un ralentissement économique suffisamment prononcé pour les convaincre de ne pas se convertir à la chasse aux GES à court terme. Exemple de la croissance débridée qui a caractérisé la Chine au cours des cinq dernières années, et seulement les cinq dernières, une douzaine de villes construites pour accueillir des millions de personnes… Elles sont vides, inhabitées ! Des tours de bureaux et des milliers de complexes résidentiels ont été érigés là où, avant, il y avait des millions d’hectares de terres cultivées, de forêts etc.


À la décharge de la Chine, il faut reconnaître qu’elle a créé un marché du carbone avec un sérieux qui fait passer son pendant européen pour de la fumisterie en conserve. Pour l’instant, seule la ville de Shenzhen (10 millions d’habitants) est concernée par cette bourse du CO2. Mais d’ici la fin de l’année, Pékin, Shanghai, deux autres mégalopoles et deux autres provinces s’y grefferont. Reste à espérer qu’ici et là on se rendra compte que la question de l’oeuf ou la poule est désormais nulle et non avenue. Il y a urgence.

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